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Ne pas partir en vacances : une question d’argent, mais pas seulement

Une étude du CRÉDOC réalisée pour l’Agence nationale pour les chèques-vacances montre que 14 % des 15-69 ans ne partent jamais en vacances. Si les difficultés financières constituent de loin le premier obstacle, le non-départ tient aussi à l’isolement, à la santé, aux contraintes familiales, à l’organisation du séjour et à la défiance envers les réservations en ligne.


Partir en vacances est une pratique majoritaire, mais elle est loin d’être universelle ou même annuelle. Selon une étude* publiée en juin 2026 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, le CRÉDOC, 21 % des personnes âgées de 15 à 69 ans partent plusieurs fois par an et 36 % une fois par an. Au total, 57 % disposent donc d’au moins une période de vacances chaque année.

À l’opposé, 13 % ne partent qu’une fois tous les deux ans, 16 % moins souvent encore et 14 % jamais. Ainsi, 43 % des 15-69 ans ne partent pas chaque année, parmi lesquels près d’un tiers ne voyage qu’une fois tous les deux ans ou moins souvent, sans compter les personnes qui ne partent jamais.

Les vacances restent occasionnelles pour beaucoup

La situation a évolué depuis 2009. La proportion de personnes déclarant ne jamais partir en vacances est passée de 18 à 14 %. Dans le même temps, la part de celles qui partent une fois par an a progressé de 34 à 36 %.

Cette évolution ne correspond toutefois pas à une généralisation des vacances annuelles. La proportion de personnes ne partant qu’une fois tous les deux ans est passée de 9 à 13 %, tandis que celle des départs moins fréquents est restée stable, à 16 %. La baisse du nombre de personnes ne partant jamais s’est donc accompagnée d’une hausse des départs très occasionnels. La fréquence d’un départ tous les deux ans a notamment progressé chez les étudiants, les moins de 25 ans, les bas revenus et les indépendants.

Les personnes les plus fragiles partent moins souvent

Les écarts sont fortement liés aux conditions de vie. Alors que 14 % des 15-69 ans déclarent ne jamais partir, cette proportion atteint 28 % parmi les personnes au foyer, 24 % parmi les personnes séparées ou divorcées et 23 % parmi les chômeurs. Elle s’élève à 21 % chez les bas revenus et les retraités, et à 20 % chez les personnes vivant seules comme chez les habitants des communes rurales.

Les personnes qui partent plusieurs fois par an présentent un profil social très différent. Cette fréquence concerne 43 % des hauts revenus, 37 % des cadres et 32 % des habitants de l’agglomération parisienne, contre 21 % de l’ensemble des personnes interrogées. Les classes moyennes supérieures et les diplômés du supérieur sont également davantage représentés parmi les départs fréquents.

Le constat ne repose pas seulement sur ces comparaisons descriptives. Le CRÉDOC a réalisé une régression logistique afin d’isoler le rôle propre de plusieurs caractéristiques. À âge, diplôme, lieu de résidence et accès aux aides comparables, le revenu apparaît comme le premier facteur associé au départ en vacances. Les bas revenus et les classes moyennes inférieures ont significativement moins de chances d’être partis que les classes moyennes supérieures. Les hauts revenus présentent au contraire une probabilité plus élevée de départ.

Le diplôme joue également un rôle. Les non-diplômés ont une probabilité nettement plus faible d’être partis que les titulaires du baccalauréat, tandis que les diplômés du supérieur partent davantage. Les habitants des communes rurales ont, eux aussi, moins de chances de partir que ceux des agglomérations.

Le manque d’argent, très loin devant les autres motifs

Parmi les 15-69 ans qui ne sont pas partis au cours des douze mois précédant l’enquête, 70 % citent une raison financière, en première ou en seconde réponse. Aucun autre motif n’approche ce niveau.

La préférence personnelle pour rester chez soi ou ne pas voyager est citée par 23 % des non-partants. Les personnes interrogées mentionnent notamment la chaleur, la présence d’animaux de compagnie, un déménagement, des travaux dans leur logement, le manque de temps, l’absence de projet de voyage, le refus de partir du conjoint ou une préférence pour des séjours plus court. Les raisons familiales et les problèmes de santé arrivent ensuite, avec 14 % chacun, devant les contraintes professionnelles, mentionnées par 12 %. La crainte concernant la sécurité du lieu de destination est évoquée par 5 %.

Partir seul est difficile, partir à plusieurs… aussi

Au-delà de la contrainte économique, l’étude met en évidence le rôle du lien social. 62 % des personnes interrogées considèrent qu’il est difficile de partir seules en vacances. L’existence d’un entourage ne règle pourtant pas nécessairement le problème : 53 % trouvent également difficile de partir avec des amis ou des membres de leur famille en raison des désaccords possibles.

Organiser un séjour suppose en effet de faire coïncider des disponibilités, des budgets, des contraintes familiales et des envies parfois différentes. Le lien social peut faciliter le départ, mais aussi en compliquer la préparation.

D’autres obstacles relèvent de la capacité à quitter son environnement quotidien. Pour 43 % des personnes interrogées, il est difficile de s’adapter aux imprévus liés aux transports ou à la météo. Quitter son domicile est jugé stressant par 42 %, notamment en raison des animaux à faire garder, du jardin à entretenir ou de la crainte des cambriolages.

L’organisation elle-même est considérée comme compliquée par 41 % des répondants : il faut trouver un hébergement, choisir un moyen de transport et planifier des activités. La même proportion dit ne pas apprécier les longs trajets en voiture ou les déplacements en avion, en train ou en bateau. Le changement d’habitudes et la nécessité de retrouver de nouveaux repères perturbent 31 % des personnes. Enfin, 25 % disent éprouver des scrupules concernant l’impact environnemental de leurs vacances.

La réservation en ligne, entre commodité et défiance

Internet occupe désormais une place centrale dans la préparation des séjours. Selon le CRÉDOC, un peu plus de 60 % des vacanciers ont utilisé le numérique pour organiser leurs dernières vacances. Mais cette généralisation ne fait pas disparaître les inquiétudes.

Une majorité, 59 %, préfère réserver auprès d’un interlocuteur humain capable de fournir des explications et de répondre aux questions. Le paiement en ligne est jugé risqué par 58 %, tandis que 57 % se disent réticents à réserver sur Internet parce qu’ils considèrent les arnaques comme fréquentes. La question dépasse donc la seule maîtrise d’un ordinateur ou d’un smartphone.

Les aides soutiennent les départs, mais leur accès reste inégal

Au cours des douze mois précédant l’enquête, 15 % des 15-69 ans ont reçu une aide de leur employeur ou de leur comité d’entreprise, éventuellement par l’intermédiaire de leur conjoint. Une aide de la Caisse d’allocations familiales a concerné 12 % des répondants, une aide d’un autre organisme 8 % et une aide municipale 7 %. Compte tenu des cumuls possibles, 24 % ont bénéficié d’au moins l’une de ces quatre catégories d’aides. À ces aides s’ajoutent les Chèques-Vacances. L’étude estime que 29 % de la population interrogée en a bénéficié par l’intermédiaire de son employeur, de son comité d’entreprise ou de celui de son conjoint.

L’argent demeure central, mais ne suffit pas à tout expliquer

Le principal enseignement de l’enquête : le non-départ en vacances reste d’abord une inégalité économique. Le revenu est le premier facteur associé au départ et sept non-partants sur dix invoquent des raisons financières. Mais le manque d’argent agit rarement de manière isolée. Il peut se conjuguer à l’instabilité professionnelle, à l’isolement, à la santé, à la nécessité de s’occuper d’un proche, à la garde d’un animal, à l’absence de moyen de transport ou à la peur de réserver en ligne.

Les réponses à apporter ne sont donc pas identiques pour tous. Une aide financière peut permettre à une famille de financer un séjour dont elle maîtrise déjà l’organisation. Pour une personne isolée, âgée ou durablement éloignée des vacances, elle peut devoir être complétée par un accompagnement humain, des informations accessibles et une aide concrète à la préparation du départ (lire ici).


*Les résultats sont issus de la vague d’octobre 2025 de l’enquête « Conditions de vie et aspirations » du CRÉDOC. Les questions consacrées aux vacances ont été introduites à la demande de l’Agence nationale pour les chèques-vacances, l’ANCV. L’enquête a été menée en ligne du 17 octobre au 2 novembre 2025 auprès de 3 133 personnes âgées de 15 ans et plus, résidant en France métropolitaine, en Corse et dans les territoires ultramarins. Les résultats ont été redressés selon la méthode des quotas. Une grande partie des analyses publiées porte cependant sur les seuls 15-69 ans.

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