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À Blois, la Librairie Médicis annonce son ouverture en rejouant la fuite de la reine mère

Le 1er septembre 2026, une nouvelle librairie indépendante spécialisée dans l’histoire, l’art et le patrimoine ouvrira au 4, rue des Trois-Marchands, au pied du Château royal de Blois. Pour annoncer son arrivée, la Librairie Médicis a choisi un dispositif singulier : un court-métrage inspiré de l’évasion de Marie de Médicis, dans la nuit du 21 au 22 février 1619. Derrière la scène devenue légendaire se jouait alors une véritable lutte de pouvoir entre la reine mère et son fils, Louis XIII.


Une librairie d’art et d’histoire au pied du château

La Librairie Médicis ouvrira ses portes le mardi 1er septembre 2026, au 4, rue des Trois-Marchands, au cœur du Quartier des Arts. Son inauguration est annoncée pour la veille, lundi 31 août. Le projet est porté par Étienne Chilot* et Enguerran Le Gueut**. À l’ouverture, on trouvera entre 1 500 et 2 000 références consacrées principalement à l’histoire, à l’histoire de l’art, à l’architecture, au patrimoine et au tourisme. L’offre doit également comprendre des biographies, des essais, des beaux-livres, des romans historiques, des bandes dessinées tournées vers l’histoire — notamment pour la jeunesse — ainsi que des ouvrages consacrés au Val de Loire et à ses châteaux. Logiquement, les publications des Éditions Le Charmoiset y seront disponibles, sans que la boutique soit pour autant conçue comme la seule vitrine de cette maison d’édition.

Librairie Médicis
Etienne Chilot – Tugdual Productions

Une ouverture annoncée par un court-métrage historique

Le nom de la nouvelle enseigne fait référence à Catherine de Médicis, morte à Blois en 1589, mais plus encore à Marie de Médicis, dont l’évasion du château en 1619, à quelques pas de la future librairie, demeure l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire du monument. Dès lors, quoi de plus naturel que d’annoncer son inauguration par une courte fiction en costumes inspirée de cette fuite historique ? C’est désormais chose faite, avec un casting réunissant plusieurs personnalités locales.

Efti Cianko, créatrice de mode, costumière et modiste installée à Blois, incarne Marie de Médicis. Le messager est interprété par Maxence De Schrooder, vidéaste et spécialiste blésois du parkour. Il fut notamment l’un des neuf performeurs à incarner le porteur de flamme masqué lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, avant de participer également à la cérémonie de clôture comme danseur-acrobate. Nathalie Fraudeau, artisane de La Maison des Parapluies dans le Quartier des Arts, tient fort logiquement le rôle de « la dame au parapluie ».

Librairie Médicis
Marc Gricourt – Tugdual Productions

Le générique fait également apparaître deux figures immédiatement reconnaissables : Marc Gricourt, maire de Blois, et Bastien Lopez, directeur et conservateur du Château royal de Blois. Autour d’eux figurent Sylvain Giraud, Béatrice Pierre, Léanne Gamond, Déborah Sciou, fondatrice du Groupe DS, et David Cianko. Étienne Chilot apparaît enfin dans son propre univers professionnel, sous les traits du libraire.

Librairie Médicis
Efti Cianko joue Marie de Médicis -Tugdual Productions

Une reine mère progressivement écartée du pouvoir

Lorsque Henri IV est assassiné, le 14 mai 1610, son fils Louis XIII n’a que huit ans. Marie de Médicis est confirmée dès le lendemain comme régente du royaume. Elle accorde une influence croissante à Concino Concini, Florentin devenu marquis d’Ancre en 1610, puis maréchal de France en 1613. Son ascension et l’accumulation de ses charges suscitent une profonde hostilité parmi les grands du royaume et nourrissent une intense campagne de propagande contre le favori de la reine mère.

Louis XIII est déclaré majeur le 2 octobre 1614, mais demeure jusqu’en 1617 largement tenu à l’écart de la conduite effective du gouvernement. Marie de Médicis conserve la direction des affaires, tandis que Concini devient le personnage le plus influent du Conseil. Le 24 avril 1617, Louis XIII, âgé de quinze ans et demi, reprend brutalement le pouvoir. Sur le pont dormant donnant accès au Louvre, Nicolas de L’Hospital, marquis de Vitry et capitaine des gardes, signifie à Concini son arrestation au nom du roi. Le favori portant la main vers son épée, les hommes de Vitry l’abattent. Préparé par Louis XIII et ses proches, notamment Charles d’Albert de Luynes, ce coup de force met fin au gouvernement de la reine mère.

Marie de Médicis est alors éloignée de la cour et assignée à résidence au château de Blois. Elle n’est pas enfermée dans un cachot, mais demeure placée sous surveillance et ne peut quitter librement la ville ni reprendre part aux affaires du royaume. Dès 1617, elle entreprend la construction d’un pavillon dans l’angle nord-ouest du château. Une inscription, aujourd’hui conservée dans les sous-sols de l’aile Gaston-d’Orléans construite par François Mansart, rappelle encore ce chantier. Le pavillon demeure inachevé : dans la nuit du 21 au 22 février 1619, Marie de Médicis profitera précisément de ses terrassements non terminés pour s’enfuir du château.

Une évasion préparée comme une opération politique

Car Marie de Médicis n’a pas renoncé à retrouver une place dans le gouvernement du royaume. Derrière la volonté de recouvrer sa liberté se dessine ainsi un objectif plus politique : revenir dans le jeu du pouvoir et de nouveau peser sur les décisions de son fils. Elle trouve un appui décisif auprès de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Épernon. Ancien favori d’Henri III, grand seigneur disposant d’une importante clientèle et de solides ressources militaires, celui-ci entretient lui-même des relations tendues avec le gouvernement de Luynes. Il peut surtout offrir à la reine mère un refuge dans l’Angoumois, territoire placé sous son autorité. Son soutien répond donc à la fois à une logique de fidélité envers l’ancienne régente et à ses propres intérêts politiques.

La fuite n’est pas improvisée. Elle doit permettre à Marie de Médicis de quitter le château sans être arrêtée, de franchir la Loire, puis de gagner un territoire où elle pourra être protégée. Le duc d’Épernon organise le dispositif à distance et fait intervenir plusieurs hommes de confiance. Les récits historiques citent notamment Cadillac, valet de chambre chargé des liaisons, Du Plessis, envoyé auprès de la reine, ainsi que le comte de Brenne, membre de sa maison associé aux préparatifs matériels.

Les relais sont disposés sur le trajet. Louis de Nogaret de La Valette, archevêque de Toulouse et fils du duc d’Épernon, s’avance jusqu’à Montrichard, tandis que son père attend plus loin, du côté de Loches. À Blois, un carrosse doit permettre à la reine mère de quitter rapidement la ville après sa descente du château.

La nuit du 21 au 22 février 1619

La date de l’évasion est solidement établie : Marie de Médicis quitte le château de Blois dans la nuit du 21 au 22 février 1619. Les circonstances précises de sa descente sont toutefois connues principalement par des récits postérieurs, dont celui de l’historien Gabriel Hanotaux.

Selon cette reconstitution, le comte de Brenne avait fait disposer deux échelles contre le rempart : l’une reliait la fenêtre de la reine à une terrasse, l’autre devait permettre de poursuivre la descente vers le bas du château. Marie de Médicis avait revêtu une robe courte, qu’elle retroussa elle-même autour de sa ceinture. Le comte de Brenne passa le premier par la fenêtre, suivi de la reine, puis de Du Plessis et de quelques serviteurs. Parvenue sur la terrasse au terme de la première descente, la reine mère, épuisée, aurait refusé de s’engager sur la seconde échelle. Profitant d’un éboulement dans les terrassements encore inachevés, ses compagnons l’auraient alors installée sur un manteau attaché à des cordes, avant de la faire glisser avec précaution le long du terre-plein.

Une fois parvenue au pied du château, elle traverse la ville endormie, soutenue par le comte de Brenne et Du Plessis, puis gagne les abords du pont. Le carrosse préparé pour sa fuite a été dissimulé dans une ruelle voisine. Marie de Médicis y prend place avec quelques proches et part aussitôt vers Montrichard. Elle y retrouve l’archevêque de Toulouse et change de chevaux avant de reprendre la route de Loches. À environ une lieue de la ville, le duc d’Épernon vient à sa rencontre, accompagné, selon Hanotaux, d’environ cent cinquante cavaliers. Il monte dans le carrosse de la reine mère et entre avec elle à Loches. Marie de Médicis gagne ensuite l’Angoumois, où elle peut désormais organiser son retour dans le jeu politique. Au château de Blois, son absence ne sera découverte qu’au matin.

La première « guerre de la mère et du fils »

Marie de Médicis ne se présente pas comme une rebelle dressée contre l’autorité royale. Dans ses propres justifications, puis dans la représentation héroïque de sa vie commandée à Rubens quelques années plus tard, elle apparaît comme une mère injustement éloignée de son fils, contrainte de fuir pour se soustraire à l’emprise de mauvais conseillers. Cette mise en scène ne doit cependant pas masquer la portée de son action : en rejoignant le duc d’Épernon et en rassemblant des partisans, elle constitue une véritable opposition politique et militaire au gouvernement royal.

La reine Marie de Médicis s’enfuit du Château de Blois dans la nuit du 21 au 22 février 1619 · Peter Paul Rubens |
Musée du Louvre, Département des Peintures

Louis XIII choisit finalement la négociation. Le traité d’Angoulême, conclu le 30 avril 1619, apaise provisoirement le conflit. Marie de Médicis reçoit le gouvernement de l’Anjou ainsi que plusieurs places de sûreté, qui lui assurent une résidence, des revenus et une base politique propres. L’accord ne lui rend toutefois pas la maîtrise du Conseil ni la place qu’elle occupait avant 1617.

La réconciliation reste fragile. En 1620, une coalition de grands seigneurs se forme de nouveau autour de la reine mère. Louis XIII prend personnellement la tête de l’armée royale et bat ses partisans aux Ponts-de-Cé, le 7 août 1620, lors de l’affrontement resté célèbre sous le nom de « drôlerie des Ponts-de-Cé ». La paix d’Angers, conclue trois jours plus tard, met un terme à la seconde guerre de la mère et du fils.


*Historien de formation, Étienne Chilot a étudié à Sorbonne-Paris IV et à l’École du Louvre. Diplômé de l’Institut national de l’audiovisuel, il a été responsable de la communication du centre de recherche du château de Versailles, puis responsable des éditions du château de Fontainebleau. Il dirige depuis 2014 les Éditions Le Charmoiset, spécialisées dans l’histoire, l’histoire de l’art et la littérature. **Enguerran Le Gueut est, pour sa part, le fondateur et gérant de Tugdual Productions, société blésoise active dans la production culturelle, le spectacle vivant et l’ingénierie de projets artistiques.


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