Parents, conjoints, frères et sœurs : donner une place aux aidants

Vendredi 2 octobre, APF France handicap et l’Udaf de Loir-et-Cher proposent aux Lobis une soirée autour de Qui brille au combat, de Joséphine Japy. L’occasion de parler de la place des aidants dans les familles et de présenter les soutiens accessibles dans le département, y compris aux enfants et adolescents. Car beaucoup accompagnent un proche sans penser qu’ils pourraient, eux aussi, être aidés.
On est d’abord le conjoint, la mère, le père, le frère ou la sœur. On accompagne, on organise, on veille. Le mot « aidant » vient rarement en premier pour décrire ce que l’on fait pour quelqu’un que l’on aime. Cathrine Wirbelauer, directrice de territoire des actions associatives d’APF France handicap pour l’Indre-et-Loire et le Loir-et-Cher, le constate auprès des familles : même si le sujet est davantage abordé publiquement, se reconnaître dans ce rôle reste difficile.
« C’est normal d’aider, c’est normal de se dévouer pour le proche, sauf que quand on est aidant H24 ou presque, […] on s’oublie », observe Cathrine Wirbelauer. Le soutien finit parfois par occuper toute la place. Accepter de consacrer quelques heures à ses propres besoins n’est finalement pas si évident. Le ciné-débat organisé vendredi aux Lobis cherche à ouvrir cette porte.

Une famille à l’écran, des questions à partager
Premier long métrage réalisé par Joséphine Japy, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes en 2025, Qui brille au combat suit la famille Roussier. Autour de Bertille, atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain, ses parents et sa sœur aînée, Marion, composent avec les exigences du quotidien et l’inquiétude. Le récit interroge aussi l’avenir du couple et celui d’une adolescente que ses responsabilités ont fait grandir trop vite. Mélanie Laurent, Pierre-Yves Cardinal, Angelina Woreth et Sarah Pachoud incarnent cette famille.
Cette place donnée à chacun rejoint la question retenue pour le débat : « Accompagner et aider sans se perdre ». Comment préserver une existence personnelle lorsque les besoins d’un proche rythment les journées ? Comment s’autoriser une pause ? Cathrine Wirbelauer invite d’abord à venir voir un film, puis à prendre part aux échanges si on le souhaite. Les associations présenteront leurs propositions et répondront aux questions. Elles espèrent aussi entendre des besoins qu’elles n’auraient pas encore repérés.
Intervenir avant l’épuisement
Dans les situations qu’elle rencontre, les premiers renoncements peuvent passer inaperçus. Une personne accompagne son proche à tous ses rendez-vous médicaux, mais reporte les siens. Elle abandonne une activité physique, voit moins ses amis, réduit son temps de travail. Pour certains, l’emploi disparaît lui aussi, avec les fragilités financières que cela entraîne. « Ils s’oublient complètement », résume Cathrine Wirbelauer. Elle décrit des personnes qui sollicitent une association ou un médecin lorsque leurs forces sont déjà épuisées. « Notre idée, c’est plutôt d’anticiper ça et de prévenir. »
Le projet « Au fil de l’aidance », piloté par APF France handicap, prévoit notamment des entretiens individuels pour comprendre ce que vit l’aidant, sa charge mentale, les difficultés physiques éventuelles et ses besoins. Les réponses peuvent prendre différentes formes : intervention d’un psychologue, temps de bien-être à domicile, aide pour comprendre des démarches administratives ou rencontres collectives entre aidants. Encore faut-il accepter la proposition. La confiance se construit souvent au fil des contacts. Cathrine Wirbelauer souligne le rôle des animateurs et des intervenants qui savent trouver « les bons mots pour la personne », « les bons gestes au bon moment ». Rappeler qu’un soutien existe permet parfois de franchir un pas longtemps différé.
Pouvoir souffler suppose un relais
S’accorder du temps ne dépend pas seulement de la volonté. Qui reste auprès du proche ? Comment partir sans craindre de le laisser en difficulté ? La culpabilité se mêle à des obstacles très concrets. Pour certains temps collectifs, APF travaille avec le GEM En Avant !, groupe d’entraide mutuelle, afin que des activités soient proposées aux personnes aidées pendant que leurs proches participent à un rendez-vous de bien-être. Le projet peut également financer une partie d’une suppléance à domicile. Il devient alors possible de prendre « une heure ou deux sans se sentir coupable de délaisser ou d’abandonner son proche », explique Cathrine Wirbelauer.
L’association ne prétend pas répondre à toutes les situations. Interrogée sur sa capacité à soutenir tous les aidants, sa réponse est claire : « Pas tous, mais on a des projets qui soutiennent les aidants et donc il faut s’en saisir. » La rencontre doit permettre de comprendre les possibilités existantes et de voir lesquelles correspondent à chaque situation.
Des enfants qui ne se pensent pas aidants
Le ciné-débat permettra également de présenter les actions destinées aux plus jeunes. Pour eux, la reconnaissance du rôle d’aidant est encore moins évidente. Il faut pouvoir échanger avec les parents et trouver une manière de s’adresser aux enfants qui corresponde à leur âge. « Les enfants, ils ne se voient pas du tout aidants », observe Cathrine Wirbelauer. Leur proposer une activité à laquelle ils ont envie de participer constitue une première approche. C’est le principe de l’atelier graffiti-répit, organisé en février 2026 à la Maison des Provinces, par l’Udaf de Loir-et-Cher avec APF France handicap 41. Gratuit et labellisé par l’association nationale Jeunes AiDants Ensemble, JADE, il associait création artistique et temps de répit.
Sept jeunes de 8 à 14 ans y ont participé. Accompagnés notamment par le graffeur Pierre Bovio et l’art-thérapeute Lisa Caratis, ils ont imaginé puis réalisé une fresque dans le quartier des Cornillettes. Imaginer une œuvre ensemble, découvrir des techniques, chercher comment les mettre en pratique leur offrait une autre occupation, un autre rythme. La semaine comprenait aussi un accompagnement psychologique, de la médiation animale, de la sophrologie et de la réflexologie. L’objectif était de leur permettre de parler de leur quotidien, mais aussi, insiste-t-elle, de s’en évader. Une nouvelle semaine est envisagée au second semestre 2027.
Aller aussi vers ceux qui ne viendront pas
Tous les aidants ne seront pas aux Lobis. APF prévoit donc également, la semaine suivante, 130 visites auprès de familles repérées dans le Loir-et-Cher. Certaines ne bénéficient pas des projets de l’association. Une plante sera apportée, avec le temps de discuter pendant une demi-heure ou une heure. Ces visites, engagées depuis la période du Covid, permettent de garder le contact avec des personnes qui restent parfois éloignées des soutiens disponibles.
Et puis, le ciné-débat de vendredi s’adresse à eux autant qu’aux familles et à leur entourage. Un premier échange sera possible dès 19h30, autour d’un accueil convivial avec APF et l’Udaf. La projection commencera à 20h30, suivie du débat. Pour Cathrine Wirbelauer, l’invitation tient finalement en quelques mots : « Venez nombreux voir un film qui est vraiment sympa, et ensuite, plus si affinités. »
Informations pratiques
Ciné-débat « Accompagner et aider sans se perdre » autour de Qui brille au combat, de Joséphine Japy.
Date : vendredi 2 octobre 2026.
Accueil : dès 19 h 30, avec APF France handicap et l’Udaf 41.
Projection : à 20 h 30, suivie d’un débat.
Lieu : cinéma Les Lobis, 12 avenue du Maréchal-Maunoury, Blois.
Participation : 1 €. Sans inscription, billetterie sur place.
« Ça fait vingt ans qu’on se bat pour les mêmes choses »
Les Jeux paralympiques Paris 2024 devaient marquer un tournant… Cathrine Wirbelauer n’en retrouve guère les effets dans le quotidien des personnes qu’elle accompagne. Après dix-huit ans dans le secteur du handicap, elle voit des progrès, mais s’impatiente : « Il y a des choses qui évoluent, c’est trop lent, c’est vraiment trop lent. »
La semaine précédente, une discussion avec Keolis portait justement sur les transports en commun. Les bus et les arrêts sont accessibles, explique-t-elle, mais encore faut-il que les personnes concernées le sachent et puissent envisager leur trajet sans redouter un obstacle. Monter dans le bus ne suffit pas si l’on ignore comment on pourra en descendre et poursuivre son chemin. Elle a demandé à l’opérateur de mettre davantage en avant cette accessibilité. « Si elles ont trop de craintes, c’est qu’on n’a pas fait les efforts nécessaires pour que les craintes soient levées. »
Ces incertitudes pèsent. Dans une association qui s’appuie sur la parole et l’expérience des personnes handicapées elles-mêmes, Cathrine Wirbelauer entend revenir cette phrase : « Ça fait vingt ans qu’on se bat pour les mêmes choses, on n’en peut plus. » Elle les encourage à poursuivre, tout en comprenant leur lassitude devant des combats qui semblent toujours à recommencer. Ce qu’elle voudrait voir changer tient à la manière même de concevoir les réponses : penser des solutions utilisables par tous dès le départ, au lieu de traiter séparément les besoins des personnes handicapées. Elle estime que d’autres pays européens y parviennent mieux. « On ne leur permet pas, en tout cas, d’être citoyens à part entière. Aujourd’hui encore, on en est très, très loin. »


