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Aux Lobis, Notre Salut regarde Vichy à hauteur d’homme

À quelques jours des Rendez-vous de l’histoire, le cinéma Les Lobis entre de plain-pied dans l’Histoire avec Notre Salut, le nouveau film d’Emmanuel Marre, récompensé à Cannes. Pour sa carte blanche de la semaine, Laetitia Scherier revient aussi sur Primetime, son pari de la semaine dernière devenu un véritable coup de cœur (« Il y a de fortes chances qu’il se retrouve dans mon top 10 »), avant un ciné-débat consacré aux aidants avec Qui brille au combat, une séance familiale autour du Cirque de Chaplin et un documentaire qui reprend l’histoire du Che là où les récits habituels l’abandonnent.

La semaine dernière, Laetitia Scherier avait pris un risque inhabituel en programmant Primetime sans avoir pu le voir. Cette fois, aucun pari à l’aveugle pour la principale sortie de la semaine aux Lobis. La directrice du cinéma blésois a vu Notre Salut. Et elle ne cache pas son enthousiasme. Le film d’Emmanuel Marre sort ce mercredi 30 septembre, après un passage remarqué par le Festival de Cannes où il a obtenu le Prix du scénario. Son chef monteur, Nicolas Rumpl, y a également reçu le Prix CST de l’Artiste-Technicien. Quelques jours plus tard, Notre Salut était distingué par le Prix des Cinémas Art et Essai décerné par l’AFCAE. À Blois, le film connaîtra une seconde vie très rapidement : Emmanuel Marre sera aux Lobis jeudi 8 octobre à 20 heures, dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire, aux côtés de Christian Delage et Jean-Marie Génard. [Lire ici]


Notre Salut, ou la collaboration vue d’en bas

Le point de départ du film est familial. Emmanuel Marre a découvert une correspondance échangée pendant la guerre entre ses arrière-grands-parents. Son arrière-grand-père avait été fonctionnaire à Vichy et avait publié à compte d’auteur un traité politique intitulé Notre Salut. Le cinéaste s’est emparé de ces lettres — dont certains passages nourrissent presque directement les voix off du film — pour déplacer le regard vers ceux qui n’étaient ni les grandes figures du régime ni de simples spectateurs de l’époque : les hommes ordinaires qui ont contribué à faire fonctionner l’administration de Vichy.

Swann Arlaud incarne Henri Marre. En septembre 1940, cet homme de 49 ans arrive à Vichy sans argent ni relations, loin de sa femme et de ses enfants. Le nouveau régime lui offre soudain la possibilité de retrouver une position, peut-être même une importance qu’il estime n’avoir jamais obtenue jusque-là. C’est ce qui a particulièrement intéressé Laetitia Scherier : « Pour moi, le cœur du film, ce n’est pas simplement : comment des Français ont-ils pu collaborer avec Vichy ? C’est plutôt : comment est-ce qu’un individu ordinaire va progressivement transformer ses intérêts personnels en convictions politiques ? »

Le film suit un rouage. Un homme qui avance par petites décisions, dont chacune peut encore lui sembler acceptable, jusqu’à participer à un système dont la violence se révèle progressivement. Emmanuel Marre explique lui-même avoir voulu regarder ce cheminement « marche après marche ». Son personnage travaille notamment à la lutte contre le chômage : classement des travailleurs étrangers, organisation administrative, décisions qui prennent l’apparence de procédures ordinaires mais contribuent peu à peu au fonctionnement du régime. « On se dit toujours que, si on avait vécu à cette époque-là, bien évidemment, on sait de quel côté on aurait été. Sauf que malheureusement, c’est toujours plus compliqué que ça », observe la directrice des Lobis.

Le film s’intéresse à la manière dont les responsabilités se construisent, progressivement, à travers des choix, des ambitions personnelles et des compromis successifs. Le désir de reconnaissance, une carrière décevante ou le sentiment de ne pas avoir obtenu la place espérée deviennent autant de prises auxquelles un régime autoritaire peut s’accrocher. Ou comment un régime fasciste peut ouvrir un espace dans lequel viennent s’engouffrer des fragilités individuelles.

La présence de Swann Arlaud compte beaucoup dans cette construction. « C’est un acteur français qu’en général on aime beaucoup, qui nous est très sympathique. Ça nous pousse à vouloir essayer de comprendre la psychologie du personnage, mais sans jamais évidemment excuser ce qu’il a pu faire. » Emmanuel Marre revendique d’ailleurs cette distinction entre empathie et sympathie. La forme accompagne ce choix. Laetitia insiste sur une caméra mobile, une image parfois proche du documentaire. « On a vraiment la sensation de participer avec le personnage aux réunions, à son quotidien, comme si on le découvrait en même temps que lui. » Une manière de faire entrer le spectateur dans les bureaux, les discussions et la banalité administrative au sein desquels se construit progressivement quelque chose de beaucoup moins banal. « Je n’ai vraiment pas vu le temps passer », confie l’experte cinéma.


Qui brille au combat : ce que vivent ceux qui restent autour

Autre rendez-vous, dans un registre très différent : vendredi 2 octobre à 20h30, Les Lobis accueilleront un ciné-débat autour de Qui brille au combat, premier long métrage réalisé par Joséphine Japy.

La soirée est organisée par la délégation APF France handicap du Loir-et-Cher, en partenariat avec l’UDAF 41, dans le cadre du projet « Au fil de l’aidance ». Un accueil est prévu dès 19h30 avant la projection. La participation demandée est d’un euro, le reste du prix de la place étant pris en charge par les organisateurs.

Le film possède une dimension très personnelle. Joséphine Japy s’est inspirée de sa propre famille et de sa sœur, atteinte du syndrome de Phelan-McDermid. Mais Laetitia Scherier préfère ne pas résumer Qui brille au combat à un « film sur le handicap ». Car « il s’intéresse surtout à la manière dont la maladie impacte toute une famille et comment elle la réorganise totalement. »

Mélanie Laurent interprète une mère qui assume une part immense du quotidien. Le père paraît davantage dépassé et se réfugie dans le travail. Une grande place est également accordée à la sœur aînée, adolescente qui a dû grandir rapidement dans une existence nécessairement organisée en partie autour des besoins de sa sœur. Ce que Laetitia trouve particulièrement juste tient à l’ambivalence de ces sentiments. « On peut aimer profondément quelqu’un mais, en même temps, éprouver beaucoup de fatigue, beaucoup de colère, de la culpabilité, vouloir s’échapper de la situation. » Le film autorise ces émotions à coexister sans les transformer en condamnation morale. Il montre les repas, les crises, les disputes, l’épuisement, mais aussi les gestes de tendresse et ces moments où la relation reprend toute sa place. L’échange qui suivra la projection portera précisément sur cette question : « Accompagner et aider sans se perdre ».


Charlot entre sous le chapiteau

La programmation change complètement de ton dimanche à 14 heures avec Le Cirque de Charlie Chaplin, proposé dans le cadre de Passerelles, le dispositif construit entre Les Lobis et la Halle aux grains. Le choix fait directement écho au cycle Circ & Plus. La séance rejoint également Ciné-Marmots : le film est accessible dès 6 ans et proposé au tarif de 5 euros pour tous.

Sorti en 1928, Le Cirque commence par une mécanique typiquement chaplinienne. Charlot, pris par erreur pour un pickpocket, fuit la police et déboule dans un cirque. Sa maladresse déclenche l’hilarité du public. Le directeur comprend immédiatement l’intérêt commercial de cet homme qui fait rire précisément lorsqu’il n’essaie pas d’être drôle. Le corps de Chaplin règle chaque mouvement. Les courses, chutes et catastrophes deviennent presque des chorégraphies. « Parfois, on croirait vraiment de la danse. » Elle aime aussi l’idée de remettre en avant un film parfois moins cité que Le Kid, La Ruée vers l’or ou Les Temps modernes. « Pour moi, c’est précisément le moment où il est vraiment au sommet de son art. C’est extrêmement drôle et, peu importe l’âge qu’on a, ça fonctionne toujours. »


Après la mort du Che, une histoire presque inconnue

Enfin, Ciné’fil présentera lundi 5 octobre à 20h45 Les Survivants du Che, premier documentaire de Christophe Dimitri Réveille. Le point de départ est presque un contrechamp de l’Histoire. Le film ne raconte pas une nouvelle fois la mort de Che Guevara en Bolivie. Il demande ce qui est arrivé à ceux qui étaient encore vivants après elle.

Le documentaire, présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes, est le résultat de 22 années de recherches, de rencontres et de voyages. Christophe Dimitri Réveille y mêle les témoignages des survivants, des archives et des séquences animées destinées notamment à représenter ce qu’aucune caméra n’a enregistré.

Après l’exécution du Che en octobre 1967, les guérilleros survivants entament une fuite qui les conduit à parcourir quelque 2 400 kilomètres en cinq mois, poursuivis par plusieurs milliers de soldats boliviens. C’est cette matière historique qui donne paradoxalement au documentaire les ressorts d’un thriller. « Même si on connaît l’issue historique, on ne sait pas comment les survivants ont réussi à franchir chaque étape. » Les déplacements nocturnes, les blessures, la faim, les embuscades et la fatigue font progressivement basculer le récit vers le film de survie. La voix de Vincent Lindon accompagne cette traversée.


>> Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr


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