À Blois, Licarion Rock a trouvé un bureau, des rencontres et le goût de courir
Installé à Blois depuis janvier 2026, le vidéaste Licarion Rock a choisi la ville pour son cadre, ses logements accessibles à son budget et la possibilité de rejoindre Paris en train. En neuf mois, il y a aussi pris des habitudes qu’il n’avait pas imaginées : travailler à la bibliothèque Abbé-Grégoire, courir régulièrement au bord de la Loire, suivre des cours de théâtre et accepter des invitations aux vernissages. Une nouvelle organisation pour ce créateur habitué à travailler seul chez lui.
À 31 ans, Licarion Rock découvre le plaisir de rentrer chez lui après sa journée de travail. Pendant longtemps, son ordinateur lui a servi à tout : écrire, monter ses vidéos, jouer, se distraire. Le travail débordait sur les soirées et les tâches domestiques s’invitaient au milieu de la journée. Depuis son installation à Blois, il a commencé à emporter son ordinateur à la bibliothèque Abbé-Grégoire. Il s’assoit à une table, écrit ou fait du montage, puis repart. « Je suis à la médiathèque, je suis au bureau, je bosse, je rentre chez moi, ma journée est finie. » Cette séparation toute simple lui fait du bien. Il s’amuse de l’avoir découverte si tard : « Incroyable, c’est incroyable ce truc, très bien pensé. » La bibliothèque n’entrait pourtant pas dans ses critères lorsqu’il cherchait une ville où s’installer. Il cherchait un logement agréable dans son budget, une ville vivante et la possibilité de rejoindre Paris pour ses rendez-vous professionnels. Il a trouvé tout cela à Blois, puis découvert au fil des mois d’autres plaisirs et avantages qu’il n’avait pas prévus.
Une ville choisie pour y vivre au quotidien
Originaire de Saint-Doulchard, près de Bourges, Licarion Rock a étudié à Tours, puis à Clermont-Ferrand. Le Val de Loire ne lui était donc pas tout à fait étranger. Lorsqu’il envisage de déménager, il ouvre néanmoins largement ses recherches. Son activité s’exerce essentiellement à distance : il peut choisir son lieu de vie. Il regarde la taille des villes, leur desserte et les appartements disponibles. Strasbourg figure parmi les possibilités, mais les logements accessibles avec son budget lui paraissent petits et excentrés. À Blois, il peut habiter en centre-ville, à proximité de la Loire, sans devoir prendre la voiture ou passer une partie de sa journée dans les transports pour une sortie au cinéma ou tout autre chose.
La visite de la ville le convainc aussi. Il aime les ruelles, les vieux bâtiments, ces endroits que l’on découvre en marchant sans avoir nécessairement prévu un itinéraire. Il ne cherchait pas particulièrement une ville historique. Il apprécie simplement de vivre dans un cadre qui lui plaît, jusque dans ses déplacements ordinaires. « Je me balade, et je continue de tomber sur un beau coin, un bâtiment d’époque, une ruelle. »
Dix ans de vidéos autour du cinéma
Sur YouTube, sa chaîne porte son nom, Licarion Rock, et rassemble un peu moins de 100.000 abonnés. Il situe ses débuts autour de l’été 2015, alors qu’il suit à Clermont-Ferrand un cursus consacré aux métiers du livre. Les vidéos commencent à lui rapporter de l’argent. Les études lui plaisent moins. Il choisit de se consacrer à la création. Au départ, il parle de films sur un ton humoristique, à travers un personnage animé. Il sait dessiner, possède quelques bases en animation et n’a pas très envie de montrer son visage. Il imagine déjà être « reconnu dans la rue pour des vidéos que les gens trouveraient mauvaises ».
Le format fonctionne, mais demande beaucoup de travail. Il faut notamment animer le personnage. Il finit par passer devant la caméra, avec un raisonnement pratique : au moins, il n’aura plus à s’animer lui-même ! Ses vidéos ont changé avec les années. L’analyse a pris davantage de place, les films abordés se sont diversifiés et les formats se sont allongés.
La solution Abbé-Grégoire
À domicile, Licarion connaît bien les détours qui retardent le début d’une séance de travail. Un peu de ménage, de la vaisselle, les messages à consulter. Puis l’ordinateur de jeu est là, tentateur. La concentration demande un effort. Le soir, c’est l’inverse. Une idée arrive, quelques lignes restent à écrire, un montage pourrait être terminé avant de dormir. Parfois, il se promet qu’en avançant maintenant, il pourra se reposer le lendemain. Travail et répit se mêlent… Alors la proximité de la médiathèque l’a encouragé à essayer autre chose : un cadre vaste, agréable, et la possibilité de s’installer avec son ordinateur pour écrire ou monter. Résultat, sortir de chez lui lui permet de mieux séparer les heures de travail du reste de sa vie.
La Loire lui a donné envie de courir
La course à pied, elle aussi, a longtemps été une bonne résolution sans lendemain. Depuis une dizaine d’années, il s’y essayait de temps en temps, sortait deux fois et se disait qu’il faudrait recommencer. Courir dans les rues ne l’aidait pas beaucoup : un feu rouge, une traversée, des passants à contourner, puis un nouvel arrêt. À Blois, les bords de Loire sont à quelques minutes de chez lui. Il y trouve de la place, de grands chemins et le plaisir du paysage. « Ce qui a fait que j’ai réussi à vraiment m’y mettre et à continuer à courir, ce sont vraiment les bords de Loire », confie le jeune homme. Le cadre devient une raison de partir courir, même lorsque la motivation n’est pas tout à fait là.

Arriver seul, puis avoir des gens à retrouver
En janvier, Licarion ne connaît personne à Blois. Et forcément, le fait de travailler de chez soi ne fournit pas les rencontres quotidiennes d’un bureau ou d’un atelier. Il lui faut chercher des occasions de voir du monde. Il repère des événements sur Blois Capitale, participe à des rencontres à la boutique, découvre des associations et des activités. Il prend des cours d’espagnol, puis commence le théâtre, pour le plaisir et pour mieux comprendre le travail des comédiens.
Le jeune homme découvre une vie locale plus riche qu’il ne l’avait imaginé. Ce qui le marque surtout, c’est la facilité avec laquelle une première conversation peut déboucher sur une invitation : un vernissage la semaine suivante, un événement à découvrir, une occasion de se revoir. Il se retrouve ainsi à fréquenter parfois deux vernissages dans la même semaine. « Je me suis dit, c’est trop. » Il en rit, mais apprécie l’accueil. À un moment où il se demandait comment rencontrer des gens, ces invitations lui ont ouvert des portes.


