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À Blois, une mobilisation samedi contre le projet de loi d’urgence agricole après un compromis parlementaire contesté

La Confédération paysanne de Loir-et-Cher et le GABLEC 41 appellent agriculteurs et citoyens à se rassembler samedi 18 juillet 2026, à 17 heures, devant la préfecture à Blois. La mobilisation intervient deux jours après l’accord trouvé entre députés et sénateurs sur un projet de loi qui maintient plusieurs dispositions controversées concernant les pesticides, le stockage de l’eau et les élevages. France Nature Environnement qualifie le texte de « catastrophe » pour la santé, l’environnement et le monde paysan. Le texte n’est toutefois pas encore définitivement adopté.


« Nous avons besoin d’eau potable, d’une nourriture saine et d’un environnement permettant des conditions de vie décentes à tous. » C’est autour de cette exigence que la Confédération paysanne de Loir-et-Cher et le Groupement des agriculteurs biologiques du Loir-et-Cher, le GABLEC 41, appellent à manifester samedi 18 juillet à Blois. Le rassemblement est fixé à 17 heures devant la préfecture de Loir-et-Cher. Il doit réunir des agriculteurs biologiques et conventionnels, mais aussi des habitants préoccupés par les conséquences du projet de loi.

Les organisateurs dénoncent un texte qui favoriserait la concentration des élevages, accroîtrait les risques de pollution de l’eau et réserverait une part croissante de la ressource aux exploitations les plus intensives. Ils lui reprochent également de ne pas apporter de réponses suffisamment fortes au revenu paysan, à la régulation des marchés et à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.

Un accord trouvé en commission mixte paritaire

La situation parlementaire a évolué jeudi 16 juillet. Après près de six heures de négociations, les sept députés et sept sénateurs réunis en commission mixte paritaire, ou CMP, sont parvenus à élaborer un texte commun à partir des versions différentes précédemment adoptées par les deux chambres. Cette étape est classique lorsqu’un projet de loi examiné selon la procédure accélérée n’a pas été voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat. Elle ne signifie pas que la loi est définitivement adoptée.

Le compromis a recueilli huit voix favorables, celles de parlementaires de droite, du centre sénatorial et du Rassemblement national. Les quatre représentants de gauche ont voté contre, tandis que les deux parlementaires issus du camp présidentiel se sont abstenus. Il s’agit donc d’un accord entre les deux chambres, mais pas d’un consensus politique transpartisan.

Les conclusions de la CMP doivent encore être examinées par l’Assemblée nationale lundi 20 juillet à 21h30, puis par le Sénat mardi 21 juillet en fin d’après-midi. Leur adoption paraît probable au Sénat, où la droite et le centre disposent d’une majorité, mais demeure plus incertaine à l’Assemblée nationale en raison des divisions du bloc central et de l’opposition de la gauche.

Un compromis largement inspiré de la version du Sénat

Le projet de loi avait été présenté par le Gouvernement le 8 avril 2026 afin de répondre à plusieurs revendications du monde agricole : sécurisation de l’accès à l’eau, protection des moyens de production, amélioration des relations commerciales, lutte contre certaines concurrences étrangères, protection du foncier et adaptation du cadre sanitaire.

Après son adoption par l’Assemblée nationale le 2 juin, le Sénat l’avait profondément modifié. La majorité sénatoriale de droite et du centre avait notamment ajouté des dérogations à l’interdiction de certains insecticides, renforcé la place des représentants agricoles dans la gouvernance de l’eau et facilité les projets de stockage. Le compromis adopté jeudi reste, selon son corapporteur sénatorial Franck Menonville, très proche de la version du Sénat.

Acétamipride et flupyradifurone : le retour de dérogations très contestées

La CMP a conservé la possibilité de réutiliser, sous certaines conditions, deux substances actuellement interdites en France : l’acétamipride et le flupyradifurone.

Selon les informations les plus précises publiées à l’issue des négociations, l’acétamipride pourrait être autorisé pour les cultures de noisettes. Le flupyradifurone pourrait l’être en enrobage de semences de betteraves et en pulvérisation sur les cerisiers et les pommiers. Le dispositif serait limité à trois ans et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, y jouerait un rôle central.

L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes. Le flupyradifurone est un insecticide de la famille des buténolides, mais présente un mode d’action comparable sur le système nerveux des insectes. La législation française range précisément l’acétamipride et le flupyradifurone parmi les substances néonicotinoïdes ou présentant un mode d’action identique, dont l’utilisation est interdite en France. L’acétamipride reste autorisé au niveau européen.

En août 2025, le Conseil constitutionnel avait censuré la dérogation aux néonicotinoïdes prévue par la loi dite Duplomb. Le nouveau dispositif a manifestement été resserré pour tenter d’éviter une nouvelle censure, mais il pourrait encore être contesté devant le Conseil constitutionnel.

Stocker deux fois plus d’eau agricole d’ici à 2035

Le second point majeur du compromis concerne l’eau. Les parlementaires ont maintenu l’objectif de doubler, d’ici à 2035, les capacités de stockage destinées aux usages agricoles. Le texte modifie par ailleurs la gouvernance de l’eau. Les agences seraient placées sous la tutelle conjointe des ministères chargés de l’Agriculture, de l’Économie, de l’Aménagement du territoire et de la Santé. Dans les commissions locales de l’eau, qui participent à l’élaboration des schémas d’aménagement et de gestion, un tiers des sièges attribués aux usagers serait réservé aux représentants agricoles.

La construction de retenues peut sécuriser certaines productions lorsqu’elle repose sur des prélèvements réellement disponibles et qu’elle s’accompagne d’un partage équitable. Elle peut, à l’inverse, accroître la pression sur les nappes, les cours d’eau et les écosystèmes lorsque les volumes stockés sont prélevés dans des milieux déjà fragilisés.

La crainte d’un accaparement

La Confédération paysanne considère que le développement massif du stockage risque de concentrer la ressource entre les mains d’une minorité de grandes exploitations irriguées. Le syndicat souligne que les agriculteurs ne disposent pas tous des mêmes moyens financiers et fonciers pour participer à des projets coûteux. Dans une lettre adressée aux parlementaires, il affirme que le stockage, lorsqu’il devient la réponse centrale à la raréfaction de l’eau, peut accentuer les conflits entre grands irrigants, petites fermes, maraîchers, habitants et collectivités. Il demande que les usages vitaux, l’alimentation en eau potable et le maintien des écosystèmes soient prioritaires, tout en développant la protection des zones humides et la recharge naturelle des nappes.

France Nature Environnement parle d’une « catastrophe »

France Nature Environnement qualifie le projet de loi de « catastrophe » et met en cause le développement des élevages industriels, l’accaparement de l’eau, la diminution de la protection des captages et l’assouplissement des règles concernant les tirs de loups. Elle estime que les coûts environnementaux et sanitaires seraient supportés par les habitants comme par les agriculteurs.

Dans un communiqué publié jeudi 16 juillet, après la réunion de la CMP, France Nature Environnement appelle les députés à voter contre un texte qui, selon elle, « met en péril » la santé et l’eau sans résoudre les difficultés économiques des paysans. La fédération nationale soutient les rassemblements organisés les 18 et 19 juillet dans plusieurs villes françaises, avant une nouvelle mobilisation prévue lundi 20 juillet à proximité de l’Assemblée nationale. La manifestation annoncée à Blois s’inscrit ainsi dans une séquence nationale destinée à peser sur le dernier vote des députés.

Des inquiétudes sur les captages d’eau potable

Les opposants au projet de loi redoutent également un affaiblissement de la prévention autour des captages d’eau potable. Les pollutions agricoles ne rendent pas nécessairement l’eau distribuée immédiatement dangereuse. La présence durable de pesticides et de leurs métabolites peut imposer des opérations de dépollution coûteuses, provoquer l’abandon de certains captages ou conduire les collectivités à rechercher de nouvelles ressources. Une fois les nappes contaminées, la dépollution est lente, techniquement complexe et financée en grande partie par la collectivité.

Élevages industriels : un autre point de fracture

L’appel blésois évoque une « généralisation des mégaprojets d’élevage ». La Confédération paysanne estime que ces mesures profiteront d’abord aux unités les plus importantes et favoriseront la concentration des animaux, alors que la majorité des éleveurs rencontre surtout des difficultés de revenu, de transmission et de partage de la valeur. France Nature Environnement parle, pour sa part, d’une « ouverture totale des vannes aux élevages industriels ».


Rassemblement contre le projet de loi d’urgence agricole
Samedi 18 juillet 2026 à 17 heures
Place de la République, devant la préfecture de Loir-et-Cher, à Blois
À l’appel de la Confédération paysanne de Loir-et-Cher et du GABLEC 41.


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