S.O.S La Vida ! : à Blois, la mémoire républicaine espagnole va reprendre voix

Vendredi 17 juillet 2026, Blois Capitale accueillera Sylvie Allouin-Bastien pour une soirée autour de S.O.S. LA VIDA ! C’est la vie ! Une date qui ne doit rien au hasard : le 17 juillet 1936, le soulèvement militaire parti du Maroc espagnol ouvrait la guerre d’Espagne. Quatre-vingt-dix ans plus tard, cette rencontre fera dialoguer l’histoire européenne, la Retirada et une mémoire très locale, celle des réfugiés espagnols passés par Blois, Chaumont-sur-Loire, Montlivault et plusieurs communes du Loir-et-Cher.
Le 17 juillet 1936, dans le Maroc espagnol, une partie de l’armée se soulève contre la République espagnole. L’insurrection gagne la péninsule le lendemain. Elle ne renverse pas immédiatement le gouvernement républicain : c’est précisément cet échec partiel du coup de force, avec un pays rapidement coupé entre zones républicaines et zones contrôlées par les insurgés, qui ouvre une guerre de près de trois ans. Le conflit oppose la République aux forces nationalistes, bientôt dominées par Franco, soutenues notamment par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. La guerre d’Espagne devient alors l’un des grands affrontements politiques, militaires et idéologiques de l’Europe des années 1930.
Quatre-vingt-dix ans plus tard, jour pour jour, Blois Capitale consacrera une soirée à cette histoire, vendredi 17 juillet 2026, de 18h à 20h, dans ses locaux du 16 rue Émile-Laurens. Le rendez-vous, intitulé « S.O.S La Vida ! », recevra Sylvie Allouin-Bastien, autrice de S.O.S. LA VIDA ! C’est la vie ! Le livre, publié en mars 2026 chez CoolLibri sous le nom de Sylvie Bastien, se présente comme un récit historique et familial de 164 pages, construit autour de la guerre d’Espagne, de l’exil républicain, de la Retirada, de l’Andalousie, du camp d’Argelès et des mémoires longtemps restées enfouies dans les familles. Le sujet pourrait sembler lointain. Il ne l’est pas. La guerre d’Espagne a aussi traversé le Loir-et-Cher.
Après trois années de guerre, la chute de Barcelone, le 26 janvier 1939, précipite l’effondrement du camp républicain. Des centaines de milliers de civils et de combattants prennent alors la route de l’exil vers la France. La Retirada n’est pas seulement une retraite militaire : c’est un déplacement massif de populations, dans le froid, l’épuisement, la peur, parfois sous les bombardements. Selon le Musée national de l’histoire de l’immigration, 475 000 personnes franchissent la frontière française entre le 28 janvier et le 13 février 1939, par Cerbère, Le Perthus, Prats-de-Mollo, Bourg-Madame et d’autres points de passage pyrénéens.
L’accueil français est alors profondément ambivalent. La frontière est ouverte, mais dans un climat de peur politique, de crise économique et de xénophobie. Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont envoyés par trains vers des départements de l’intérieur. Les hommes, notamment les combattants républicains, sont internés dans des camps construits à la hâte, sur les plages du Roussillon, à Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien ou Le Barcarès. La France accueille, mais elle trie, surveille, sépare et enferme.
Dans ce mouvement, le Loir-et-Cher devient l’un des territoires d’arrivée. Des recherches menées entre 2017 et 2025 par Sylvie et Patricia Allouin-Lorente, à partir des Archives départementales de Blois, permettent de documenter précisément cet épisode. Elles indiquent que la région Centre accueille alors environ 14 000 réfugiés espagnols, dont 3 133 dans le Loir-et-Cher. Entre le 28 janvier et le 10 février 1939, 154 trains spéciaux transportent, depuis la frontière, environ 218 000 réfugiés, essentiellement des civils, vers quelque 70 départements français.
À Blois, le premier convoi arrive dans la nuit du 2 au 3 février 1939, en gare. Les réfugiés sont attendus par le préfet Pierre-Antoine Vieillescazes, un service d’ordre, un corps médical et douze interprètes militaires du 131e régiment d’infanterie de Blois. Après un contrôle sanitaire, ils sont dirigés en autocars vers des centres d’hébergement répartis dans 48 communes du département. La gare de Blois devient ainsi, pendant quelques jours, un lieu d’aiguillage.
L’un des lieux les mieux documentés est le château de Chaumont-sur-Loire. Dès le 3 février 1939, le préfet y organise un cantonnement provisoire pour 320 personnes, installées dans les dépendances et les écuries du château. Les chiffres conservés sont précis : 133 femmes, 178 enfants et 9 hommes, dont un mutilé. Les réfugiés dorment à même le sol, sur de la paille. Ils sont soumis à une surveillance permanente des gendarmes, présents jour et nuit. Les conditions sont difficiles ; la population locale n’est pas libre d’approcher les réfugiés, mais un comité d’accueil, des bénévoles et des producteurs locaux contribuent à améliorer l’ordinaire. Le camp de Chaumont est dissous le 2 mars 1939.
Un rapport du préfet du Loir-et-Cher, daté du 1er mars 1939 et adressé au ministre de l’Intérieur Albert Sarraut, donne la mesure de l’urgence administrative. Deux convois étaient annoncés les 2 et 6 février, pour 1 200 puis 1 061 personnes ; ils comptent finalement 1 512 et 1 621 réfugiés. Le préfet indique avoir dû organiser des centres d’hébergement dans 48 communes différentes, faute de locaux importants disponibles. Il évoque aussi les difficultés sanitaires, les hospitalisations, les décès, mais souligne les dons en nature et l’accueil de la population.
C’est à l’intérieur de cette histoire collective que s’inscrit le récit de Sylvie Allouin-Bastien. S.O.S. LA VIDA ! C’est la vie ! part d’une famille : celle de Clemencia Vega García, de Juan Lorente Castaño et de leur fille Lola. Originaires d’Andalousie, passés par la Catalogne pendant la guerre, Clemencia et Lola franchissent la frontière le 4 février 1939 à Puigcerdà, près de Bourg-Madame. Lola a alors 17 mois. Elles sont évacuées en train vers la région Centre, arrivent à Blois, puis sont transférées dans les écuries du château de Chaumont-sur-Loire. Leur parcours raconte l’épuisement, la dénutrition, l’incertitude, la séparation. Juan, le père, est de son côté interné à Argelès-sur-Mer, puis affecté à des compagnies ou groupements de travailleurs. Clemencia et Lola sont ensuite transférées à Montlivault, près de Chambord, où Clemencia devient bonne de ferme. La famille ne se recomposera qu’après plusieurs années de guerre, de recherches et d’absence.
En avril 2026, cette mémoire est sortie du cercle familial pour entrer dans l’espace public. Une plaque a été inaugurée au Domaine régional de Chaumont-sur-Loire [LIRE ICI] en souvenir des 320 exilés espagnols accueillis dans les dépendances du château en février 1939. Le projet, porté notamment par Sylvie Allouin-Bastien et Patricia Allouin-Ratton, petites-filles de Clemencia Lorente Vega, a associé la commune, le collège Joseph-Crocheton et la Région Centre-Val de Loire. La soirée du 17 juillet à Blois Capitale s’inscrit donc ce travail de mémoire. Il est aussi une piqûre de rappel dans une ère de progression des populismes.
Soirée « S.O.S La Vida ! »
Vendredi 17 juillet 2026, de 18h à 20h
Blois Capitale, 16 rue Émile-Laurens, Blois
Avec Sylvie Allouin-Bastien, autrice de S.O.S. LA VIDA ! C’est la vie !
Entrée libre, places limitées
Inscription souhaitée : bloiscapitale@gmail.com ou directement à la boutique.


