Dominique Hermier dessine Blois à la main : six mois, plus de 400 heures et une ville vue d’en haut

Arrivé à Blois il y a deux ans, le graphiste et créateur Dominique Hermier a passé six mois à dessiner la ville, de la basilique à la gare, de Vienne à la Fondation du doute. Plus qu’un plan, son œuvre propose une vision ample, précise et sensible de Blois, entre cartographie, illustration et déclaration d’attachement.
Il y a des plans que l’on déplie en voyage pour trouver une rue. Du moins quand on ne s’oriente pas avec un écran. Celui de Dominique Hermier ne se déplie pas, il n’est pas GPS. Il se regarde. Il s’accroche. Il s’approche. On y cherche d’abord les grands repères : la Loire, le pont Jacques-Gabriel, le Château royal, la cathédrale Saint-Louis, la Halle aux Grains, l’église Saint-Nicolas, la gare, les quais, Vienne. Peut-être sa maison. Puis l’œil s’attarde sur les rues, les toits, les arbres, les places, les circulations. Le centre-ville de Blois apparaît d’un seul tenant, comme saisi depuis le ciel, mais dessiné avec une patience très terrestre.

Cette carte illustrée est le fruit de six mois de travail, engagé mi-novembre. L’idée de Dominique Hermier n’était pas de représenter seulement l’hypercentre touristique, mais un centre-ville élargi : de la basilique jusqu’à la gare, soit environ un kilomètre et demi de ville, avec une partie de Blois-Vienne, la Fondation du doute, la Halle aux Grains et une vingtaine de monuments remarquables. Sur la version finale, ces lieux sont signalés par de petits pictogrammes discrets.
Du crayon au numérique
La carte commence par un dessin. Dominique Hermier a d’abord réalisé un croquis au crayon, avant de le reprendre au Rotring. Le dessin a ensuite été scanné morceau par morceau, afin d’obtenir une très haute résolution. Cette étape technique permet aujourd’hui d’imprimer le plan dans des dimensions importantes sans perte de netteté. L’artiste indique pouvoir aller jusqu’à 2,5 mètres par 5,5 mètres sans pixelisation. La carte peut ainsi occuper un mur entier, dans un cabinet, une salle d’attente, une agence immobilière, un commerce, un gîte ou tout lieu souhaitant proposer une grande vue panoramique de Blois.
Ce plan est le résultat d’un arpentage. Dominique Hermier connaît bien ce type de travail. Depuis une vingtaine d’années, il réalise des plans illustrés : villages remarquables, randonnées équestres pour la Belgique, extraits de quartiers parisiens, villages normands. Les styles changent selon les projets et les commandes : aquarelle, technique mixte, noir et blanc façon gravure, peinture digitale. Pour Blois, il a choisi un équilibre entre dessin réel et colorisation numérique.
Une enquête dans les rues
Dominique Hermier estime avoir pris environ 800 photos de Blois pour construire son plan. Les monuments ont été photographiés sous plusieurs angles. Les places, les parkings, les passages, les perspectives et certains espaces récemment transformés ont été documentés par la photo, la vidéo ou des panoramiques à 360 degrés. Les outils numériques et les vues satellitaires ont servi pour comprendre les cours intérieures ou les arrières de bâtiments. Dominique s’est aussi déplacé avec un plan à blanc, sur lequel il notait les détails observés sur place : un mur couvert de lierre, le sens d’un passage piéton, une façade, une disposition particulière.
Il faut dire que Blois se prête bien à une enquête de terrain. Le centre-ville est accessible à pied ou à vélo. Lorsqu’un doute apparaissait, il pouvait aller vérifier rapidement, prendre de nouvelles photos, revenir à l’atelier et reprendre son dessin. Ce travail explique en partie la sensation produite par le plan. La ville a été regardée, rue par rue, détail par détail.
Une vue depuis une montgolfière imaginaire
Dominique Hermier n’a pas survolé Blois. Pour une ville de cette taille, un véritable survol poserait des contraintes techniques et administratives, notamment avec un drone. Il a donc construit un point de vue imaginaire, comme s’il observait la ville depuis une montgolfière. Le dessin repose sur une vue axonométrique. Cette représentation permet d’éviter une perspective classique où les éléments éloignés deviennent plus petits que ceux du premier plan. Ici, toute la ville reste lisible. Les bâtiments conservent du volume, mais l’ensemble demeure homogène.

Cette approche donne au plan de la clarté. Elle autorise aussi certaines libertés. Dominique Hermier assume d’avoir légèrement agrandi les monuments remarquables, autour de 125 %, pour qu’ils ressortent davantage.
Un objet à accrocher
Le tirage principal est réalisé au format 70 x 100 cm, format B1, sur papier de qualité. Il est numéroté, signé et gaufré. Il n’est pas plié, mais vendu roulé. Car c’est un objet graphique à encadrer, à poser sur un mur, à regarder dans la durée. Pour des formats supérieurs, Dominique Hermier envisage même une livraison en lés, comme un papier peint, pour une œuvre murale.
Le choix de faire d’abord
Dominique Hermier a arrêté de compter ses heures de travail à 400. Logiquement, il a donc choisi une démarche d’auteur. Il n’a pas attendu un appel d’offres, un cahier des charges ou une commande institutionnelle. Il a préféré créer l’œuvre, puis voir ensuite quelles passerelles pourraient s’ouvrir. « Je me suis déguisé un peu en mécène, en auto-mécène », confie le graphiste. Il s’agit d’un investissement personnel, qui n’exclut pas des collaborations futures.
Blois, ville d’adoption
Le plan tient aussi à une histoire personnelle. Dominique Hermier est arrivé à Blois il y a deux ans, d’abord par amour d’une Blésoise. Puis la ville elle-même a pris place dans cette histoire. « Moi, je suis amoureux de Blois », dit-il simplement. Il décrit une ville belle, verte, à dimension humaine, posée au bord d’un fleuve, entourée de promenades, de châteaux et d’itinéraires comme la Loire à vélo. Paris reste accessible en train, la Normandie n’est pas trop loin, et la ville permet selon lui de vivre dans un équilibre qu’il cherchait.
Cette expérience se lit dans la carte. Les couleurs, la générosité du format, le soin accordé aux détails traduisent une forme d’adhésion. Dominique Hermier parle d’une ville où les contacts se font facilement, sans sentiment de compétition ou de jalousie. Son dessin devient ainsi la traduction graphique d’un sentiment d’accueil.
Le plan représente Blois à un moment précis. La plupart des photographies ayant servi au dessin ont été prises entre début mars et début mai. L’image correspond donc à une ville saisie au printemps. Certains secteurs ont été volontairement laissés en attente, notamment le Carré Saint-Vincent et la friche du futur théâtre. Lorsque les plans de la future antre de la Scène nationale seront disponibles, il pourra mettre à jour son dessin. En effet, la carte évoluera au fil des éditions.
La version nuit : Blois comme terrain de jeu
Une deuxième version est déjà en préparation ! Elle reprendra le même plan, mais de nuit. La ville sera assombrie, les fenêtres éclairées, les réverbères et les phares allumés. Là encore, il ne s’agira pas de reproduire exactement chaque source lumineuse, mais de créer une impression crédible de Blois nocturne. Cette version permettra surtout d’introduire l’univers d’IKEX dans la ville. Les robots, fusées, ovnis et objets décalés de Dominique Hermier sortiront symboliquement de la boutique pour se promener dans Blois. L’artiste imagine une sorte de jeu visuel, à la manière d’un Où est Charlie ? en très grand format, avec une centaine d’éléments à retrouver. La version nuit sera tirée dans le même format que la version jour : 70 x 100 cm, sur papier de qualité, numérotée, signée et gaufrée. On a hâte de voir cela…
>> Plan en vente au format 70 x 100 cm au prix de 29.90€ à la boutique Ikex, 5 Rue Saint-Honoré, à Blois. Et aussi à la boutique Blois Capitale à compter du 27 juin 2026.

