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Au château de Blois, l’Asie rêvée de quatre collectionneurs sort des réserves

Un vase couvert de fleurs, de minuscules chaussures destinées à des femmes adultes, une broderie de soie et d’or, des porcelaines, des estampes japonaises, des objets rituels… Ces pièces chinoises et japonaises ont parfois passé des décennies loin du regard du public. Avec Reflets du lointain. L’Asie rêvée des collectionneurs, le château royal de Blois en dévoile 55 et remonte surtout le fil de leur arrivée dans ses collections. Derrière les objets apparaissent quatre personnalités : Berthe de Korewo, Pascal Forthuny, James Malfray et Henri Varenne. Quatre façons, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, de regarder, d’étudier, de collectionner et parfois de réinventer l’Asie.


Il y a, au château royal de Blois, des objets que l’on imagine moins volontiers croiser entre les portraits, les souvenirs de cour et les décors de la Renaissance. Des porcelaines chinoises, des estampes japonaises, des textiles, des objets rituels, par exemple. Et pourtant, les 55 pièces réunies pour l’exposition ne donnent qu’un aperçu d’un ensemble bien plus vaste : près de 400 objets asiatiques sont conservés dans les collections du château, principalement chinois et japonais. « Les visiteurs du château de Blois ne s’attendent pas forcément, instinctivement, à voir des collections asiatiques ici », reconnaît Bastien Lopez, directeur du château royal. Tout l’enjeu était donc de raconter ce décalage, et surtout de lui donner du sens : « pourquoi elles sont là, quelle est leur origine, comment ces pièces sont arrivées jusqu’ici et comment elles prennent sens dans ces salles ».

château de Blois | Photo : Marc Alvarez
Château de Blois | Photo : Marc Alvarez

Une étude commencée en 2022

Le projet trouve son origine dans un travail scientifique mené il y a quatre ans. « L’exposition a été conçue à partir d’une étude de notre collection qui a eu lieu en 2022, menée par une spécialiste », explique Julie Brossier. Ce travail a permis de mieux identifier l’origine des pièces, leur époque et, plus largement, ce que conservait réellement le musée. Une seconde question s’est rapidement imposée. « On s’est aussi concentrés sur la genèse de l’arrivée de ces collections au château. Pourquoi ces collections sont-elles arrivées ici ? »

La réponse conduit vers quatre collectionneurs. Pour la plupart liés à Blois ou à sa région, ils ont constitué leurs ensembles à une époque où les arts de Chine et du Japon exerçaient une forte attraction en Europe. Certains étaient artistes, d’autres écrivains, marchands d’art ou musiciens. Tous ont finalement choisi de transmettre tout ou partie de leurs collections à Blois, par des dons ou des legs. Beaucoup de céramiques, mais aussi des textiles, du mobilier ou des arts graphiques. Plusieurs pièces ont été restaurées spécialement pour l’occasion.

château de Blois | Photo : Marc Alvarez
Château de Blois | Photo : Marc Alvarez

Quatre collectionneurs derrière les objets

Henri Varenne est à la fois collectionneur et artiste. Sculpteur et décorateur tourangeau, il constitue lui-même un ensemble d’objets asiatiques, dont certains apparaissent sur d’anciennes photographies de son atelier parisien. À sa mort, son fonds rejoint Blois. Il comprend ses collections mais également plusieurs centaines de ses propres créations, notamment des plâtres et des bronzes. « Ce sont des œuvres qui sont peu montrées au public et donc on profite des Journées européennes du patrimoine pour mettre la lumière sur cet artiste », explique Bastien Lopez.

James Malfray offre un ancrage encore plus directement blésois. Céramiste et marchand d’art, il revient dans sa ville à la fin de sa vie et participe à la création de sa première école d’art. Son nom demeure d’ailleurs attaché à une salle de l’hôtel de ville. Au fil des années, il avait constitué une vaste collection de céramiques avec une ambition pédagogique : raconter leur histoire à travers les époques et les régions du monde. Les porcelaines chinoises et les grès japonais y tiennent une place importante, notamment à travers des objets arrivés en Europe par les grands circuits commerciaux reliant l’Asie à l’Occident.

Pascal Forthuny entretient une autre relation avec la Chine. Lui aussi passé par le collège Augustin-Thierry de Blois, il ne se contente pas d’en apprécier les arts. Il étudie la langue, la calligraphie et l’écriture chinoises. « Il va vraiment s’intéresser plus particulièrement à la Chine. Il est sinologue, il va s’intéresser à la calligraphie et à l’écriture chinoise », résume Julie Brossier. Il obtient un diplôme de langue chinoise en 1913, donne des conférences, écrit des articles et fait aussi entrer la Chine dans son travail littéraire. Parmi les documents conservés figurent de petits cartons portant des idéogrammes accompagnés de leur traduction.

Avec Berthe de Korewo, c’est encore une autre histoire qui apparaît. Musicienne et collectionneuse, elle rassemble dans son intérieur des objets de provenances très diverses avant de léguer son ensemble à la Ville de Blois. Une partie de ces pièces est toujours disséminée dans les salles du musée et du château. L’exposition montre notamment sa harpe. Elle n’est pas asiatique, mais son décor appartient à ce que l’on appelle alors les chinoiseries : des créations occidentales utilisant formes ou motifs inspirés de l’Asie. « On achète auprès de marchands d’art des pièces provenant directement d’Asie, mais il existe également un goût pour ce décor exotique », explique Julie Brossier. Après le legs de Berthe de Korewo, le conservateur Frédéric Lesueur avait d’ailleurs créé au château une salle spécialement consacrée à sa collection.

Une Asie regardée depuis l’Europe

Derrière les porcelaines, les estampes ou les textiles, il est aussi question du regard européen sur l’Asie : ce qu’il en comprenait, ce qu’il en admirait, et ce qu’il projetait sur elle. Certains ont été produits pour des usages locaux. D’autres ont voyagé vers l’Europe. Et quelques-uns ont même été conçus en Asie directement pour satisfaire les goûts occidentaux. Les formes sont parfois révélatrices : cafetières, soupières ou chopes ne correspondent pas aux usages traditionnels pour lesquels les artisans asiatiques travaillaient habituellement. Certaines porcelaines vont jusqu’à recevoir des scènes de chasse à courre !


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Du thé aux estampes japonaises

Dans la seconde partie du parcours, les œuvres sont regroupées par thèmes. La cérémonie du thé permet de réunir boîtes, théières et tasses. Les croyances et rituels sont évoqués par des bronzes, des représentations de divinités ou de petits objets japonais. La céramique constitue l’un des ensembles les plus importants. Un spectaculaire vase « mille fleurs » illustre une production chinoise dans laquelle pivoines, roses, lotus et autres motifs végétaux envahissent presque entièrement la surface de la pièce. À quelques mètres, une céramique japonaise montre combien les techniques et les décors peuvent différer d’un territoire à l’autre.

Château de Blois | Photo : Marc Alvarez
Château de Blois | Photo : Marc Alvarez

L’exposition passe également par les textiles. Une broderie en fils de soie et d’or, restaurée pour cette présentation, côtoie notamment une paire de très petites chaussures. Leur taille pourrait faire croire à des chaussures d’enfant. Elles étaient pourtant destinées à des femmes adultes dont les pieds avaient été bandés, pratique longtemps associée en Chine à des normes sociales et esthétiques particulières. Les chaussures ont elles aussi bénéficié d’une restauration avant leur exposition.

Château de Blois | Photo : Marc Alvarez
Château de Blois | Photo : Marc Alvarez

Le parcours se prolonge avec les arts graphiques. Les estampes japonaises, largement diffusées en Europe et déterminantes dans la découverte de l’art japonais, côtoient les peintures à l’encre et les calligraphies chinoises. Un sceau chinois complète l’ensemble : apposé sur une œuvre, il pouvait notamment servir de signature à l’artiste.

Quand la collection finit par entrer dans l’œuvre

La dernière séquence remet les collectionneurs au premier plan. Chez certains, les objets asiatiques ne sont pas restés des pièces acquises et conservées : ils ont nourri leur propre travail. Une sculpture d’Henri Varenne voisine ainsi avec un roman et une œuvre de Pascal Forthuny, ainsi qu’avec une céramique de James Malfray. Le goût de l’Asie passe alors de la collection à la création, par les formes, les motifs et les imaginaires qu’ils s’approprient.

château de Blois | Photo : Marc Alvarez
château de Blois | Photo : Marc Alvarez

Expliquer pourquoi ces œuvres sont ici

La nécessité d’explication a influencé la manière de concevoir l’exposition. Un parcours FALC, « Facile à lire et à comprendre », a ainsi été pensé pendant la création du projet, et non ajouté après coup. « C’est vraiment quelque chose qui a été dans la conception dès le début et qui est fondamentalement lié à ce projet. Ce n’est pas arrivé après », souligne Bastien Lopez. Pour lui, c’est aussi « une autre manière de concevoir un projet muséal ».

Cette attention à la médiation est d’autant plus importante que Reflets du lointain s’inscrit dans un programme régional plus vaste, « Asie en Centre-Val de Loire », porté par Musées en Centre-Val de Loire. Plusieurs établissements de la région ont entrepris ces dernières années de réexaminer leurs fonds asiatiques et d’en faire ressortir des œuvres parfois peu connues. Blois s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large.


Informations pratiques

Reflets du lointain. L’Asie rêvée des collectionneurs
📍 Musée des Beaux-Arts du château royal de Blois, aile Louis XII
📅 Du 19 septembre 2026 au 16 mai 2027

Autour de l’exposition sont notamment prévus des visites guidées et des rendez-vous destinés au jeune public, avec des ateliers d’origami. Un partenariat avec l’Institut Confucius de l’université d’Orléans permettra également de proposer des ateliers de calligraphie et de peinture chinoises. Des démonstrations autour de la cérémonie du thé sont annoncées, ainsi qu’un concert de musique traditionnelle chinoise à l’occasion du Nouvel An chinois, en février 2027.


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