Aux Lobis : femmes debout, doubles absurdes et Orwell en embuscade

Cette semaine, au cinéma Les Lobis, trois sorties films très différentes se répondent presque malgré elles : la violence intime, l’absurde social et la manipulation politique.
La Maison des femmes
C’est un premier long métrage. Et déjà un projet porté depuis longtemps. Mélisa Godet avait réalisé auparavant deux courts-métrages, déjà sur des sujets sociaux sensibles : le monde hospitalier, la fin de vie en EHPAD, les familles recomposées d’enfants adoptés. Là, elle s’attaque à un lieu désormais emblématique : la Maison des Femmes de Saint-Denis, fondée par Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne. Le film ne s’y déroule pas réellement — il était évidemment impossible d’interrompre l’activité d’un tel lieu. Le tournage a eu lieu ailleurs, notamment à Bry-sur-Marne, dans des espaces réaménagés pour recréer les décors.

Le projet remonte à près de dix ans. La réalisatrice avait entendu Ghada Hatem à la radio chercher des financements pour maintenir la structure. Le film n’a pu se faire qu’à une condition : être une fiction pure. Pas un documentaire. Protéger la vie personnelle, ne pas exposer directement des victimes. La réalisatrice considérait en outre que cela aurait été intrusif et violent.
Le casting est solide : Karine Viard, Laetitia Dosch, Juliette Armanet, Pierre Deladonchamps… Un choix qui surprend pour un premier film, mais qui révèle une volonté claire : toucher largement. La mise en scène est volontairement classique. Pudique. Elle se place du côté de l’équipe médicale, composée majoritairement de femmes. Elle montre les différentes typologies de victimes : une femme bourgeoise de 65 ans abusée depuis quarante ans, une femme récemment arrivée en France ne parlant presque pas la langue, d’autres encore. « Personne n’y échappe. » Laetitia Scherier, la directrice des Lobis, l’admet : elle avait une appréhension. Et puis le film s’est imposé comme « une très bonne surprise ». Un film fort, sans sensationnalisme, qui donne la parole à celles qu’on ignore encore trop souvent. À Blois, l’ouverture de l’abri Gisèle Halimi, inspiré de ce modèle, rend le film particulièrement concret.
Alter Ego
Changement de registre avec Alter ego de Nicolas et Bruno. Un homme ordinaire voit débarquer un voisin qui est son sosie parfait — mais en version améliorée. Plus beau, plus riche, plus accompli. Et personne ne voit la ressemblance. Laurent Lafitte incarne les deux rôles. Face à lui, Blanche Gardin.

Le film commence comme une comédie absurde. Puis glisse. Un voyage en camping marque un point de bascule. Le ton devient plus étrange, parfois presque inquiétant. Il y a un crescendo narratif, « toutes les vingt minutes, quelque chose relance le film ». Laetitia Scherier précise : ce n’est pas du Quentin Dupieux — « je le mets très très haut dans la gestion de l’absurde » — mais il y a ici « un vrai talent qui se développe ». Et surtout, un rebondissement final qu’il faut taire. Une comédie originale, rare dans le paysage français actuel.
Orwell : 2+2=5
Le troisième film de la semaine s’inscrit dans un tout autre registre. Raoul Peck signe un documentaire-essai sur George Orwell. Le titre renvoie à la formule de 1984, symbole de la manipulation des masses. Le film dure deux heures. Dense. Il mêle archives, textes d’Orwell, extraits d’adaptations cinématographiques, images contemporaines. Il interroge la surveillance de masse, la propagande, la manipulation du langage. Ce n’est pas une biographie. C’est une mise en perspective.

« Quelqu’un qui suit très attentivement l’actualité ne va pas forcément apprendre des choses incroyables », reconnaît-elle. Mais voir la pensée d’Orwell résonner avec le présent est frappant. Le distributeur évoque même des blocages d’images du film sur certaines plateformes sociales. Vrai ? Faux ? Ce qui est certain : le film questionne. Et dérange.
🎬 Ciné-débat avec l’association Bonobolus sur le diabète
Vendredi à 19h, projection du court métrage Moins seuls ensemble, suivie d’un débat en présence des réalisateurs et d’une endocrino-diabétopédiatre. L’événement se fait en partenariat avec l’association Bonobolus, qui accompagne des enfants et jeunes adultes atteints de diabète ainsi que leurs proches. Entrée libre.
Plus d’informations ici : blois-les-lobis.cap-cine.fr


