Avec Axis Arbor, Valentin Marques peint l’arbre comme un passage entre l’ombre et la lumière
À Blois, au 41 quai Amédée-Contant, l’exposition Axis Arbor de Valentin Marques prendra place dans la galerie éphémère d’Aurélie Maarek, à partir du jeudi 11 juin 2026. Le vernissage, ouvert au public, débutera à 18h. Pendant quelques jours, les peintures à l’huile de l’artiste dialogueront avec les créations florales de Fleurs des Quais, dans ce lieu intime situé en bord de Loire.
Cette nouvelle série est consacrée à l’arbre. Mais, chez Valentin Marques, l’arbre n’est pas seulement un motif végétal. Il est une figure d’ancrage, de transformation, de verticalité. Il relie ce qui est enfoui et ce qui s’élève. Il plonge dans l’obscurité et continue pourtant de chercher la lumière. Avec Axis Arbor, l’artiste propose une traversée. « Il y a des séries que l’on décide de créer, et il y en a d’autres qui apparaissent presque malgré nous. Axis Arbor n’est pas un concept. Elle est née d’un moment de bascule », explique Valentin Marques.

Une série née d’une période de doute
La naissance d’Axis Arbor correpond à un moment de fragilité. Valentin Marques raconte avoir traversé, il y a quelques mois, une période de doute profond. Un moment où la peinture elle-même semblait menacée. Il dit s’être demandé s’il pouvait encore continuer à vivre cette vie d’artiste, avec ce qu’elle suppose d’incertitude, d’exposition, de précarité parfois, de tension entre ce que l’on porte intérieurement et ce que le monde reconnaît. « Je me posais une question que beaucoup d’artistes connaissent intimement, mais que peu osent réellement formuler : est-ce que cela vaut encore le coup de continuer ? »
Cette interrogation, Valentin Marques ne la réduit pas à une crise personnelle. Elle renvoie aussi à une condition plus large de l’artiste contemporain, pris dans une époque où la reconnaissance semble souvent se mesurer en signes numériques. Les regards, les likes, les abonnés, la visibilité : tout paraît devoir se quantifier. Tout semble devoir être vu vite, consommé vite, puis remplacé vite. L’artiste reconnaît ne pas avoir été indifférent à cette logique. « Moi aussi, j’ai cherché cette reconnaissance », confie-t-il. À force, dit-il, on peut finir par croire que la visibilité équivaut à la légitimité. Que ce qui n’est pas vu n’a peut-être pas vraiment de place.
Et puis, le réel matériel finit, lui aussi, par imposer sa présence. Il y a quelques mois, Valentin Marques n’avait plus les moyens de racheter de la peinture, des pinceaux, des toiles. « Un like ne paye pas un atelier. Une admiration virtuelle ne permet pas de continuer à acheter du matériel. La passion, aussi sincère soit-elle, ne suffit pas à porter le poids du réel. » Alors il revient à ce qu’il a sous la main : un petit carnet, un crayon noir, parfois de la sanguine. Le manque de moyens devient, paradoxalement, le point de départ d’une nouvelle recherche.

L’arbre, apparition silencieuse
C’est dans cette période sombre que l’arbre apparaît. Au départ, il ne s’agit pas encore d’une série. Valentin Marques dessine de petits formats, des formes simples, intuitives, parfois répétitives. Il ne cherche pas un sujet. Il ne conceptualise pas. Il dessine, dit-il, « comme on tente parfois de respirer un peu mieux ». Puis les arbres se multiplient. Un arbre, deux arbres, trois arbres. Au crayon noir, à la sanguine. Peu à peu, quelque chose revient. « Avec le recul, je crois aujourd’hui que ces arbres sont arrivés avant même que je comprenne pourquoi j’avais besoin d’eux. Parce qu’au fond, ce que je cherchais sans pouvoir encore le nommer, c’était un point d’ancrage. »
Ancrage, un mot qui résonne pour Valentin Marques, qui se décrit comme quelqu’un de relié au subtil, à l’intuition, aux rêves, aux perceptions invisibles. Ainsi, Axis Arbor marque un déplacement. « Longtemps, j’ai eu le sentiment d’être tourné vers le ciel, mais peut-être pas suffisamment relié à la terre », dit-il. L’arbre devient alors le symbole juste. Il est à la fois enraciné et dressé. Il plonge dans l’obscurité, dans la terre, dans l’invisible, tout en s’élevant vers la lumière. Il traverse les saisons, endure les tempêtes, se tord parfois, se fragilise, perd ses feuilles, mais continue de croître.

L’arbre devient une manière de poser autrement ses questions : comment continuer à grandir dans le doute ? Comment rester debout lorsque tout vacille ? Comment transformer les périodes sombres non pas en fin, mais en passage ? « Même les ténèbres peuvent nous guider, si nous acceptons de les traverser plutôt que de les fuir », affirme-t-il. « Parfois, ce sont elles qui nous ramènent vers notre propre lumière. »
Axis Arbor, l’axe entre la terre et le ciel
Le titre de la série s’impose ensuite comme une évidence : Axis Arbor. L’axe et l’arbre. Le lien entre ce qui est en bas et ce qui est en haut. Valentin Marques y associe une phrase ancienne qui le traverse depuis longtemps : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. »
L’arbre devient ainsi un pont. Un axe vivant. Une connexion entre le terrestre et le céleste, entre l’ancrage et l’élévation, entre la matière et l’invisible. Cette dimension symbolique s’inscrit dans la continuité du travail de Valentin Marques, mais elle prend ici une forme plus ramassée, plus organique. Le motif de l’arbre lui permet de réunir plusieurs dimensions de sa recherche : le dessin, la structure, la matière, l’intuition, le spirituel, mais aussi la nécessité concrète de tenir debout. Le choix de la peinture à l’huile participe de cette même logique. L’huile impose un autre rapport au temps. Elle ne permet pas tout, tout de suite. Elle demande des couches, de la patience, de la présence. Elle oblige à ralentir.
Dans une époque saturée d’images rapides, ce choix technique prend donc une portée particulière. Peindre à l’huile devient pour lui une forme d’ancrage. Chaque couche l’oblige à habiter davantage l’instant. Chaque toile l’invite à revenir « ici, à la terre, à mon corps, à ma présence, et peut-être finalement à moi-même ».
Du dessin d’enfance à la peinture symbolique
Pour comprendre Axis Arbor, il faut aussi revenir au parcours de Valentin Marques. Le dessin est là très tôt, vers 4 ou 5 ans. Il dessine de tout. Il reproduit des images qu’il aime, comme beaucoup d’enfants. Il observe aussi des insectes trouvés par terre et s’amuse à les redessiner. Depuis l’enfance, il rêve de devenir architecte. Son parcours le mène à Paris, où il travaille avec une agence et un magazine de design graphique. Mais un événement personnel modifie son ambition. L’art, alors, est encore secondaire. Valentin Marques se sent attiré par d’autres champs : l’énergétique, le spirituel, le médiumnique, les pratiques ésotériques et mystiques. Il quitte Paris, son travail, et part se former. Ce détour n’est pas, pour lui, une rupture avec l’art. Au contraire, il finit par l’y ramener. « En faisant toutes ces démarches personnelles et spirituelles, je suis revenu à la peinture », raconte-t-il.
Le jeune homme débute par une création, qu’il montre naturellement sur les réseaux sociaux. L’accueil l’encourage. Puis vient une deuxième toile, une troisième, une quatrième. La pratique s’installe progressivement. La Covid joue un rôle dans cette maturation. Comme beaucoup, Valentin Marques se retrouve face au temps suspendu. Il reprend ses toiles, ses carnets, et se remet au travail. Plusieurs phases se succèdent. Il explore d’abord le collage. Puis des compositions mêlant collage et peinture, avec des formes simples et géométriques. Il évoque alors l’univers de Matisse, les papiers découpés, la manière dont des formes peuvent générer un espace pictural. Il s’intéresse ensuite au street art, dont il aime l’énergie, puis va vers des dessins faits de courbes et de lignes, dans un esprit qu’il rapproche du vitrail. Peu à peu, une autre étape apparaît : celle des symboles, notamment avec sa série Les gardiennes des éléments. À ce moment-là, quelque chose devient plus lisible dans sa démarche. Il ne s’agit plus seulement de faire du beau. Il s’agit de faire des tableaux qui ont du sens.
Cette série des Gardiennes des éléments marque une étape importante dans son parcours. Elle travaille autour de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, de l’éther, et affirme déjà une recherche symbolique où l’image devient passage entre le visible et l’invisible. Les deux dernières œuvres de cette série sont aujourd’hui proposées à la vente à la boutique Blois Capitale, où l’on peut également découvrir d’autres créations antérieures de Valentin Marques. Ce point permet de mesurer l’évolution de son travail : des premières recherches symboliques jusqu’à Axis Arbor, le fil reste celui d’une peinture intérieure, attentive aux signes, aux forces, aux formes qui relient.

Une création nourrie par les rêves et les méditations
Valentin Marques insiste sur le caractère intuitif de sa création. Il peut se réveiller avec une idée et aller aussitôt la tester dans ses carnets. « Souvent, quand je médite, des symboles m’apparaissent en vision. Je les redessine ensuite dans mes carnets et, à partir de cela, je crée des tableaux. » Les carnets sont le lieu du premier surgissement, de l’essai, de la trace. « Tous mes croquis sont pratiquement en noir et blanc. Je ne sais jamais quelles couleurs je vais mettre sur ma toile avant de commencer à poser la première. » Cette part d’inconnu compte beaucoup. Elle laisse à la peinture la possibilité de se révéler progressivement. C’est peut-être dans cette zone que l’artiste dit se sentir pleinement lui-même. « Il n’y a que dans ces moments que je me sens entier », confie-t-il.
Vernissage “Axis Arbor” de Valentin Marques
Galerie éphémère d’Aurélie Maarek
41 quai Amédée-Contant, Blois
Jeudi 11 juin 2026, à partir de 18h
Exposition visible les 12, 13 et 14 juin, de 14h à 18h ou sur rendez-vous
Collaboration avec Fleurs des Quais et Blois Capitale
Entrée libre
Vernissage ouvert au public
Les deux dernières œuvres de la série Les gardiennes des éléments, ainsi que d’autres créations antérieures de Valentin Marques, sont également proposées à la vente à la boutique Blois Capitale.


