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À Blois, le studio Harcourt expose ses années d’Occupation

Depuis le 16 septembre, le Centre de la Résistance, de la Déportation et de la Mémoire de Blois accueille Portraits d’une époque. Photos du studio Harcourt sous l’Occupation. Présentée jusqu’au 25 octobre à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire, dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la photographie, l’exposition retrace l’activité du célèbre studio parisien pendant la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la libération de Paris. Une centaine de grands tirages, d’objets et de documents éclairent sa clientèle et le travail de ses photographes, à une période où s’affirme le style Harcourt.

À l’origine de l’exposition se trouve un livre, Harcourt, les années noires et grises, publié chez Denoël. Ses auteurs, l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon et l’éditeur et auteur Nicolas Ragonneau, en assurent également le commissariat. Leur travail suit la vie du studio pendant l’Occupation, depuis ses pratiques commerciales jusqu’aux portraits d’une clientèle où se côtoient célébrités, particuliers et militaires allemands.


Les Rendez-vous de l’histoire coproduisent cette présentation ainsi qu’une seconde exposition photographique consacrée aux coulisses de la télévision. Pierre Matheron, chargé de mission Éducation nationale aux Rendez-vous de l’histoire, le précise : « Ce sont deux expositions qui sont créées spécialement pour les Rendez-vous de l’histoire. » La seconde ouvrira le 21 septembre au Capitole, dans l’ancien cinéma des Trois Clés. À partir des archives de l’INA, elle fera découvrir les métiers, les décors et les vedettes de la RTF et de l’ORTF. Ces deux propositions rejoignent les célébrations du bicentenaire de la photographie.

Chez Harcourt, le soin du portrait

Le parcours s’ouvre sur un hommage à Joséphine Baker, photographiée par Harcourt, avant de présenter le studio et son fonctionnement. Au 49 avenue d’Iéna, à Paris, l’accueil fait partie de la prestation. Les clients sont choyés avant, pendant et après la pose, selon des usages qui empruntent à la haute couture.

Cette attention accompagne le travail des photographes. Issus du cinéma, ils en utilisent les techniques pour composer des portraits qui magnifient leurs sujets. L’exposition situe pendant les années d’Occupation la naissance du « mythe Harcourt », avec l’affirmation d’une signature et d’un style reconnaissables.

La réputation du studio attire les vedettes du cinéma, de la chanson et du music-hall, mais aussi des écrivains, des personnalités politiques et des particuliers venus immortaliser une occasion marquante. La clientèle dépasse ainsi le cercle des célébrités, tout en restant liée à une prestation haut de gamme.

Photographier dans le Paris occupé

Pendant l’Occupation, les séances se poursuivent. Des jeunes zazous aux artistes en vue, les portraits rendent compte d’une partie de la vie parisienne, alors que la population connaît la peur et les privations. Pierre Matheron souligne ce contraste entre la fréquentation du studio et une période où « les gens ont faim ».

Parmi les clients figurent des collaborateurs et des militaires allemands. Ces derniers bénéficient de l’argent des frais d’occupation. Le prestige de l’adresse et le travail de ses photographes les attirent eux aussi. « On a évidemment des officiers allemands qui viennent se faire photographier en uniforme », explique Pierre Matheron. « Il y a ce contraste entre le glamour de la photo et le caractère extrêmement inquiétant de l’uniforme allemand. »

Les tirages sont accompagnés d’objets et de documents provenant essentiellement des collections du studio. Cet ensemble, présenté par les organisateurs comme inédit ou jamais exposé, permet également d’examiner les pratiques d’une entreprise qui poursuit son activité et développe sa renommée durant ces années.

À la Libération, les photographes dans la rue

La dernière partie du parcours quitte le cadre des séances posées. Les opérateurs du studio sortent photographier la libération de Paris et conservent ainsi des images des événements dans la capitale. De nouveaux clients viennent ensuite devant leur objectif. « On a ensuite des Américains qui se font photographier à partir de 1944 », indique Pierre Matheron. Il évoque également les résistants et les libérateurs de Paris, qui se font à leur tour tirer le portrait. L’exposition suit cette évolution jusqu’à la Libération, au terme de ces années durant lesquelles s’est construite l’identité photographique d’Harcourt.

Une table ronde, le samedi 10 octobre, de 11h30 à 13h, permettra de revenir sur cette histoire avec Bénédicte Vergez-Chaignon, Nicolas Ragonneau et Matthieu Rivallin, chef du département de la photographie à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Modérée par Isabelle Davion, elle se tiendra au CRDM.

photo_expo Harcourt
Photographies de l’exposition Harcourt fournies par l’organisation

Informations pratiques

Portraits d’une époque. Photos du studio Harcourt sous l’Occupation, jusqu’au 25 octobre 2026, salle Joséphine-Baker, Centre de la Résistance, de la Déportation et de la Mémoire, 6 place Victor-Hugo, à Blois. Ouverture du mardi au samedi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, et le dimanche, de 14 h à 18 h. Table ronde le samedi 10 octobre, de 11 h 30 à 13 h, au CRDM. L’exposition s’inscrit dans la programmation du bicentenaire de la photographie. La Médiathèque du patrimoine et de la photographie, institution du ministère de la Culture, est partenaire de l’exposition, aux côtés du CRDM–Ville de Blois et des Rendez-vous de l’histoire.


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