Chantez en Liberté : apprendre à poser sa voix sur le souffle

On peut venir parce qu’on chante dans un groupe, parce qu’on aimerait être plus juste au karaoké, parce que l’on fatigue sa voix au travail ou simplement avec l’envie de découvrir ce dont elle est capable. À Blois, Chantez en Liberté accueille ces profils très différents avec le même point de départ : avant de chercher la note, il faut trouver le souffle. David Fricker en a fait le principe d’une pédagogie développée depuis une dizaine d’années, loin du fonctionnement d’une chorale ou d’un cours réservé aux chanteurs confirmés.
« Ce que j’enseigne, c’est à poser sa voix sur le souffle. » David Fricker revient souvent à cette phrase. Elle résume assez bien Chantez en Liberté. Les cours collectifs réunissent généralement cinq à sept personnes, huit ponctuellement. Pendant une heure et quart, le travail suit une progression assez stable : un temps consacré à la respiration, puis à la technique vocale, avant d’aborder un ou deux morceaux. Les niveaux, eux, peuvent être très différents. Et lorsqu’on lui demande ce qui se passe si quelqu’un chante vraiment très mal au milieu du groupe, David Fricker coupe court : « Il n’y a pas de catastrophe ambulante. Ça n’existe pas. » Il ne constitue d’ailleurs pas de groupes de niveau. L’hétérogénéité fait partie de l’exercice. « J’ai appris à gérer des groupes hétérogènes et ça se fait très bien. » Pour les personnes qui souhaitent un travail plus précis, qui disposent d’horaires particuliers ou qui ne se sentent pas encore à l’aise devant d’autres, les cours peuvent aussi être individuels.
Du karaoké à Mozart
Les raisons de pousser la porte sont multiples. Certains pratiquent déjà le chant et veulent gagner en endurance ou cesser de forcer. D’autres n’ont aucune expérience. Quelques-uns viennent parce qu’ils manquent d’assurance lorsqu’ils prennent la parole, respirent mal ou sentent leur voix se fatiguer. « Il y a quand même une dimension de se trouver soi-même avec sa voix. Découvrir sa voix, c’est aussi mieux se connaître », observe David Fricker.
Le répertoire suit cette diversité. Chanson française, pop, rock, jazz ou soul peuvent entrer dans les séances. Les Rita Mitsouko peuvent côtoyer, plus tard, Mozart. David Fricker tient également à ouvrir une fenêtre sur le classique, avec Ravel, Poulenc ou certains chœurs d’opéra. Le choix se discute avec les participants. « Je propose quelque chose, ils ont des idées, on échange ensemble. » Le morceau reste cependant un moyen et non une fin. L’objectif est d’entendre ce qui se passe dans le corps, de comprendre comment circule l’air et d’éviter de fabriquer le son en poussant. David Fricker parle volontiers de « lutherie ». L’instrument, cette fois, est le corps. Sa démarche consiste à chercher une voix qui gagne en ampleur sans gagner en tension.
Une histoire qui commence par le théâtre
Cette attention à l’effort vocal vient aussi de son propre parcours. David Fricker n’est pas arrivé à la musique par le chant, mais par le théâtre. Fils d’une comédienne, il grandit dans cet univers et se forme en région parisienne, notamment au conservatoire du Val Maubuée, à Noisiel. Il travaille les classiques, le contemporain et s’intéresse beaucoup aux écoles russes du théâtre, où la formation de l’acteur passe aussi par le corps, la danse et la voix.
Le chant arrive lorsqu’il a une vingtaine d’années. Ce qui commence par des cours devient progressivement une seconde formation. Il entre au conservatoire d’Argenteuil, travaille ensuite en cours particuliers et apprend également les bases du piano. Pendant un temps, théâtre et chant avancent ensemble. Il est comédien, chante dans des chœurs et commence à participer à de petites productions lyriques. Puis l’équilibre devient plus difficile. « Il y a un moment où il a fallu un peu choisir. C’était compliqué de gérer l’énergie du théâtre et l’énergie du chant. Dans l’idéal, ce serait la même chose, mais dans la pratique, la pratique vocale au théâtre n’est pas tout à fait la même que dans l’art lyrique. »
L’expérience laissera une trace dans ce qu’il enseigne aujourd’hui. David Fricker raconte avoir lui-même trop forcé lorsqu’il était comédien. « Au théâtre, je sollicitais trop ma voix. Quand je revenais ensuite au chant, je devais composer avec cette fatigue vocale. » Il accompagne désormais ponctuellement des comédiens confrontés au même problème. À ses yeux, une voix portée n’est pas nécessairement une voix poussée. « La voix est avant tout quelque chose de résonant. Travailler sur la résonance et pas sur la pression, c’est au cœur de Chantez en Liberté. »
Le choix de Blois
Sa trajectoire change de géographie en 2012. David Fricker vient travailler à Blois, à la Maison de la magie. Jusque-là partagé entre Paris et le Perche, il découvre une ville qui lui offre un compromis qui lui convient davantage. « J’ai découvert qu’il y avait une autre façon de vivre qu’à Paris. Ici, il y avait une émulation, quelque chose qui me convenait mieux. Je me suis dit que j’avais besoin de verdure, de changer d’air. » Il quitte finalement la capitale et s’installe à Blois. L’enseignement prend progressivement de la place au milieu des années 2010. Chantez en Liberté est développé à Blois depuis 2017. Au fil des années, le champ s’est élargi. David Fricker intervient notamment à la clinique Thérae auprès de personnes accueillies en hospitalisation de jour, et travaille ponctuellement avec des chœurs. Il organise également des master classes avec le pianiste et chef de chant Séverin Treille.
Le premier rendez-vous avec Chantez en Liberté reste volontairement simple. Un cours d’essai gratuit permet de faire connaissance. David Fricker commence par demander ce que la personne écoute, si elle a déjà pratiqué la musique, ce qu’elle attend du chant et ce qui l’amène. Les réponses dépassent parfois largement la musique : « Je suis hyper timide, je n’arrive pas à me faire entendre au travail », rapporte-t-il. D’autres utilisent leur voix professionnellement, enseignants ou comédiens notamment, et cherchent à la préserver.

Le souffle jusque dans l’aïkido
La respiration traverse en réalité plusieurs pans de sa vie. David Fricker pratique depuis longtemps l’aïkido. Plus il a avancé dans cet art martial, dit-il, plus il a retrouvé ce qu’il cherchait dans le chant. « Le geste juste dans les arts martiaux, c’est la relation entre le mouvement et le souffle. Respirer au bon moment, au bon endroit, et être capable de faire un geste sans effort, c’est finalement la quintessence de la technique vocale. »
Il utilise une autre image avec ses élèves, celle du surfeur. La vague existe avant lui et continuera sans lui. Son travail consiste à se placer dessus et à profiter de son mouvement, pas à la provoquer. « Le surfeur a besoin de la vague, la vague n’a pas besoin du surfeur. Poser sa voix sur le souffle, c’est ne pas altérer la fonction première qui est la respiration. Je prends l’air, je souffle. Je prends l’air et je chante. » Apprendre à chanter commence moins par produire des sons que par apprendre à respirer.
« Pour toutes les bourses »
Derrière les questions de souffle et de technique se trouve enfin une conviction plus ancienne. David Fricker rattache explicitement sa démarche à l’éducation populaire. Cette volonté se retrouve dans les cours collectifs, moins coûteux que l’enseignement individuel, dans l’absence de sélection par niveau et dans le cours d’essai gratuit. Le cours collectif est actuellement à 12 euros pour une heure et quart. Le cours individuel est proposé à 37 euros, avec un forfait de dix séances. « Ma culture, c’est celle de l’éducation populaire. J’essaie toujours que l’esprit de Jean Vilar soit là : les arts accessibles comme un service public, pour toutes les bourses, et pas quelque chose qui soit cloisonné pour une prétendue élite. »
Garder la scène
L’enseignant n’a pas pour autant abandonné le chanteur. David Fricker est aujourd’hui baryton et codirige avec Valéria Altaver le Collectif KM. Il interprète notamment Uberto dans La Servante maîtresse de Pergolèse et Bartolo dans Figaro !, adaptation du Barbier de Séville portée par Geneviève Emonet. Cette dernière production a notamment été présentée au château de Cheverny à la fin de l’année 2025. Avec Reno Espinasse et son orgue de barbarie, il porte également Réflexions volatiles, spectacle mêlant musique, humour et réflexion, présenté notamment lors des Nuits des Forêts au Houppier en 2025.
Pratique
Chantez en Liberté
56 avenue de Verdun, 41000 Blois
Tél. : 06 60 74 97 94
Mail : chantez.en.liberte@gmail.com
Premier cours d’essai gratuit.


