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Fatigue, moral bas, perte d’élan : que se passe-t-il vraiment à la fin janvier ?

Il existe une intuition très répandue, en particulier en Europe, selon laquelle la fin janvier concentrerait une forme de baisse d’énergie collective, avec un moral plus fragile, une motivation en berne et une fatigue plus visible. Sommes-nous dans la “pire semaine de l’année” ?

La réponse doit rester prudente. Car la recherche ne consacre pas une semaine unique, objectivement la plus mauvaise pour tout le monde. En revanche, elle décrit très bien un ensemble de mécanismes biologiques et psychologiques qui rendent la période de janvier, et souvent la fin du mois, particulièrement propice à ce type de ressentis, surtout sous nos latitudes.

La première explication robuste tient à la lumière, et à la façon dont elle règle l’horloge interne. Les troubles saisonniers, notamment le Trouble Affectif Saisonnier (TAS), sont classiquement liés à la réduction de la lumière du jour en automne et en hiver. Les organismes de référence décrivent une relation entre baisse de luminosité et symptômes dépressifs saisonniers, et reconnaissent la luminothérapie comme traitement, ce qui, indirectement, confirme le rôle central de l’exposition lumineuse dans la régulation de l’humeur et des rythmes veille-sommeil.

Ce point est plus subtil qu’il n’y paraît, parce que le calendrier astronomique ne suffit pas. Même si les jours recommencent à rallonger après le solstice de décembre, l’organisme ne “bascule” pas immédiatement. L’adaptation circadienne prend du temps et dépend non seulement de la durée du jour, mais aussi de la qualité de l’exposition, de son moment dans la journée, et des habitudes modernes, notamment l’éclairage artificiel en soirée qui peut décaler les signaux biologiques. La littérature scientifique sur le TAS et les troubles de l’humeur insiste sur le rôle de la lumière comme synchroniseur, via des effets sur les rythmes circadiens et la mélatonine, avec des profils saisonniers de sécrétion pouvant être plus longs ou décalés en hiver chez certaines personnes.

À cette dimension circadienne s’ajoute un second pan, souvent résumé de manière simpliste par “la sérotonine baisse en hiver”. Ce raccourci mérite d’être précisé, parce que la recherche ne se limite pas à un slogan : elle observe des variations saisonnières dans le système sérotoninergique, notamment autour du transporteur de la sérotonine (une protéine qui recapture la sérotonine et influence sa disponibilité). Des études en imagerie cérébrale ont rapporté des différences de fixation du transporteur selon la saison, chez des personnes en bonne santé comme chez des personnes présentant un TAS, suggérant qu’il existe bien des changements biologiques corrélés à la photopériode. Ces résultats ne signifient pas que “tout le monde est déprimé en hiver”, mais ils donnent un socle mécanistique à l’idée que certaines vulnérabilités s’expriment davantage quand la lumière naturelle se raréfie.

Un troisième facteur, plus diffus mais très réel dans la vie quotidienne, concerne le sommeil. Quand la lumière du matin manque, que les journées sont grises, et que l’on s’expose tard à des écrans et à l’éclairage intérieur, beaucoup de personnes dérivent vers un sommeil moins aligné, moins réparateur, ou plus fragmenté. Or la relation entre sommeil et humeur est bidirectionnelle : on dort moins bien quand on va mal, et on va plus mal quand on dort moins bien. Les synthèses récentes sur rythmes circadiens et troubles de l’humeur décrivent précisément ces interactions entre timing biologique, lumière et vulnérabilité émotionnelle.

Le moment des bilans implicites

À ces mécanismes biologiques s’agrègent des éléments psychologiques, eux aussi bien décrits, même s’ils sont moins “mesurables” en laboratoire. Janvier est un mois de bilans implicites : reprise du rythme après une rupture de calendrier, pression symbolique du “nouveau départ”, comparaison entre intentions et réalité. Ce n’est pas une loi universelle, mais c’est un contexte classique de décalage entre attentes et vécu, particulièrement quand la fatigue hivernale est déjà là. C’est précisément cette superposition, biologique et cognitive, qui peut produire une impression de morosité partagée, sans cause unique identifiable.

Reste un objet médiatique qui brouille souvent la discussion : le “Blue Monday”, présenté comme le “jour le plus déprimant de l’année”. Sur le plan scientifique, cette idée ne tient pas. Les récits documentés sur l’origine du concept indiquent qu’il s’agit d’une opération de communication lancée au milieu des années 2000 par une entreprise de voyage, appuyée par une formule largement critiquée et non reconnue comme modèle scientifique. Autrement dit, la date précise est du storytelling marketing, pas une découverte. Cela ne veut pas dire que le malaise saisonnier est imaginaire ; cela signifie simplement qu’il n’existe pas de “lundi noir” universel.

Enfin, beaucoup de discussions évoquent la vitamine D comme pièce du puzzle. La science est plus nuancée que les raccourcis. On observe fréquemment, selon les populations et les saisons, des associations entre faibles niveaux de vitamine D et symptômes dépressifs, et la question de l’intérêt de la supplémentation fait l’objet de travaux, avec des résultats variables selon les profils et les contextes. Les institutions et les revues de la littérature présentent la vitamine D comme un élément potentiellement pertinent, sans en faire un bouton unique qui expliquerait l’humeur hivernale à lui seul. En pratique, cela renforce surtout l’idée que l’hiver agit comme un “révélateur” de fragilités multiples.

Au fond, si l’on veut rester rigoureux, on ne peut pas affirmer que “cette semaine” est objectivement la pire de l’année pour tout le monde. Ce que l’on peut dire, sources à l’appui, c’est que la période hivernale, et souvent la fin janvier dans la vie sociale, combine un déficit de lumière, des effets circadiens, des variations biologiques documentées sur des systèmes liés à l’humeur, et une dynamique psychologique de reprise et d’évaluation. Ce mélange suffit à expliquer qu’un grand nombre de personnes se sentent plus lourdes, plus lentes, plus perméables, au même moment, sans qu’il soit nécessaire d’inventer une “semaine maudite” gravée dans la science.

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