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Georges Paltrié prépare le prochain chapitre

Depuis cinquante-cinq ans, Georges Paltrié compose, chante et joue de la guitare sans se laisser enfermer dans un genre ni dicter sa route par les modes. Après six albums et plusieurs années durant lesquelles des problèmes de santé l’ont un peu éloigné de la scène, le musicien blésois prépare un nouveau disque. Il sera au centre d’une soirée spéciale vendredi 18 septembre 2026, à 20 heures, à la boutique Blois Capitale.


Les chansons sont là. Écrites, jouées, parfois déjà soumises à l’écoute des proches. Georges Paltrié sait ce qu’il voudrait en faire : un septième album, composé d’une douzaine de titres. Il sait également ce qui manque encore pour les réunir sur un disque : du temps de studio, des musiciens et, au minimum, quatre à cinq mille euros. « Il n’y a plus qu’à trouver les sous », résume-t-il sans dramatisation.

Après cinquante-cinq années passées à composer, interpréter et enseigner la musique, le chanteur et guitariste blésois ne cherche pourtant pas à dresser le bilan d’une œuvre achevée. Il parle d’abord de ce qu’il reste à écrire, à enregistrer et à jouer. Son regard se porte moins sur les six albums déjà réalisés que sur celui qui pourrait leur succéder.

Ce nouveau projet revêt une importance particulière. Georges Paltrié sort de plusieurs années difficiles, durant lesquelles des problèmes de santé ont fortement réduit ses possibilités de se produire. Il les désigne simplement, avec pudeur, comme les conséquences d’une « méchante grippe », sans davantage s’y attarder. Chacun aura compris. « Mais, j’ai le projet de travailler, de me produire à nouveau sur scène. Je commence à retrouver ma forme », assure le musicien.

Vendredi 18 septembre, une soirée spéciale lui sera consacrée à la boutique Blois Capitale (16 rue Emile Laurens). Elle permettra de revenir sur un parcours commencé au début des années 1970, mais aussi d’entendre ce qui continue de l’animer : la création, le partage et le désir de retrouver le public. Car chez Georges Paltrié, le passé ne prend tout son sens que lorsqu’il prépare une suite.

Une guitare fabriquée par un oncle

Georges Paltrié est né à Meknès, au Maroc. Il n’y est pas resté suffisamment longtemps pour en conserver des souvenirs directs. Son enfance se poursuit dans le Sud-Ouest, au bord du Lot, où il grandit pendant une dizaine d’années au milieu des sonorités occitanes et de l’accent de son grand-père. Il arrive ensuite à Blois alors qu’il a un peu plus de dix ans. La musique ne fait pas encore partie de ses projets. Il se voit plutôt médecin, avocat ou juge pour enfants.

Tout bascule à quinze ans, au cours d’un séjour chez un oncle dans le Sud. Celui-ci vient de fabriquer une guitare et la lui présente. « Ça a été un coup de foudre. Mieux qu’une femme, puisque ça a duré toute ma vie », lance le musicien. Il se met à jouer et compose presque immédiatement ses premières chansons. Le contexte s’y prête. Dans les années 1970, la guitare accompagne une grande partie de la jeunesse. On apprend les accords entre amis, on échange des morceaux et des techniques, on se transmet des chansons. Le folk américain croise la chanson française ; l’instrument est à la fois un moyen d’expression, un objet de sociabilité et parfois une manière d’imaginer une autre vie. « Tous les jeunes jouaient de la guitare. On s’entraînait mutuellement. »

À vingt ans, Georges Paltrié commence à monter sur scène. La musique occupe déjà une place essentielle, mais elle ne suffit pas encore à le faire vivre. « Ça a toujours été mon métier, mais parallèlement. » Il manque alors de répertoire, d’expérience et surtout de revenus réguliers. Il joue dès qu’une occasion se présente, compose et travaille son instrument, tout en exerçant d’autres professions.

La musique comme intermédiaire

Georges Paltrié travaille longtemps dans le secteur social et médico-social, notamment comme éducateur et infirmier. Il accompagne des enfants, des personnes âgées, des personnes marginalisées ou souffrant de troubles psychiques. La musique n’est jamais absente de cette seconde vie professionnelle. Il joue pour les personnes qu’il accompagne, leur apprend parfois à se servir d’un instrument ou les invite à chanter. « La musique a toujours été l’intermédiaire que je mettais en scène avec les autres », glisse Georges.

Le passage définitif à une activité exclusivement musicale est le fruit d’une maturation. « Rien ne se fait comme ça en un seul jour », glisse Georges. Il y a environ trente ans, il choisit finalement de ne plus exercer que comme musicien et devient intermittent du spectacle. « J’ai décidé de ne faire que de la musique. Pour me faire du bien à moi, pour faire du bien aux autres, et pour qu’elle prenne toute l’importance qu’elle avait pour moi : une place essentielle. »

Refuser de chanter quinze fois « je t’aime »

Les premières influences de Georges Paltrié appartiennent à une époque où la chanson française lui paraît offrir davantage d’espace à la singularité. Il cite David McNeil, Pierre Barouh, Jacques Higelin et l’univers de Saravah. Les chansons pouvaient raconter des vies ordinaires, emprunter des chemins inattendus, devenir poétiques, fantaisistes ou franchement absurdes. « Les compositions, les musiques et les chansons étaient plutôt libres. Elles laissaient la place à des choses parfois un peu délirantes, ou racontaient simplement la vie de n’importe qui. » Georges se garde de céder à la nostalgie facile. Il estime toutefois que les producteurs et les logiques de commercialisation ont progressivement pris une place plus importante dans la création.

Son parcours lui a très tôt donné l’occasion de mesurer cette tension entre expression personnelle et attentes commerciales. Après avoir remporté un concours en Région Centre, il gagne des séances d’enregistrement en studio. À cette occasion, raconte-t-il, il rencontre un responsable de Polydor, alors l’une des principales maisons de disques. L’homme lui reconnaît une bonne voix, des textes solides et de belles compositions. Il lui demande cependant s’il accepterait également d’aller vers une chanson plus formatée. « Est-ce que vous accepteriez aussi de chanter quinze fois “je t’aime”, avec des violons ? » Georges Paltrié refuse. « Non, ça ne m’intéresse pas. » Il raconte parfois cette scène comme une occasion manquée. « Ce que je regrette peut-être, c’est de ne pas avoir gagné assez d’argent avec la chanson et la musique. Mais je ne regrette pas de ne pas m’être, entre guillemets, corrompu par rapport à ce que je préférais faire. »

Georges Paltrié a réalisé six albums : Les mélodies attendent les mots, En t’attendant, Ohé ého, Sur le fil, Cinq et D’elle. Quatre d’entre eux sont disponibles sur les principales plateformes musicales, trois sont en vente dans la boutique Blois Capitale. Cette discographie ne résulte pas d’une production industrielle. Chaque disque suppose de réunir des moyens, de trouver un studio accessible, d’organiser les séances et de rémunérer, autant que possible, les musiciens. « Enregistrer des disques, tu sais, ça coûte du fric », glisse l’artiste.

Toute la palette de la musique

Le point de départ de Georges Paltrié se trouve dans le folk et la chanson. Son univers s’est ensuite élargi au jazz, à la bossa-nova, aux musiques latino-américaines, au jazz manouche et à l’improvisation. Autodidacte à ses débuts, il a par la suite suivi des cours avec le guitariste de jazz Pierre Cullaz, étudié l’harmonie au Centre d’informations musicales, le jazz moderne à l’IACP et fréquenté Jazz à Tours. « Je n’ai pas envie de rester coincé dans un seul style. Je fais ce qui me plaît. J’aime toute la palette de la musique », nous dit-il. « Ce que j’aime, c’est la chanson. Et la poésie aussi, de plus en plus. »

Marcel Dadi occupe une place particulière dans son apprentissage. Dans les années 1970, ses partitions, ses méthodes et sa manière de décomposer le jeu de guitare permettent à toute une génération de découvrir le fingerpicking. Georges Paltrié lui a consacré la chanson Daddy Dadi, dans laquelle le nom du guitariste devient celui d’un père symbolique. « C’est lui qui nous a appris à jouer de la guitare, à l’époque. »

D’autres artistes forment autour de lui une famille musicale librement choisie. Georges Brassens représente la solidité de l’écriture, la place centrale accordée aux paroles et la capacité d’une chanson à traverser les générations. Claude Nougaro lui permet de retrouver l’alliance entre la langue, le rythme et le jazz. Georges Paltrié lui consacre régulièrement des récitals. Il interprète également Brassens, Serge Gainsbourg et Boby Lapointe. Ces répertoires sont pour lui un travail d’interprétation à part entière. Il ne suffit pas de connaître les accords…

Graeme Allwright occupe une place plus personnelle. Georges Paltrié parle de lui comme d’un ami et d’un artiste resté à l’écart des grands circuits médiatiques, tout en faisant entrer dans la mémoire collective française des chansons venues notamment de Leonard Cohen et du folk anglo-saxon.

L’humour comme une épice

L’écriture de Georges Paltrié navigue entre la tendresse, l’amour, la fantaisie et l’humour. « L’humour, c’est un peu comme une épice en cuisine. Il en faut toujours un petit peu », juge l’artiste. Il se montre en revanche réservé face aux chansons qui deviennent des discours politiques ou sociaux explicites. « Par petites pincées, on peut tenter le truc. Mais, d’une façon générale, je n’aime pas trop ça. Si je veux faire de la politique, je fais de la politique, je ne fais pas de chanson. » Sa conception n’interdit pas à une chanson de regarder le monde. Elle refuse plutôt que le message prenne entièrement la place de la musique, de l’émotion ou de l’imaginaire. « La chanson est là pour faire rêver les gens, pour les détendre, pour les faire danser. »


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Comprendre avant de jouer

La transmission constitue l’autre grand fil du parcours de Georges Paltrié. Il a donné pendant des décennies des cours de guitare, de chant, d’harmonie et de musique. Au fil de cet enseignement, il élabore sa propre manière de présenter la théorie musicale. Si Georges ne condamne pas l’ensemble des conservatoires ni tous leurs professeurs, il se souvient néanmoins d’élèves rebutés par le solfège et de l’une de ses filles abandonnant la musique alors qu’il la jugeait particulièrement douée.

L’idée d’un livre se forme progressivement. Il se promet de rassembler un jour les schémas, les explications et les raisonnements utilisés avec ses élèves. Il commence par faire imprimer cinquante exemplaires de son travail et les propose autour de lui, afin de recueillir les réactions des lecteurs. Les exemplaires trouvent preneurs et les retours l’encouragent. Dans le même temps, il envoie son manuscrit aux éditions Henry Lemoine, « comme une bouteille à la mer ». L’éditeur le rappelle et accepte le projet. Publié en 2023 par Publications Beuscher et Henry Lemoine, Schématique des éléments musicaux : logique du manche de la guitare compte 52 pages illustrées.


L’éditeur présente l’ouvrage comme une boîte à outils résumant, à l’aide de schémas et de commentaires, la construction de la mélodie, du rythme et de l’harmonie. Georges Paltrié le destine aux guitaristes, mais aussi, plus largement, aux musiciens souhaitant retrouver une logique derrière l’accumulation des accords, des gammes et des notions théoriques. « Il faut d’abord faire comprendre la musique avant de pouvoir la faire jouer, dit-il. Que l’on fasse du rock, du blues, du jazz ou de la chanson, les accords sont toujours les mêmes. On leur ajoute des couleurs différentes, des rythmes différents, mais ce sont toujours les mêmes. » À ses yeux, la théorie ne doit pas précéder le plaisir comme une épreuve imposée. Elle doit progressivement donner à l’élève les moyens de comprendre ce qu’il joue.

Une phrase qui commence déjà à chanter

Lorsqu’on lui demande s’il commence une chanson par les paroles ou par la musique, Georges Paltrié reconnaît immédiatement l’une des questions les plus classiques posées aux auteurs-compositeurs. « Ça, c’est la question qui tue ! » Il n’existe pas, chez lui, de méthode unique. Une chanson naît souvent d’une phrase qui résonne d’une manière particulière. Il commence à la creuser, à chercher sa suite, mais la musique est déjà présente. « Elle chante déjà dans ma tête. » Certaines compositions apparaissent en une soirée. D’autres exigent plusieurs mois. Quelques-unes restent inachevées. Les thèmes, eux, appartiennent aux grandes expériences communes : les histoires d’amour, les rencontres, le temps qu’il fait et surtout celui qui passe. Et « le projet, c’est de continuer. Toujours. »


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