La Dictée du Rotary veut faire reculer l’illettrisme par l’école

Dans une salle de classe de Saint-Vincent–Père-Brottier, dans les quartiers nord de Blois, des élèves de sixième écoutent, stylo en main. Plusieurs adultes sont venus leur faire une dictée, mais aussi les sensibiliser à quelque chose de plus vaste et de plus profond : l’illettrisme.
Car derrière cet exercice organisé dans les collèges, puis proposé au grand public le samedi 11 avril (14h) à l’INSA, se dessine une mobilisation plus large, portée par deux clubs Rotary (Blois Sologne et Blois Loire et Châteaux), des associations spécialisées, des acteurs de la formation directement concernés par ce combat. Les bénéfices seront reversés à ALIRE Formation et au CRIA 41.

Une initiative qui grandit dans les collèges
La dictée s’est imposée progressivement comme un rendez-vous de sensibilisation. À l’échelle de Blois et des environs, la montée en puissance est nette, avec un doublement : 800 à 850 élèves impliqués. Et des responsables d’établissements, informés trop tard cette année, ont déjà manifesté leur intérêt pour la prochaine édition.
On l’a compris, la Dictée du Rotary ne s’arrête pas aux collèges. Elle se prolonge dans un événement ouvert au public, organisé cette année le 11 avril à l’INSA de Blois. La manifestation accueillera une nouvelle fois Bertrand Renard, ancien animateur de Des chiffres et des lettres, ainsi qu’Aline Le Guluche, devenue l’une des voix les plus connues de la lutte contre l’illettrisme. Leur présence donne à l’événement une visibilité particulière, mais elle ne doit pas faire oublier le sens premier de l’opération : récolter des fonds utiles à des structures de terrain.

Une “fusée à trois étages” contre l’illettrisme
Les bénéfices seront intégralement reversés à ALIRE et au CRIA 41, deux acteurs qui n’occupent pas la même place dans le dispositif, mais dont l’action se complète. Jean-Marie Beyer, président d’ALIRE Formation, résume cette articulation : « Vous avez le niveau politique avec Geneviève Baraban, qui, elle, définit un peu la politique départementale en la matière. » Vient ensuite le CRIA, chargé de rechercher et d’identifier les partenaires utiles. Enfin, des structures comme ALIRE assurent la formation elle-même.
Jean-Marie Beyer évoque une première formation mise en place à Romorantin, spécifiquement ciblée sur l’illettrisme. Le groupe était réduit, « une petite quinzaine de personnes », et le dispositif se voulait d’abord expérimental. « C’était un prototype, une première formation qu’on a mise en place pour voir si ça fonctionnait. Et apparemment, ça fonctionne. »
L’école comme point de départ
La présence d’Aline Le Guluche donne à la Dictée du Rotary une force particulière. Son engagement n’est pas celui d’une porte-parole lointaine, mais celui d’une femme qui a fait de sa propre histoire une parole publique. Elle dit elle-même son étonnement devant l’ampleur prise par cette initiative blésoise. « C’est fou. Je ne pensais pas un jour participer à tout ça et recommencer tous les ans. Et de plus en plus, il y a des enfants qui s’inscrivent. Je trouve que c’est vraiment super. » Sa satisfaction n’est pas liée à une performance scolaire. Elle précise même : « Moi, je ne leur demande pas de faire zéro faute. Je leur demande juste de participer et d’essayer d’être des adultes lettrés et forts. »
Ce combat, elle le mène désormais de manière continue. « Toute ma retraite, toute ma vie de retraitée se passe autour de l’illettrisme. » Elle explique écrire encore sur ce sujet et travailler à des livres « faciles à lire », pensés pour des adultes, avec l’ambition que cela « aille dans tous les foyers ».
Mais « si on veut éradiquer ce fléau qu’est l’illettrisme, il faut vraiment prendre la base de l’école », nous dit Aline Le Guluche. « Les enfants doivent ressortir de l’école avec de vraies compétences, des envies de métier, d’aller plus loin, de progresser. Des envies de mieux, toujours mieux. C’est très important d’être dans ce genre de quartier, parce que c’est vrai que les familles sont en difficulté avec la lecture et l’écriture. Et pour s’intégrer, pour travailler, pour vivre en communauté, on a besoin de partager. La lecture et l’écriture, c’est l’essentiel. » D’autant plus que ces compétences structurent aussi le rapport à l’emploi, à l’administration, au travail, à la vie collective, à l’autonomie la plus quotidienne.
Le mérite de cette mobilisation est aussi de rappeler que l’illettrisme ne se réduit pas à une question scolaire. Il touche les adultes, les parents, les parcours de vie interrompus ou empêchés, les difficultés administratives invisibles. Dans le Loir-et-Cher, les acteurs locaux évoquent un ordre de grandeur autour de 10 %, dans un contexte régional où l’illettrisme touche 10,3 % des 18-65 ans scolarisés en France.


