Saint-Vincent–Père-Brottier : l’école catholique qui a choisi les quartiers nord de Blois

Dans une salle de classe attentive du groupe scolaire Saint-Vincent–Père-Brottier, une vingtaine d’élèves de sixième, stylos suspendus au-dessus de leur feuille, se concentrent sur les phrases dictées. Ce jour-là, ce ne sont pas leurs enseignants habituels qui mènent l’exercice, mais des membres du Rotary Club de Blois Loire et Châteaux, du CRIA 41, de l’association ALIRE Formation, venus sensibiliser les collégiens à la lutte contre l’illettrisme. Un événement ponctuel, mais révélateur d’un enjeu plus profond pour cet établissement implanté dans les quartiers nord de Blois : la maîtrise du français comme clé de la réussite scolaire.

Pour Georges Da Silva, chef d’établissement, l’enjeu est clair. « Quand vous maîtrisez le français, vous avez les clés pour aborder toutes les matières en confiance », explique-t-il. « Un élève qui ne comprend pas une consigne, même dans une matière qu’il aime, aura du mal à développer ses compétences. »
Dans certaines familles, la maîtrise du français reste limitée, ce qui complique parfois les démarches administratives ou le suivi scolaire. « Il m’arrive de remplir moi-même les dossiers d’inscription avec les parents », explique-t-il. « Parfois l’enfant sert même de traducteur. » La dictée organisée avec le Rotary prend alors tout son sens. Promouvoir la lecture, encourager les élèves à fréquenter le CDI et renforcer la maîtrise de la langue française.

Cette dictée organisée avec le Rotary est une première pour l’établissement. Une cinquantaine d’élèves y participent, issus des deux classes de sixième. L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large : cette année, près de 800 à 850 élèves participent à l’opération dans les collèges de Blois et des environs.
Pour Michel Pillefer, impliqué dans l’opération, il était important d’associer également les établissements privés. « Ce sont des établissements sous contrat avec l’État. Il nous a paru indispensable de les associer à notre démarche de lutte contre l’illettrisme. » Mais derrière cet événement pédagogique se dessine aussi le portrait d’un établissement singulier dans le paysage éducatif blésois.

Une implantation volontaire dans les quartiers nord
Le groupe scolaire Saint-Vincent–Père-Brottier est aujourd’hui installé rue Samuel-de-Champlain, dans les quartiers nord de Blois. L’établissement accueille environ 50 élèves à l’école primaire et près de 200 au collège.
Son histoire est celle d’une implantation progressive de l’enseignement catholique dans un territoire populaire. À l’origine, le collège Saint-Vincent était installé rue de la Garenne, dans le centre de Blois. Mais dans les années 1990, le diocèse souhaite développer une présence éducative dans les quartiers nord, où vivent de nombreuses familles issues de l’immigration.
Une école y est d’abord créée à la fin des années 1990, avant que le collège ne soit progressivement transféré sur le site actuel dans les années 2000. L’ensemble forme aujourd’hui le groupe scolaire Saint-Vincent–Père-Brottier. « L’objectif était d’apporter une autre proposition éducative dans les quartiers », résume Georges Da Silva. « On reproche parfois à l’enseignement privé de ne s’adresser qu’aux familles aisées. Ici, à Blois, ce n’est pas le cas. Nous sommes présents dans les quartiers et nous accueillons les familles qui y vivent. »
Dans ce cas, la réalité sociale de l’établissement contredit en effet l’image d’un enseignement privé réservé aux milieux favorisés. Selon la direction, deux tiers à trois quarts des élèves du collège sont boursiers. Et une grande partie des élèves vivent à proximité immédiate de l’établissement. Un détail en dit long : très peu d’élèves déjeunent à la cantine. « Sur les 200 élèves du collège, on en a à peine une dizaine qui mangent ici », explique Georges Da Silva. « Cela signifie que la grande majorité rentre chez elle à midi, à pied, à vélo ou en trottinette. Ce sont des élèves du quartier. »
Une partie des collégiens viennent des écoles publiques voisines. Les élèves poursuivent alors leur scolarité dans l’établissement après le CM2.
Une école catholique fréquentée par des élèves de toutes confessions
Si l’établissement revendique clairement son identité catholique, il accueille aujourd’hui des élèves de confessions diverses.
Dans les années 1990, la demande initiale venait en grande partie de familles africaines chrétiennes souhaitant une présence de l’enseignement catholique dans les quartiers nord. Mais la sociologie du quartier a évolué. Aujourd’hui, une majorité d’élèves vient de familles musulmanes, originaires notamment du Maroc, d’Algérie ou de Turquie. « Mais ces familles apprécient aussi le projet éducatif chrétien », observe le chef d’établissement. « C’est une école où l’on peut parler de Dieu, où l’on peut aborder la dimension spirituelle de la personne. »
Une heure de culture chrétienne figure ainsi dans l’emploi du temps. Elle est suivie par des élèves de toutes confessions. « Nous avons des élèves chrétiens, musulmans, et même des élèves athées », souligne Georges Da Silva. « L’important, c’est l’adhésion au projet éducatif de l’établissement. »
Une école de proximité
Avec ses 200 collégiens, Saint-Vincent–Père-Brottier reste volontairement une petite structure. Les classes comptent en moyenne 25 élèves. Une taille qui permet selon la direction un accompagnement plus individualisé. « Chaque élève est différent. La proximité est très importante », insiste Georges Da Silva.
Le chef d’établissement revendique un fonctionnement fondé sur la relation humaine avec les familles. « Quand un élève est absent ou en retard, on appelle les parents. Ce n’est pas simplement un SMS. C’est un contact humain. » Cette relation étroite avec les familles constitue, selon lui, l’une des raisons pour lesquelles certains parents choisissent l’établissement. « Les parents cherchent un accompagnement, un suivi. Ils veulent pouvoir échanger facilement avec nous. »
Un modèle économique exigeant
Si l’établissement attire davantage d’élèves depuis une dizaine d’années – les effectifs du collège sont passés d’environ 90 élèves à 200 – sa situation financière reste fragile. La scolarité s’élève en moyenne à environ 900 euros par an, soit 90 euros par mois. Grâce aux bourses, certaines familles ne paient que 40 à 50 euros mensuels. Mais le véritable problème est ailleurs : la restauration scolaire. « Si la cantine entre en jeu, on double quasiment la facture », explique Georges Da Silva. « On passe alors de 90 à près de 200 euros par mois, et pour beaucoup de familles, c’est inaccessible. » Le repas coûte actuellement environ 8 euros, car l’établissement travaille avec un prestataire privé mutualisé avec d’autres écoles catholiques de Blois.
Autre sujet de tension : la suppression d’une aide municipale à la restauration scolaire dont bénéficiait autrefois l’établissement. La direction de Saint-Vincent–Père-Brottier estime que cette décision pénalise les familles du quartier. « Ce sont des enfants de Blois, et nous sommes sous contrat avec l’État », clame Georges Da Silva. « Nous remplissons une mission de service public. »
Le chef d’établissement pointe ce qu’il considère comme un paradoxe. « On reproche parfois à l’enseignement privé de s’adresser aux plus riches. Mais quand on s’installe dans les quartiers et que l’on accueille des familles modestes, nous ne sommes pas aidés. » Il évoque également la question de la sécurité aux abords de l’établissement, où il souhaiterait une présence plus régulière de la police municipale aux heures d’entrée et de sortie. À ses yeux, cela participe d’un sentiment plus général : celui d’être « inexistant aux yeux de la mairie. »
« L’objectif est d’ouvrir un chemin »
Au-delà du collège, Saint-Vincent–Père-Brottier dit chercher aussi à ouvrir des perspectives à ses élèves. L’établissement travaille en lien avec d’autres structures de l’enseignement catholique blésois, notamment le lycée Notre-Dame-des-Aydes. « Nous voulons montrer aux élèves qu’ils ont leur place partout », affirme Georges Da Silva. Pour certains jeunes issus des quartiers nord, poursuivre leur scolarité dans un lycée du centre-ville peut sembler difficilement accessible. L’établissement cherche au contraire à leur donner confiance. « L’objectif est d’ouvrir un chemin, de leur faire prendre conscience qu’ils ont leur place dans ces établissements. »


