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À Blois, la justice alimentaire s’organise

Réunies à l’Espace Jorge-Semprun, les premières Rencontres locales de la justice alimentaire ont rassemblé plus de cent acteurs du territoire. À travers une série d’initiatives déjà engagées, Blois esquisse les contours d’un système alimentaire local plus juste — mais encore fragile.


Pas de tribune, pas de mise en scène. Dans la salle de l’Espace Jorge-Semprun, les participants sont répartis en petits groupes, penchés sur des feuilles, en discussion. Les échanges sont directs, souvent techniques. Ici, la justice alimentaire ne se présente pas comme un concept, mais comme un chantier en cours.

ville durable

Pour Nicolas Orgelet, premier adjoint au maire de Blois à la ville durable, ces rencontres s’inscrivent dans une dynamique déjà bien installée. « Nous sommes un des territoires qui se sont le plus fortement saisis de cette question, par le biais du CIAS, du projet alimentaire territorial et d’un monde associatif très riche. » Plus de cent participants — issus de l’alimentation, du social ou de la santé — sont présents. À la fois pour confronter leurs pratiques et pour nourrir une réflexion commune. « C’est un moment où tout le monde se rencontre, où les différents projets ont l’occasion de s’exprimer, et où des experts viennent nous aider à aller plus loin. »

Parmentier, pivot opérationnel

Au cœur de cette organisation, l’association Parmentier, créée il y a trois ans, joue un rôle central. À l’origine du projet, une constatation simple, formulée par sa présidente Martine Joly, également présidente de l’association solidaire La Passerelle : « Pendant de longues années, les fruits et légumes proposés aux usagers des structures d’aide alimentaire, notamment de l’épicerie sociale et solidaire La Passerelle à Blois, arrivaient des supermarchés, des surplus, et ils étaient vraiment très, très moches. »

Dans un territoire marqué par le maraîchage, l’idée s’impose : créer un lien direct entre producteurs locaux et structures d’aide alimentaire. Avec le soutien du dispositif national « Bien manger pour tous », l’association se structure, embauche un salarié et met en place une logistique dédiée. « On commande le jeudi, le lundi les agriculteurs récoltent, et le mardi les produits bio sont à disposition des usagers. »

Un circuit court… social

La spécificité du modèle blésois tient dans la rencontre entre deux logiques : le circuit court et l’aide alimentaire. « Le circuit court, c’est comment je peux acheter des produits en proximité. La justice alimentaire, c’est comment chacun peut accéder à une alimentation de qualité, quels que soient ses revenus », résume Nicolas Orgelet.

Dans ce schéma, les producteurs ne vendent pas directement aux consommateurs, mais alimentent les structures d’aide. Une organisation qui crée un débouché supplémentaire tout en améliorant la qualité des produits distribués. « Ce n’est pas comme avec les supermarchés, où on reçoit ce qu’on veut bien nous donner. Là, on commande ce dont on a besoin », souligne Martine Joly.

Le dispositif a déjà atteint une certaine échelle : 30 tonnes de produits livrés par an ; 90 000 euros redistribués aux maraîchers ; 11 producteurs impliqués, à une distance moyenne de 11 km ; 1 400 passages mensuels à La Passerelle. Pour les bénéficiaires, la différence est tangible.

Malgré ces résultats, le système reste fragile. Les financements publics, notamment via « Mieux manger pour tous », demeurent indispensables. Par ailleurs, les produits issus des supermarchés n’ont pas disparu. « On n’a pas arrêté, parce que ça ne couvre pas tous les besoins, et aussi parce que les produits locaux dépendent des saisons », explique la présidente de l’association.

De l’aide à l’autonomie

Au-delà de la distribution, une évolution se dessine. Participation financière des bénéficiaires, ateliers cuisine, visites de fermes, projets de sécurité sociale de l’alimentation : l’objectif est progressivement de sortir d’une logique d’aide pour aller vers davantage d’autonomie. « Ce sont aussi des projets qui permettent de faire évoluer les habitudes alimentaires », insiste Martine Joly.

Dans les quartiers, des jardins en pied d’immeubles viennent compléter cette approche. « C’est une manière de se réapproprier des espaces publics et d’accéder à des produits de qualité, à condition de s’impliquer », ajoute Nicolas Orgelet.

Un enjeu aussi agricole

Autre enseignement : la précarité ne concerne pas uniquement les bénéficiaires de l’aide alimentaire. « En travaillant avec les agriculteurs bio, on s’est aperçu qu’eux aussi étaient en difficulté », note Martine Joly. Le dispositif permet alors de créer des débouchés locaux plus stables. « À chaque fois qu’on crée une filière courte, on rend les fermes moins dépendantes de la grande distribution », analyse Nicolas Orgelet. Un principe auquel les porteurs du projet tiennent : ne pas tirer les prix vers le bas. « Le prix est fixé par le producteur, de manière à lui permettre de vivre correctement. »

Le rôle des collectivités

Les collectivités locales interviennent à plusieurs niveaux : soutien financier, mise à disposition de moyens humains, structuration des politiques publiques. Mais elles agissent aussi en tant qu’acteurs directs, notamment via la restauration collective. « Faire en sorte que les enfants aient accès à des produits locaux et de qualité, c’est aussi de la justice alimentaire », souligne Nicolas Orgelet. Le projet de future cuisine centrale vise à amplifier cette logique.

Faire système

Au fond, ces rencontres à l’Espace Jorge-Semprun répondent à un besoin simple : relier des initiatives. « On en a énormément qui sont les unes à côté des autres et qui manquent de visibilité. Aujourd’hui, on les rassemble pour les renforcer », explique l’élu écologiste.

Depuis trois ans, la notion même de justice alimentaire a gagné en visibilité, portée notamment par les projets alimentaires territoriaux. « Il y a aujourd’hui une forme d’effervescence », observe Martine Joly.

justice alimentaire

À Blois, la justice alimentaire prend la forme d’un ensemble d’actions concrètes, portées par des acteurs locaux et déjà opérationnelles. Reste à savoir si cet écosystème pourra changer d’échelle, dans un contexte où les financements restent incertains. « Il ne faut pas attendre que ça tombe d’en haut. Il faut que chacun, à son niveau, s’engage », résume Martine Joly. Entre ambition collective et contraintes économiques, le modèle blésois avance.


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