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Zazü, Jean-Gabriel Pujol et la Loire des matières vivantes

Au Manoir de Nervault, samedi et dimanche, au cœur des Rencontres artistiques, littéraires et musicales du festival Artecisse, l’exposition Métamorphoses topographiques réunissait Zazü et le photographe Jean-Gabriel Pujol autour d’un herbier sensible du paysage ligérien, mêlant cyanotypes, végétal et regard artistique. Le projet proposait une manière de se tenir face à la Loire, de la regarder autrement — ou peut-être, plus simplement, de réapprendre à l’approcher.

Rencontres artistiques, littéraires et musicales du festival Artecisse
Rencontres artistiques, littéraires et musicales du festival Artecisse

Une pratique ancrée dans le fleuve

Zazü parle d’un engagement. « Moi, en ce moment, je ne travaille que sur la Loire. » Mais, cette relation ne date pas d’hier. L’artiste évoque une découverte ancienne, dès l’enfance, en 1976. À l’époque, il n’est pas encore question d’œuvre ni de territoire identifié. Mais déjà, des gestes : ramasser, collecter, conserver. Racines, morceaux de bois, galets. Autant d’éléments qui, progressivement, s’inviteront dans ses compositions.

Longtemps, cette matière reste diffuse. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que la Loire s’impose comme un territoire clairement identifié dans son travail. Entre-temps, une pratique s’est installée : celle du land art, du travail in situ, du rapport direct au lieu. « Je co-crée avec la Loire », explique Zazü.

Un travail à quatre mains, rare et assumé

Pour cette exposition, Zazü travaille avec Jean-Gabriel Pujol. Lui vient de l’argentique. Il apporte ici une série de cyanotypes réalisés à partir d’un même site : la plage d’Amboise. Le processus est simple, mais engage une confiance. « Il me fournit les photos, et c’est moi transforme. » Les images deviennent support. Zazü intervient, coud, assemble, redessine, tisse. Les cyanotypes sont découpés, recomposés, parfois superposés. Le travail bascule alors dans un autre régime : ni photographie, ni dessin, mais une forme intermédiaire, instable. Cette collaboration artistique reste une exception dans un milieu où chacun protège généralement son territoire. « Le véritable mélange est assez rare », observe Zazü.

Du paysage aux matières

Ce que l’exposition donnait à voir ne correspond pas à l’image attendue de la Loire. Pas vraiment de panorama, pas de ligne d’horizon. Le regard est déplacé vers nos pieds. Galets, fragments, textures. Les cyanotypes eux-mêmes ne retiennent que des portions infimes du paysage. Une plage, oui, mais réduite à ses éléments. Le travail procède par prélèvements. Zazü parle d’un « patchwork ». Une part du réel demeure — les points de vue existent, les lieux sont précis — mais ils sont aussitôt transformés. Des lignes s’ajoutent, des formes émergent, des matières se superposent. Reconnaître Amboise devient secondaire. Ce qui compte, c’est ce qui affleure : une mémoire du lieu, mais fragmentée, recomposée.

Des objets qui circulent : les bâtons de parole

Parmi les pièces présentées, certains objets se distinguent par leur usage. Des morceaux de bois, travaillés, décorés : des bâtons de parole. Ces objets entrent en résonance avec un autre engagement de l’artiste : sa participation au Parlement de Loire, un collectif qui œuvre à la reconnaissance du fleuve comme entité juridique. La question de la parole y est centrale. « Pour qu’il devienne une personnalité, il faut qu’on lui parle.

Aujourd’hui, une forme de réappropriation s’esquisse. La baignade revient, les usages se diversifient. Pour Zazü, cette évolution est décisive. Se rapprocher du fleuve, c’est aussi apprendre à le considérer autrement qu’une ressource. L’artiste parle d’habitudes simples : marcher, observer, s’allonger, revenir. Une fréquentation quotidienne, presque ordinaire. « Moi, j’y vais tous les jours depuis une trentaine d’années. » Avec une préférence pour l’été. Les bancs de sable apparaissent, les circulations deviennent possibles. Le paysage s’élargit. « Comme si elle se donnait toute entière. »

Le travail de Zazü intègre parfois des dimensions plus explicites : rituels, temps d’écoute, collaborations avec une sophrologue, expériences de méditation au sein même des installations. Des voies pour un déplacement du regard, du paysage vers la relation.


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