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« Moche, intermittente, étrangère » : Paul Neau démonte les idées reçues sur l’éolien et le solaire

Physicien et membre de l’association négaWatt, Paul Neau défend depuis plusieurs décennies une transition énergétique fondée sur la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables. Il sera à Blois ce mardi pour exposer cette démarche lors d’une conférence à l’INSA Centre-Val de Loire. Le physicien, membre de l’association négaWatt, vient de consacrer un ouvrage à plus d’une centaine d’idées reçues sur l’éolien et le solaire. Intermittence, origine chinoise, recyclage, nombre d’éoliennes, nucléaire : derrière les formules qui alimentent le débat, certaines affirmations résistent mal aux chiffres. D’autres renvoient à de véritables choix techniques et politiques.


Moche, intermittente et étrangère. Paul Neau avait un temps imaginé ce titre pour son livre. Trois adjectifs qui, selon lui, concentrent une bonne partie des reproches adressés à l’éolien et au photovoltaïque. L’ouvrage s’appelle finalement Plaidoyer pour la transition éolienne et solaire. Réponses à 100 idées reçues. Et les cent sont même devenues 103 au fil du travail.

Mardi 29 septembre (19 heures), à l’invitation du collectif citoyen Blais’Watt, de l’INSA Centre-Val de Loire et de l’association étudiante Green’sa, le physicien viendra en discuter à Blois. Avec une intention revendiquée : remettre des données dans un débat énergétique devenu particulièrement conflictuel. « Quand on a des débats qui reposent sur de faux arguments, de fausses informations, on ne peut pas discuter sereinement, explique-t-il. On peut être d’accord ou pas d’accord, mais avec des bases sérieuses. »



Énergie et électricité, une confusion qui change le débat

Lors de notre entretien, Paul Neau commence par une distinction élémentaire, mais souvent perdue dans les discussions sur le nucléaire ou les renouvelables. « À chaque fois qu’on parle d’énergie, beaucoup de personnes confondent énergie et électricité. » En France, l’électricité représentait 26 % de la consommation finale d’énergie à usage énergétique en 2024. Le pétrole en représentait 39 %, le gaz naturel 18 %, les renouvelables 14 %, la chaleur 3 % et le charbon moins de 1 %. Au total, près de 60 % de l’énergie finale utilisée en France provenait encore directement ou indirectement de sources fossiles.

Parler de transition énergétique ne revient donc pas seulement à décider avec quoi produire l’électricité. Il faut aussi remplacer les carburants utilisés dans les transports, une partie du gaz consommé pour le chauffage ou l’industrie, tout en diminuant les besoins. C’est justement la logique de négaWatt : sobriété d’abord, efficacité énergétique ensuite, recours aux renouvelables enfin. D’ailleurs, son dernier scénario national, publié en 2021, vise la neutralité carbone en 2050 avec une consommation fortement réduite et un approvisionnement énergétique à 96 % renouvelable.

En Centre-Val de Loire, l’objectif des 100 % existe. Le SRADDET régional fixe pour 2050 une baisse de 43 % de la consommation énergétique par rapport à 2014 et une production régionale d’énergies renouvelables et de récupération équivalente à 100 % de la consommation du territoire.

« Intermittentes » ou variables ?

Première objection passée au crible : celle d’une production éolienne et solaire jugée « intermittente ». Réponse de l’expert : « Si on prend le dictionnaire, ça veut dire “on-off”. Or la production éolienne n’est pas “on-off”. La production éolienne et la production solaire sont des productions qui sont variables et prévisibles. »

La réponse passe par les interconnexions européennes, l’hydraulique, le stockage, les flexibilités de consommation, des moyens de production pilotables et le renforcement des réseaux. RTE considère depuis ses Futurs énergétiques 2050 que des systèmes électriques à très forte proportion d’énergies renouvelables sont techniquement envisageables, mais précisément à condition de développer ces différents leviers. Paul Neau insiste, lui, sur la complémentarité entre les filières : « L’éolien, c’est plutôt l’hiver et c’est 24 heures sur 24, tandis que le solaire, c’est plutôt l’été, plutôt de jour. On a aussi l’hydroélectricité qui est stockable. » Autrement dit, la variabilité n’est pas synonyme d’impossibilité technique. C’est une contrainte à intégrer dans la conception du système énergétique.

20 000 éoliennes : derrière le chiffre, le paysage

Puis vient la question la plus visible : celle des éoliennes elles-mêmes. « Aujourd’hui, en France, il y a en gros 10 000 grandes éoliennes. Et le scénario négaWatt sur lequel j’ai travaillé, c’est en 2050 le double. »

Une éolienne est aussi un objet dans un paysage. Le qualificatif de « moche », envisagé un temps pour le titre du livre de Paul Neau, relève nécessairement de l’appréciation. Lui préfère renverser la perspective : les énergies renouvelables rendent visible une production que les consommateurs ne voyaient jusqu’ici que rarement. « Je consomme et je vois comment c’est produit. » Cette présence peut aussi être pensée sur le plan esthétique. Il cite ainsi le parc éolien de Middelgrunden, au large de Copenhague, où vingt machines dessinent un arc face à la ville. Cela ne rend évidemment pas toute contestation paysagère infondée. Mais cela pose une autre question : pourquoi la transformation d’un paysage par des éoliennes suscite-t-elle parfois une opposition particulièrement forte, là où d’autres équipements tout aussi laids — centrale électrique, zone commerciale ou infrastructures routières — peuvent être davantage intégrés à l’ordinaire du territoire ?

« Étrangères » : une réalité très différente entre éolien et photovoltaïque

Sur le troisième adjectif — « étrangères » —, les données font apparaître deux situations très différentes. Pour les projets éoliens retenus dans les récents appels d’offres nationaux PPE2, la Commission de régulation de l’énergie indique que plus de 96 % de la puissance devrait reposer sur des turbines européennes. Pour le photovoltaïque, la dépendance asiatique est en revanche bien réelle : 89 % de la puissance retenue pour les projets sur bâtiment repose sur des panneaux d’origine asiatique, contre 10 % d’origine française.

Paul Neau invite toutefois à ne pas confondre l’origine du panneau avec celle de l’ensemble de l’installation photovoltaïque. Il estime dans l’entretien que les modules représentent environ un quart de son coût. Les dernières données de la CRE vont même plus loin : pour les installations sur bâtiment retenues dans les appels d’offres, la part des modules dans l’investissement est tombée à environ 16 % à la mi-2025, derrière notamment les structures, les équipements électriques, le raccordement, le génie civil ou encore l’ingénierie. Une part importante de la valeur d’un projet est donc créée en dehors de la fabrication des panneaux.

À cette dépendance industrielle, Paul Neau oppose enfin une autre distinction : importer un équipement n’est pas la même chose qu’importer continuellement un combustible. « Les modules photovoltaïques, c’est un usage pour trente ans. Tandis que, quand on importe du pétrole ou du gaz, c’est un usage unique : on l’importe, on le brûle et puis ça finit en CO₂. »

Terres rares, recyclage : des réalités à nuancer

Autre critique récurrente : les renouvelables seraient gourmandes en terres rares et difficiles à recycler. Là encore, Paul Neau distingue les technologies. « Il n’y a pas de terres rares dans les modules photovoltaïques. Il y a des terres rares dans certaines éoliennes. » Les panneaux photovoltaïques classiques utilisent effectivement du silicium, pas des terres rares. Leur fabrication dépend toutefois d’autres matières premières, comme le cuivre ou l’argent, dont les chaînes d’approvisionnement posent elles aussi des questions de dépendance. Pour l’éolien, certaines machines utilisent des aimants permanents contenant des terres rares, notamment en mer. Mais ce n’est pas le cas de toutes. Paul Neau rappelle aussi que ces matériaux ne sont pas propres aux renouvelables : on les retrouve dans de nombreux équipements électroniques et industriels.

Même chose pour le recyclage. L’essentiel d’une éolienne — acier, cuivre, béton — peut être récupéré ou valorisé. Les pales, constituées de matériaux composites, restent en revanche plus difficiles à traiter. La réglementation impose désormais que les nouvelles machines soient très largement réutilisables ou recyclables, sans pour autant permettre d’affirmer que toutes le sont à 100 %. Pour les panneaux photovoltaïques, une filière de collecte et de recyclage existe en France et monte en puissance. En 2025, plus de 12 000 tonnes de panneaux usagés ont été traitées, avec un taux de valorisation supérieur à 90 %. Dire que les éoliennes ou les panneaux solaires « ne sont pas recyclables » est donc excessif.

Le nucléaire, un autre débat

Quand la discussion vient au nucléaire, on change de registre. Il ne s’agit plus seulement de démonter une idée reçue, mais de comparer des choix énergétiques différents. Pour Paul Neau, le premier point est de ne pas réduire la transition à l’électricité. Le nucléaire produit de l’électricité, tandis qu’une grande partie de l’énergie consommée en France repose encore sur le pétrole et le gaz, notamment pour les transports, le chauffage ou certains usages industriels.

D’où la logique qu’il défend : réduire d’abord les besoins, puis les couvrir avec un ensemble de renouvelables — éolien, solaire, hydraulique, biomasse, biogaz ou biométhane. La France dispose selon lui d’atouts considérables : « On a des gisements de vent, de soleil, d’eau, de biomasse, et puis des ressources marines qui sont très importantes. » Au point de la qualifier de pays « béni des dieux en matière de ressources renouvelables ».

Face au nouveau nucléaire, il met surtout en avant le temps et le risque industriel. « S’appuyer sur du nouveau nucléaire, c’est un pari risqué. Tandis qu’on connaît bien l’éolien, on connaît bien le solaire. » Il rappelle aussi que le parc nucléaire existant vieillit et que la question de son renouvellement se posera nécessairement.

Un débat de plus en plus politique

Reste une question qui le laisse davantage perplexe : pourquoi les renouvelables sont-elles devenues un marqueur politique aussi fort ? « On peut être d’accord ou pas d’accord, mais avec des bases sérieuses. » À Blois, Paul Neau interviendra d’abord devant des étudiants de l’INSA, avant de retrouver le grand public en soirée. Sa conférence ne prendra pas uniquement la forme d’un exposé : il prévoit notamment des quiz, avec l’idée de faire réfléchir avant de donner les réponses. « Quand on pose des questions, qu’on réfléchit aux questions, je pense que la bonne réponse a plus d’impact. On la mémorise plus que lorsque c’est un conférencier qui explique, qui assène une vérité », juge l’expert qui aimerait que les participants « repartent avec plein d’énergie » et deviennent, selon ses mots, « de petits ambassadeurs » de la transition renouvelable.


Informations pratiques

Conférence négaWatt : « Quels freins à la transition énergétique ? »
Date : mardi 29 septembre 2026.
Horaire : de 19 h à 21 h.
Lieu : INSA Centre-Val de Loire, 3 rue de la Chocolaterie, Blois.
Intervenant : Paul Neau, physicien et membre de l’association négaWatt.
Organisation : Blais’Watt, avec l’INSA Centre-Val de Loire et Green’sa.
Tarif : gratuit.


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