[Municipales] Blois en commun : la victoire de la gauche comme horizon, le renouvellement comme condition

À l’approche du premier tour des municipales, Nicolas Orgelet et Claire Mollière veulent imposer une idée simple dans le paysage politique blésois : leur liste citoyenne, Blois en commun, n’est pas une candidature de plus à gauche, mais la proposition d’une autre manière de faire de la politique locale. Dans l’entretien qu’ils ont accordé à Blois Capitale, les deux colistiers défendent à la fois une stratégie, une méthode de travail et une vision de la ville.
Dès le début de l’échange, Nicolas Orgelet pose le cadre. Pour lui, la liste est une force de gauche qui assume d’entrer en concurrence avec la majorité sortante parce qu’elle estime porter une alternative réelle. Et il ajoute aussitôt : « De toute façon, à l’arrivée, au bout du bout, c’est la gauche qui l’emportera. »
Cette double affirmation est importante. Elle permet à Blois en commun de tenir ensemble deux lignes : d’un côté, l’acceptation d’une confrontation politique à gauche ; de l’autre, l’inscription dans un même horizon idéologique. Nicolas Orgelet ne nie donc pas la tension créée par cette compétition. Il la présente plutôt comme le résultat d’un besoin de renouvellement. « Je crois qu’il y a quand même une envie de nouveauté, ou d’un nouveau souffle à Blois, qui est évidente quand on parle avec les gens sur le terrain », dit-il. Derrière cette formule, il y a un diagnostic plus large : selon lui, la situation actuelle marque « la fin d’un cycle ».
À gauche, la volonté d’incarner autre chose
Nicolas Orgelet et Claire Mollière assument ainsi de se distinguer de la gauche municipale sortante non en quittant ce camp, mais en prétendant le renouveler. Ils refusent l’idée selon laquelle leur présence ne ferait qu’ajouter de la division. À leurs yeux, le principal risque ne réside pas dans l’existence de deux listes de gauche, mais dans l’essoufflement d’une manière ancienne de gouverner.
« En fait, nous, ce qu’on dit, c’est que le statu quo, c’est un essoufflement », affirme Claire Mollière. Puis elle précise : « La meilleure des choses qu’on puisse faire pour la gauche à Blois, c’est proposer quelque chose de différent. C’est réenchanter un petit peu ça, c’est redonner envie, c’est redynamiser. »
Cette idée structure tout leur discours. Pour eux, il ne s’agit pas de contester seulement des décisions, mais une forme politique. À la question de savoir si deux gauches s’opposent ici, l’une plus verticale, l’autre plus horizontale, Nicolas Orgelet répond prudemment, mais nettement : « En tout cas, il y a une gauche qui perpétue l’ancien système, et nous, j’ai l’impression qu’on est une gauche qui est plus dans l’air du temps. »
Leur enjeu, dans cette campagne, est donc d’apparaître comme une force de transformation sans pour autant se couper de la perspective d’un rassemblement. Nicolas Orgelet résume : « Notre objectif, c’est d’être devant. On jouera le jeu démocratique, nous saurons aussi rassembler au deuxième tour les différents électeurs de gauche. »
Une campagne pensée comme la preuve d’une autre méthode
La place donnée à la méthode est claire chez Blois en commun. Elle est présentée comme le cœur même de leur crédibilité politique. « La manière dont on fait campagne est représentative de la manière dont on gouvernera demain », affirme Nicolas Orgelet. Cette phrase résume une bonne part de leur projet. Ils demandent aux électeurs non seulement d’évaluer des propositions, mais aussi d’observer comment celles-ci ont été produites, discutées, validées.
Ils revendiquent une campagne marquée par la co-construction, les groupes de travail, les temps de validation collective, les objections levées en plénière. Nicolas Orgelet insiste sur ce fonctionnement : « On partage les responsabilités, mais on décide en commun pour que personne ne soit écarté de la décision. » Et il précise son propre rôle : « Rendre possible l’intelligence collective sans décider à la place des gens. »
Au sujet de la vision globale, Claire Mollière développe la même logique, avec un vocabulaire plus technique. « La base, c’est l’expertise d’usage. C’est ce qu’on vit au quotidien en tant qu’habitant, en tant que citoyen », explique-t-elle. Mais cette expertise du quotidien ne suffit pas à elle seule. Elle doit, selon elle, être complétée par d’autres compétences : « Ensuite, on a les expertises un peu plus spécifiques liées aux différents acteurs, que ce soit associatifs, les entreprises, les syndicats, les institutions, les différents échelons locaux. »
Leur idée est donc moins de sacraliser la parole citoyenne brute que de croiser les expériences. Claire Mollière résume cette ambition en une formule très simple : « On met en commun, on met en partage, et après on trouve les solutions qui sont les plus partagées, les plus consensuelles entre tous les acteurs. »

Une liste citoyenne qui ne rejette pas les partis, mais veut les remettre “à leur juste place”
Blois en commun se revendique comme une liste citoyenne et participative, tout en étant soutenue par des formations politiques (Les Ecologistes, Génération.s, Après, Génération Ecologie). Nicolas Orgelet reconnaît volontiers la critique contradictoire dont ils font l’objet. « Il y a des gens qui nous disent : vous n’êtes pas une liste citoyenne parce que vous avez des partis politiques, et d’autres qui nous disent que vous êtes le fourre-tout des partis politiques », observe-t-il. Leur réponse consiste à refuser les deux caricatures. « Nous, une fois encore, on est dans une vision équilibrée », dit Nicolas Orgelet.
Selon la tête de liste, les partis ont une utilité, mais ne doivent pas confisquer la décision. « On ne dit pas qu’on n’en veut pas ; on dit qu’ils permettent de financer une campagne, de se mettre au service, de donner les moyens aux gens de s’investir, mais pas de confisquer la décision. » La formule centrale de cette séquence est limpide : « Remettons-les à leur juste place. » Derrière elle, il y a une tentative de redéfinition de la médiation politique : les partis comme appui, non comme surplomb.
Le pragmatisme comme argument de crédibilité
Nicolas Orgelet et Claire Mollière cherchent tout au long de l’entretien à désamorcer l’idée selon laquelle une liste plus participative serait forcément moins solide, moins réaliste ou moins capable de gouverner. Ils renversent au contraire l’argument : selon eux, leur méthode permet de produire des propositions plus équilibrées et plus applicables.
Sur la sécurité, thème majeur de la campagne municipale, Nicolas Orgelet défend une ligne qui se veut à la fois réaliste et non binaire. « Tout le monde est d’accord pour dire que c’est une bonne démarche d’associer prévention et intervention », avance Claire Mollière. Et Nicolas Orgelet ajoute qu’il vaut mieux « être réaliste sur les chiffres plutôt que d’annoncer des doublements d’effectifs » et chercher « à revaloriser les métiers pour recruter ».
Sur les mobilités et le stationnement, le même registre revient. « On n’a pas dit non à la bagnole, mais on essaie juste de lui donner sa juste place », explique le candidat. Puis il poursuit : « On est dans une gestion équilibrée », en évoquant la nécessité de penser à la fois le stationnement, le bus, le vélo et le train.
Claire Mollière insiste elle aussi sur cette recherche d’équilibre. En parlant de leurs propositions, elle affirme que les retours de terrain les jugent « pragmatiques, efficaces et adaptées ». Elle cite notamment le stationnement en centre-ville et les places bleues sur l’axe Denis-Papin avec 90 minutes de gratuité : « Tout ça, c’est des choses qui font tilt, et c’est des choses qui justement font sens, en tout cas pour les Blésois. »
L’écologie sociale comme fil directeur
Nicolas Orgelet et Claire Mollière ne présentent pas l’écologie comme un bloc autonome, ni comme une surcouche idéologique. Ils essaient au contraire d’en faire une politique du quotidien.
Nicolas Orgelet pose explicitement la question : « Qu’est-ce que c’est qu’une écologie sociale ? » Puis il répond par les exemples. « Quand on dit : on fait des grandes promenades qui relient les quartiers, c’est aussi faire des corridors écologiques, mais en même temps créer des lieux de rencontre intergénérationnelle. » Autre illustration : « Quand tu dis : on veut tester le transport gratuit pour les jeunes, c’est une politique de décarbonation des mobilités, mais c’est aussi rendre accessibles les transports pour des gens qui n’ont pas toujours les moyens de se déplacer. »
Leur thèse est simple : une écologie qui ne toucherait pas la vie quotidienne, les mobilités, l’alimentation, la santé ou le pouvoir d’achat resterait extérieure aux préoccupations des habitants. Nicolas Orgelet le formule ainsi : « Je crois vraiment qu’une écologie de ce type, on a tous à y gagner. »
Penser tous les quartiers, et pas seulement le centre
Une autre dimension importante du propos de Blois en commun est son refus affiché de réduire Blois à son centre-ville. Nicolas Orgelet insiste sur le fait que, lorsqu’ils parlent de commerce, ils ne veulent pas s’en tenir au cœur de ville. « On a choisi de parler aussi des commerces dans les quartiers nord », rappelle-t-il, en soulignant qu’il n’y existe pas même d’association de commerçants alors qu’« il y aurait un vrai besoin ». Leur raisonnement ne se limite pas à l’économie marchande. Il concerne aussi le lien social. « Il y a aussi des boulangeries qui ne sont plus là, des pharmacies qui ne sont plus là, il y a des distributeurs qui ferment », énumère Nicolas Orgelet. Et il ajoute : « Dans leur quotidien, pour les gens aussi, c’est une perte de cadre de vie et de lieux de sociabilité. »
Les quartiers nord ne sont pas les seuls cités. Nicolas Orgelet évoque aussi Les Grouëts, qui auraient perdu « une part de vie sociale » depuis la disparition de l’école, ou encore Les Cornillettes, pour dire que la question du commerce, des services et des transports dépasse les périmètres les plus visibles des politiques publiques.
Une ville à penser dans le temps long
Cette vision d’ensemble est inséparable, chez eux, d’une réflexion sur le temps long. Nicolas Orgelet insiste sur la nécessité de penser l’avenir urbain de Blois autrement, dans un contexte de contrainte foncière, écologique et budgétaire. « On veut vraiment proposer une vision politique, et pas juste une vision technique », dit-il. Cette vision passe notamment par une ville qui « arrête de s’étendre sur les terres agricoles » et qui apprenne à « reconstruire la ville sur elle-même ».
L’élu écologiste reconnaît d’ailleurs la difficulté concrète de cette orientation : « Oui, en centre-ville, ça coûte plus cher de refaire du logement sur l’ancien que de construire un lotissement. Mais en fait, ça vaut le coup. » Pourquoi ? Parce que, selon lui, les coûts immédiats doivent être mis en regard de bénéfices plus durables : moins de réseaux à tirer, moins d’organisation périphérique, moins de consommation de terres agricoles, davantage d’habitants dans le cœur urbain.
L’abstention comme adversaire central
Au fond, c’est sans doute ici que se joue le cœur de leur pari. Nicolas Orgelet le dit : « Notre premier adversaire, c’était l’abstention. » La campagne de Blois en commun ne cherche pas seulement à redistribuer les équilibres à gauche ; elle veut aussi convaincre des habitants éloignés de la politique qu’une implication locale est encore possible.
À deux jours du premier tour, Blois en commun assume une ambition. Nicolas Orgelet ne s’en cache pas : « On peut arriver en tête. On est convaincus qu’on aura la capacité de se maintenir au deuxième tour et on est convaincus qu’on créera la surprise. »


