[Municipales] La majorité sortante clôt sa campagne par une démonstration de force

À quatre jours du premier tour des élections municipales, la majorité sortante a tenu mercredi soir sa dernière grande réunion publique à la salle Dupré, rive gauche, dans le quartier de Vienne. La salle était pleine à craquer, un public dense, 400 à 450 personnes attentives, souvent réactives. Dans une campagne municipale de Blois où chaque image compte, celle-ci avait valeur de message : la liste conduite par Marc Gricourt a voulu finir sa séquence de premier tour sur une démonstration de mobilisation.

Avant même que le maire sortant ne prenne longuement la parole, plusieurs colistiers – Anaïs Saillau, Cédric Marmuse, Agnès Verlinde, Yann Laffont, Johann Elbory, Simon Blin, Diane Flechais Obono Ovono, Frédéric Veillon – et deux figures ont donné le ton de la soirée : François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, venu apporter un soutien politique très explicite, puis Christophe Degruelle, président d’Agglopolys, chargé de mettre en scène la cohérence du tandem ville-agglomération. Mais c’est bien Marc Gricourt qui a occupé le centre de gravité de la réunion, en chef de file, en maire sortant, en porteur de bilan, en attaquant aussi ses adversaires, avant de dérouler les grandes lignes de ce qu’il entend proposer pour le mandat à venir.
Une salle archi comble comme fait de campagne
Le premier fait politique de la soirée était de l’ordre du volume. La salle, visiblement saturée, donnait à la réunion une tonalité particulière. Il ne s’agissait plus seulement de présenter un programme ou d’enchaîner les prises de parole de campagne ; il s’agissait aussi de rendre visible une dynamique, d’installer une impression de force collective à quelques jours du scrutin.

Cette affluence a été relevée par les intervenants eux-mêmes. Tous ont insisté, chacun à sa manière, sur ce qu’elle représentait : un encouragement, une confirmation, une énergie supplémentaire dans les derniers jours précédant le vote. Dans ce type de rendez-vous de fin de campagne, une salle pleine sert à la fois de thermomètre militant, de signal envoyé aux adversaires et de preuve offerte au camp réuni : la majorité sortante a manifestement voulu faire de ce meeting un moment de consolidation.
François Bonneau, soutien clair et plaidoyer pour la démocratie de proximité
Invité en ouverture, François Bonneau a d’abord ancré sa présence dans un soutien personnel et politique à Marc Gricourt. Le président de Région a vanté un maire engagé, porteur selon lui de « très belles politiques publiques » dans de nombreux domaines, de la culture à l’environnement, en passant par la vie associative, l’aménagement urbain, le développement économique ou la démocratie locale.
Il a aussi choisi de répondre, indirectement, à l’un des thèmes de campagne les plus disputés : la gestion. En rappelant que Marc Gricourt est, à la Région, premier vice-président chargé des finances et du personnel, François Bonneau a cherché à faire de cette responsabilité régionale un argument de crédibilité. Son raisonnement tenait en une phrase : « S’il gère Blois aussi bien qu’il gère la Région, alors on peut aller au maximum. »

Mais le président de Région ne s’est pas cantonné à ce registre de caution institutionnelle. Son intervention a cherché à inscrire le meeting dans un contexte plus large : celui d’un malaise démocratique et politique qu’il juge perceptible aux échelles nationale et internationale. Il a évoqué la guerre, les tensions mondiales, l’instabilité politique en France, la difficulté croissante de la confiance démocratique, avant d’opposer à ce climat troublé la démocratie locale comme premier lieu d’expression civique réelle. Dans sa bouche, la commune est apparue comme le point où la politique peut encore garder un visage identifiable : « Cette démocratie-là, qui est une démocratie directe, ici, elle a un visage. »
Christophe Degruelle met en avant le tandem ville-agglomération
Après la caution régionale, Christophe Degruelle a pris le relais pour défendre un autre axe fort : la complémentarité entre la ville de Blois et son intercommunalité. Son intervention avait une fonction très précise : rappeler que le vote municipal engage aussi la composition du conseil communautaire, et que beaucoup des politiques publiques les plus structurantes se jouent désormais à cette échelle.
Le président d’Agglopolys a insisté sur ce point avec pédagogie. Sur le bulletin de vote, a-t-il rappelé, figurent deux listes. Depuis 2014, élire une équipe municipale revient aussi à désigner des représentants pour l’agglomération. Ce rappel, en apparence technique, portait en réalité une vision politique : celle d’un territoire qui ne se gouverne plus seulement dans les limites administratives de la commune.

Christophe Degruelle a longuement défendu ce qu’il a appelé, avec Marc Gricourt, un « tandem » éprouvé depuis 2008. Pour rendre cet argument plus tangible, il a multiplié les exemples : la gestion des digues de Loire et de la sécurité du quartier de Vienne, l’opération de désurbanisation de la Bouillie, les mobilités douces, l’axe Wilson, le retour d’activités maraîchères sur des terrains rendus inconstructibles, le développement économique, la friche AFPA, les futures zones d’activité, la capitainerie du lac de Loire ou encore la passerelle sur la Loire. L’ensemble visait à démontrer que l’agglomération est un levier d’action quotidien sur des sujets lourds, techniques et coûteux. Derrière cette démonstration, une idée revenait constamment : Blois doit rester « la locomotive de l’agglomération ».
Marc Gricourt : « Vous êtes mon carburant, vous êtes mon énergie »
D’emblée, Le maire sortant a glissé vers une tonalité personnelle. « Vous êtes mon carburant, vous êtes mon énergie », a-t-il lancé à la salle, avant d’ajouter que cette présence nourrissait sa « motivation pour faire avancer la ville ». Cette dimension affective a traversé une large part de son intervention.
À côté de cette dimension personnelle, Marc Gricourt a pris soin de rappeler ce qu’il considère comme le socle politique de son engagement. Son discours a fortement insisté sur la lutte contre les injustices, les discriminations, les exclusions, sur la tolérance, sur l’égalité des chances et sur la nécessité de rassembler.
Il a décrit Blois comme une ville accueillante, façonnée par des trajectoires multiples, notamment dans la seconde moitié du XXe siècle, lorsque des habitants venus d’autres régions de France ou du monde s’y sont installés pour travailler. Cette évocation avait une fonction claire : ancrer son projet dans une représentation de Blois comme ville diverse, composite, traversée de différences, mais unie par un cadre républicain commun. « Nous sommes toutes et tous Blésois dans le respect de nos différences », a-t-il résumé.

Une liste présentée comme reflet de la ville
Marc Gricourt a ensuite présenté sa liste comme le prolongement de cette image de Blois. Il a insisté sur la diversité des profils, des métiers, des quartiers représentés, ainsi que sur la place des non-encartés, qu’il a dits majoritaires. Autre élément central de cette mise en scène : le renouvellement. La liste, a-t-il rappelé, est renouvelée à 56 %, avec une place donnée à la jeunesse. Plusieurs jeunes colistiers, a-t-il dit, prendront des responsabilités et se formeront à la gestion municipale pour être en capacité, demain, de poursuivre la conduite de la ville.
Le passage offensif : les adversaires politiques passés en revue
Une part du discours de Marc Gricourt a pris une tournure résolument offensive. Le maire sortant a successivement abordé plusieurs listes concurrentes, en variant le ton et la dureté selon les cas.
À l’égard de la droite, il a surtout attaqué la crédibilité budgétaire des propositions avancées par Malik Benakcha, opposant à ce qu’il a présenté comme des promesses non chiffrées la solidité d’un programme qu’il dit, lui, financé et sérieux. Il a contesté la possibilité de réduire la fiscalité foncière de 10% tout en augmentant massivement certaines dépenses, notamment en matière de police municipale. Son angle de tir principal a été celui-ci : les adversaires promettraient davantage, avec moins de recettes, sans expliquer comment. « On ne rase pas gratis ! », a-t-il lancé à la salle, dans une formule appelée à résumer ce reproche.
À l’égard du Rassemblement national, et donc de Marine Bardet, il a dénoncé un programme standardisé et décalqué d’autres villes, moins tourné vers Blois que vers la stratégie nationale du parti. Il a également souligné des proximités entre la liste Unis pour Blois et l’extrême droite sur certaines thématiques, notamment sécuritaires, tout en notant que les électeurs « préfèrent toujours l’original à la copie ».
Vis-à-vis de Gildas Vieira, le maire sortant a mis en avant l’instabilité de son positionnement politique et l’absence de sérieux, selon lui, des propositions avancées. Mais c’est sans doute la séquence consacrée aux écologistes qui était politiquement la plus révélatrice. Marc Gricourt ne les a pas traités exactement comme les autres. Il a parlé de « concurrents » plus que d’« adversaires », rappelé le compagnonnage depuis 2008, puis dit son incompréhension et sa tristesse devant leur choix d’autonomie. Il les a accusés de revendiquer des projets déjà engagés ensemble, de vouloir s’approprier des mesures issues du travail commun, et a jugé leur stratégie difficilement compréhensible dans un contexte où il identifie, lui, comme adversaires principaux l’extrême droite et la droite dure.
Un programme : sécurité, protection du quotidien, services publics
Après cette longue séquence d’attaque, Marc Gricourt a ramené son discours au terrain programmatique. Le premier bloc mis en avant a porté sur la sécurité et la tranquillité publique, sujet qu’il a dit assumer depuis toujours. Le maire sortant a annoncé ou confirmé plusieurs orientations : la création de six postes supplémentaires de policiers municipaux, en complément des quarante-quatre existants, la spécialisation d’une équipe sur les rodéos urbains, le déploiement d’environ quarante caméras supplémentaires, le développement de la vidéoverbalisation, le doublement de l’enveloppe d’investissement pour les aménagements de sécurité sur la voirie, ainsi que le recours à des dispositifs d’éclairage à détection automatique dans certains espaces publics.
Il a toutefois cherché à distinguer cette approche d’une surenchère qu’il juge démagogique chez d’autres, en insistant sur une politique articulant « la prévention et la répression ». Le message était clair : montrer qu’il prend le sujet au sérieux sans s’inscrire, selon ses propres termes, dans le populisme ou la démagogie.
Dans un second temps, le maire sortant a inscrit son projet dans une logique de « protection du quotidien ». C’est dans ce cadre qu’il a annoncé la gratuité des premiers mètres cubes d’eau et des tarifications progressives, le maintien des tarifications sociales et solidaires dans les transports, le périscolaire et la restauration scolaire, ainsi que la poursuite de la gratuité des fournitures scolaires. Il a également mis en avant la stabilité des taux de fiscalité foncière depuis 2011, présentée comme un élément de continuité et de sérieux.
Des marqueurs sociaux
Autre registre central : celui du soin et des solidarités. Marc Gricourt a fait de la santé un axe majeur, en évoquant la création d’un nouveau pôle de santé, la perspective du nouvel hôpital et l’ouverture du campus des formations en santé. Il a assuré que l’engagement financier de l’État sur le projet hospitalier serait confirmé après les municipales.
À cela s’ajoutaient un meilleur accompagnement des familles monoparentales, l’inclusion, l’accessibilité, la défense des droits des femmes, la lutte contre les violences, l’exclusion et les discriminations. Cette partie du discours permettait au maire sortant de réaffirmer des marqueurs de gauche. Le vocabulaire employé, autour du « prendre soin », du bien-vieillir, de l’autonomie et de la lutte contre l’isolement, dessinait une ville pensée moins comme un simple espace d’aménagement que comme un cadre de vie à protéger à tous les âges.
La trame du projet municipal
Le discours est ensuite revenu sur d’autres axes plus classiques, mais présentés comme constitutifs de l’ADN de la majorité. Côté mobilités, Marc Gricourt a évoqué l’adaptation des navettes gratuites, la poursuite des aménagements cyclables, la création d’un plan piéton avec accélération de la rénovation des trottoirs, ainsi que l’amélioration espérée des dessertes ferroviaires entre Blois et Paris.
Sur le sport et le cadre de vie, il a annoncé un tiers-lieu intergénérationnel, un plan sport pour réhabiliter ou créer des équipements de plein air, et un soutien affirmé à toutes les disciplines, y compris au handisport. Sur l’éducation, il a rappelé ce qu’il présente comme une priorité continue depuis 2008 : accompagnement éducatif, soutien scolaire, éducation artistique et sportive, adaptation de l’accueil en crèches et en centres de loisirs, droit au séjour-vacances pour tous les enfants de Blois.
Enfin, en établissant le lien entre éducation et culture, il a renoué avec un autre marqueur historique de la municipalité : la culture comme outil d’émancipation, de formation de l’esprit critique, de qualité de vie et d’attractivité du territoire.
Au fond, cette réunion publique visait plus largement à produire une image d’ensemble : celle d’une majorité qui se veut structurée, expérimentée, reliée à l’agglomération et à la région, capable de parler à la fois de bilan, de gestion, de valeurs et d’avenir.
François Bonneau est venu offrir une caution institutionnelle et un récit sur la démocratie locale. Christophe Degruelle a articulé la question municipale à celle du territoire plus large d’Agglopolys. Marc Gricourt, lui, a occupé l’essentiel de l’espace politique en conjuguant plusieurs registres : la fidélité, l’ancrage personnel, la défense du bilan, l’attaque des adversaires et la projection programmatique.
La majorité sortante a ainsi cherché à transformer cette dernière grande réunion avant le premier tour en preuve de sa centralité dans la vie politique. Reste désormais à savoir si cette démonstration de force trouvera, dimanche, sa traduction dans les urnes.


