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Paul Seignolle : « Ce que nous vivons est grotesque »

Alors que l’AS Monaco Basket défendait son avenir devant le CNOSF, le président de l’ADA Blois dénonçait les dérives financières qui fragilisent, selon lui, le basket professionnel français. L’audition a depuis révélé un projet économique ramené autour de 6 à 7 millions d’euros, sans investisseur principal officiellement annoncé. Une situation qui renforce les interrogations de Paul Seignolle sur la viabilité des clubs, l’efficacité des contrôles et l’équité sportive.


À 14 heures, mardi 25 août, deux scènes se déroulent simultanément. En visioconférence, l’AS Monaco Basket commence une audition décisive devant le Comité national olympique et sportif français (CNOSF). À Blois, Paul Seignolle nous expose sa conception de la gestion d’un club professionnel. Lorsqu’il est interrogé sur la situation monégasque, le président de l’ADA Blois ne cherche pas à atténuer son jugement. « Je peux le dire simplement : c’est grotesque. Ce que nous sommes en train de vivre avec Monaco ne donne pas une bonne image de notre sport. »*

Du titre de champion au refus d’engagement : rappel des faits

Le contraste est spectaculaire. Le 23 juin 2026, l’AS Monaco remportait le championnat de France au terme d’une finale gagnée contre le Paris Basketball. Dix jours plus tard, le 3 juillet, la Direction nationale du conseil et du contrôle de gestion refusait son engagement dans les championnats professionnels pour la saison 2026-2027. La DNCCG invoquait alors l’insuffisance des garanties relatives à la viabilité économique du club et l’état encore trop incertain des projets de reprise. Monaco pouvait contester cette décision devant la chambre d’appel de la Fédération française de basket. Les dirigeants monégasques ont été entendus le 20 juillet. Un délai supplémentaire leur a été accordé jusqu’au 31 juillet afin de compléter le dossier. Le 1er août, la chambre d’appel a cependant confirmé le refus d’engagement en Betclic Élite comme en Élite 2, les pièces demandées n’ayant pas été remises dans les délais. Dans un communiqué publié le 10 août, l’AS Monaco a elle-même reconnu que son dossier de reprise et de recapitalisation n’avait pas pu être finalisé à temps. Le club a alors engagé une procédure de conciliation devant le CNOSF, préalable nécessaire avant une éventuelle saisine du tribunal administratif.

Un projet fortement revu à la baisse

L’audition du 25 août a duré environ deux heures et demie. Selon les informations rapportées par Nice-Matin, Monaco n’a finalement pas défendu le projet économique annoncé quelques heures plus tôt. Le matin de l’audition, l’avocat du club, Xavier Le Cerf-Galle, évoquait encore un budget proche de 12,5 millions d’euros. À la sortie de la conciliation, le scénario présenté se situait plutôt entre 6 et 7 millions d’euros. Monaco affirme désormais disposer de 5 millions d’euros de ressources identifiées, dont environ 3,27 millions déjà encaissés ou documentés. Ces fonds proviendraient notamment du sponsoring et d’indemnités de transfert. D’autres recettes pourraient être apportées au cours de la saison par les abonnements, les partenariats et l’exploitation des rencontres.

Le club soutient également que son passif historique a été effacé grâce aux abandons de créances consentis par ses actionnaires et ses créanciers. Cette affirmation constitue l’un des éléments centraux présentés au CNOSF. Aucun repreneur principal n’a été officiellement désigné. Monaco se présente donc avec un modèle beaucoup plus réduit que celui des saisons précédentes et un effectif professionnel à reconstruire presque entièrement.


« Nous ne partons pas tous avec les mêmes éléments »

Pour Paul Seignolle, le problème dépasse largement le montage finalement présenté par Monaco. Il concerne l’équité entre les clubs professionnels et la manière dont chacun construit son effectif. Le président de l’ADA ne conteste pas à un actionnaire le droit d’injecter son propre argent ou d’abandonner une créance. Il s’interroge, en revanche, sur les conséquences sportives d’un modèle permettant de mobiliser des moyens considérables, puis de rechercher une solution extérieure lorsque l’équilibre financier n’est plus assuré.

La Société nationale de financement monégasque aurait injecté environ 22 millions d’euros pour permettre au club de terminer la saison 2025-2026. Le passif de la structure professionnelle avait par ailleurs été évalué autour de 24 millions d’euros à la fin du mois de juin, avant les abandons de créances désormais invoqués par Monaco. « C’est son pognon, mais tout cela montre que nous ne partons pas tous avec les mêmes éléments sur la ligne de départ », observe Paul Seignolle à propos des apports et abandons de créances consentis autour du club.

La prudence financière peut alors devenir un désavantage sportif. Une structure qui limite sa masse salariale aux recettes réellement disponibles renonce nécessairement à certains joueurs. Un concurrent acceptant de creuser ses pertes peut, au contraire, renforcer son effectif et bénéficier immédiatement de cette prise de risque sur le terrain. « C’est pour cela que je suis parfois le vilain petit canard parmi les présidents quand j’ouvre ma gueule. Mais aujourd’hui, nous ne partons pas tous dans les mêmes conditions. » Le passage, en quelques heures, d’un budget annoncé à 12,5 millions d’euros à un scénario situé entre 6 et 7 millions illustre précisément l’instabilité dénoncée par le président blésois.

Six clubs aux capitaux propres négatifs

Paul Seignolle assure avoir consacré une partie de ses vacances à l’étude des comptes des clubs français. À partir des bilans publiés, il dit avoir identifié six structures présentant des capitaux propres négatifs parmi les vingt clubs qui évoluaient en Pro B au 30 juin 2025. « Normalement, lorsqu’une entreprise a des capitaux propres négatifs, il faut la recapitaliser**. Vous avez des clubs qui sont sous perfusion. Et lorsque la perfusion s’arrête, que se passe-t-il ? »

Pour Paul Seignolle, cette situation ne peut pas être traitée comme une simple anomalie comptable sans rapport avec la compétition. « Je pars du principe qu’un club de basket est une entreprise. Nous produisons un spectacle. Et ce n’est pas le spectacle qui doit commander les finances : ce sont les finances qui commandent le spectacle. » À Blois, cette règle détermine la construction de l’équipe (lire ici). Le budget disponible précède le recrutement. Les recettes espérées, une accession éventuelle ou l’intervention hypothétique d’un financeur ne doivent pas servir à justifier des engagements que le club ne serait plus capable d’assumer en cas de saison décevante.

Une DNCCG jugée trop peu préventive

Paul Seignolle ne remet pas en cause la capacité de la DNCCG à lire et à contrôler les documents comptables. Il estime toutefois que l’analyse devrait davantage anticiper les risques, notamment lorsqu’un modèle dépend d’apports extérieurs répétés ou de promesses de recapitalisation. « Chaque fois que nous passons devant la DNCCG, je leur dis qu’ils devraient être plus stricts dans leurs analyses. Je ne dis pas qu’ils ne font pas une bonne analyse des bilans. Quand vous avez les comptes, ce n’est pas compliqué. Il n’y a pas besoin d’avoir fait HEC! »

Les comptes de nombreuses sociétés sportives sont accessibles publiquement. Le président de l’ADA les consulte et les compare. Il regrette que certains signaux d’alerte ne conduisent pas plus tôt à des demandes de garanties renforcées. « Il faut être un peu pragmatique. Les bilans, tout le monde peut les consulter et les analyser. Il faudrait éviter d’arriver à des situations comme celles que nous avons connues au Portel ou que nous risquons de connaître à Monaco. Même si Monaco est, je pense, un dossier beaucoup plus politique. »

La puissance symbolique du champion de France, sa place récente en Euroligue et les conséquences d’une disparition du monde professionnel rendent effectivement le dossier singulier. La situation concerne également Saint-Quentin, susceptible d’être repêché si Monaco n’est pas engagé, ainsi que l’ensemble du calendrier de Betclic Élite. Mais Paul Seignolle refuse que le prestige sportif conduise à appliquer des exigences différentes d’un club à l’autre.

La question de l’argent public

La situation monégasque conduit également Paul Seignolle à interroger la place des collectivités dans le financement du sport professionnel. Il ne conteste pas leur intervention. L’ADA bénéficie elle-même de subventions, d’achats de places et de prestations de visibilité financées par la Ville de Blois, Agglopolys, le Département ou la Région. Il souhaite néanmoins qu’une distinction claire soit établie entre le financement d’un équipement utile au territoire, l’achat d’une prestation réelle et la prise en charge indirecte des salaires sportifs : « Est-il normal que les collectivités interviennent dans certains clubs à hauteur de 70 % ? Est-il normal que l’argent du contribuable finance le salaire d’un sportif professionnel ? Pour moi, non. Que l’argent du contribuable finance une infrastructure, oui. Qu’il finance directement les salaires, non. »

Paul Seignolle dit avoir proposé qu’un plafond soit fixé à la part des subventions publiques dans les budgets des clubs professionnels. Cette idée, reconnaît-il, reste minoritaire parmi ses homologues. « Lorsque je dis en assemblée générale qu’il serait peut-être opportun que les subventions des collectivités ne dépassent pas un certain pourcentage, on me répond en substance : “Attends, Paul, ferme ta gueule.” Mais c’est tellement facile de fonctionner comme cela. »

Pour le président blésois, une collectivité peut accompagner un club dès lors que celui-ci produit un retour identifiable : animation du territoire, attractivité, actions sociales, visibilité ou fréquentation d’un équipement. Elle ne devrait pas avoir à combler les conséquences d’un modèle sportif structurellement déficitaire.

Le basket français à un tournant

Au-delà du sort immédiat de Monaco, Paul Seignolle voit se dessiner une transformation profonde du basket professionnel. L’arrivée de nouveaux investisseurs, l’augmentation des masses salariales, la construction de grandes salles et la perspective d’une NBA Europe pourraient concentrer les moyens autour de quelques clubs. Il anticipe la formation d’un premier cercle composé de six à huit structures françaises dotées de budgets très importants, d’équipements modernes et d’investisseurs capables d’absorber les pertes. Les autres devront trouver un modèle différent, fondé sur la formation, l’ancrage territorial et la capacité à détecter des joueurs susceptibles de progresser.

Pour l’ADA Blois, la réponse ne peut pas être une fuite en avant. Paul Seignolle refuse de suivre une inflation qui obligerait le club à mettre en danger ce qui a été construit. « Si les prix augmentent, quelles sont mes solutions ? Suivre l’inflation et mettre le club en difficulté ? Ou ne pas la suivre ? Je suis quelqu’un de pragmatique. Il ne faut pas péter plus haut que son cul. »


*Cet entretien a été réalisé le mardi 25 août 2026, au moment même où l’AS Monaco Basket était auditionnée par le Comité national olympique et sportif français. **Les capitaux propres constituent les ressources durablement laissées à la disposition d’une entreprise ou d’une société sportive. Lorsqu’ils deviennent négatifs, les pertes accumulées ont absorbé les apports et les réserves. La structure doit alors reconstituer ses fonds propres, obtenir de nouveaux apports, bénéficier d’abandons de créances ou retrouver rapidement un résultat positif.


Sources au sujet de l’AS Monaco Basket


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