Pourquoi Blois décale son feu d’artifice du 13 juillet mais maintient la fête

Pour la première fois depuis la fin des années 1980, le ciel de Blois ne s’illuminera pas d’un feu d’artifice le 13 juillet. Annoncée ce jeudi 4 juin par le maire Marc Gricourt et son premier adjoint Nicolas Orgelet, cette décision marque une rupture avec une tradition profondément ancrée dans la vie locale. Elle est la conséquence directe d’une étude scientifique commandée par la Ville sur l’impact des tirs pyrotechniques sur plusieurs espèces protégées nichant au cœur même de la Loire blésoise.
En 2026, la municipalité fait le choix d’un report. Le feu d’artifice aura finalement lieu le 29 août (après la période sensible), dans le cadre des célébrations de la Libération de Blois. Une décision qui ouvre aussi un débat plus large sur l’avenir des grandes manifestations populaires dans un contexte de protection croissante de la biodiversité.
La décision est également motivée par un contexte juridique devenu plus contraignant. Marc Gricourt a indiqué que le maintien du feu d’artifice malgré les alertes de l’Office français de la biodiversité et des associations pourrait exposer la Ville à des recours et le maire à d’éventuelles suites pénales. Un cas connu à Nevers.
Une tradition bousculée
« Il faut dès à présent annoncer en responsabilité qu’il n’y aura plus de feu d’artifice le 13 juillet à Blois. Nous l’assumons. » Le ton est posé. Marc Gricourt sait que l’annonce ne sera pas anodine. Chaque année, le feu d’artifice attire plusieurs milliers de personnes sur les bords de Loire. Son cadre exceptionnel, avec les reflets sur le fleuve et la silhouette du centre historique en arrière-plan, en a fait au fil du temps l’un des rendez-vous populaires les plus emblématiques de l’été blésois. « Le feu d’artifice de Blois a une notoriété qui dépasse largement les frontières de la ville et même du département », rappelle le maire. « Il participe aussi à l’attractivité touristique du territoire. » La décision n’a donc pas été prise à la légère.

Au cœur du sujet : les îles de Loire et leurs oiseaux protégés
Depuis plusieurs années, la Ville est alertée par l’Office français de la biodiversité et plusieurs associations environnementales sur les conséquences du feu d’artifice pour les espèces nichant sur les îles situées en aval du pont Charles-de-Gaulle. Ces espaces bénéficient d’un statut de protection particulièrement élevé. Ils sont intégrés au réseau Natura 2000 et font également l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope. Quatre espèces protégées y nichent régulièrement : la sterne naine, la sterne pierregarin, la mouette rieuse, la mouette mélanocéphale.
La période sensible s’étend du mois d’avril jusqu’au 15 août, soit précisément au moment où est traditionnellement tiré le feu d’artifice du 13 juillet. « À Blois, nous avons l’une des plus importantes colonies nicheuses de sternes de tout le bassin ligérien », souligne Nicolas Orgelet. Le premier adjoint rappelle qu’environ 250 couples nicheurs sont recensés localement, contre une trentaine seulement sur certains autres sites ligériens. « C’est aussi une fierté pour la ville. Nous avons au cœur même de Blois un des biotopes les plus importants de la Loire. »
Une étude qui change la donne
Face aux interrogations croissantes, la municipalité a commandé en 2025 une étude indépendante au bureau spécialisé Altifaune. Objectif : mesurer scientifiquement les effets du feu d’artifice sur les colonies d’oiseaux. Les résultats ont profondément pesé dans la décision finale. Selon l’étude, 86 % des oiseaux présents sur les îles quittent leur nid dans les minutes qui suivent les premiers tirs. « On passe d’environ 360 oiseaux présents à une cinquantaine seulement », résume Marc Gricourt.
L’étude met en évidence plusieurs phénomènes. Le premier est le stress sonore. Les détonations provoquent des envols massifs, des situations de panique et des perturbations importantes du comportement des oiseaux. Le second concerne le stress visuel. Les éclats lumineux désorientent certains individus, qui peuvent ne pas retrouver immédiatement leur nid. Enfin, l’abandon temporaire des nichées expose les œufs et les jeunes aux prédateurs et à des risques de refroidissement. Les experts qualifient ces impacts de « significatifs ». Pour la municipalité, il était difficile de les ignorer.
Une accumulation de contraintes
Avant d’en arriver au report du feu d’artifice, plusieurs mesures avaient déjà été mises en œuvre. Au fil des années, la Ville a supprimé le plomb et les plastiques dans les mortiers, réduit les calibres utilisés, abaissé les hauteurs de tir et diminué l’emprise du champ de tir. Ces adaptations n’ont cependant pas suffi à répondre aux préoccupations exprimées par l’OFB et les associations. La Ville a alors exploré plusieurs scénarios. Un déplacement du feu d’artifice à environ un kilomètre des îles protégées a notamment été étudié. Cette distance correspond aux recommandations formulées dans plusieurs documents techniques relatifs à la protection des oiseaux nicheurs. Mais cette hypothèse n’a pas reçu un avis favorable. Marc Gricourt explique avoir demandé une autorisation exceptionnelle pour maintenir encore une année le feu d’artifice traditionnel tout en travaillant à une solution pérenne pour 2027. La réponse a été négative.
Pourquoi les autres sites ont été écartés
La question du lieu s’est naturellement posée. Pourquoi ne pas déplacer le feu d’artifice ailleurs ? Plusieurs pistes ont été examinées. Parc Expo, le parc de l’Arrou ou encore la Pinçonnière ont été évoqués. Mais chacune présente des difficultés. À Parc des expositions, la dimension patrimoniale et paysagère du feu d’artifice disparaîtrait largement. « Tirer le feu d’artifice là-bas n’aurait pas du tout le même intérêt culturel », estime Marc Gricourt. S’ajoutent les risques liés aux épisodes de sécheresse estivale et aux éventuels arrêtés préfectoraux. Les espaces comme le parc de l’Arrou ou la Pinçonnière soulèvent d’autres problèmes : risques d’incendie, gestion de la sécurité et capacité d’accueil insuffisante pour absorber les quelque 20 000 spectateurs susceptibles de se déplacer. Aucune de ces alternatives n’apparaît aujourd’hui satisfaisante. Pour la municipalité, le changement ne doit pas être perçu comme une suppression. « Ce n’est pas un feu d’artifice annulé. C’est un feu d’artifice décalé », insiste Nicolas Orgelet.

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Imaginer les fêtes populaires de demain
Au-delà du seul cas du feu d’artifice, Marc Gricourt estime que cette situation doit conduire à réfléchir à de nouvelles formes de spectacles. Certaines villes ont déjà remplacé les feux d’artifice par des spectacles de drones. Une option qui ne convainc pas totalement l’édile. « On sait que cela entraîne une démobilisation importante du public. » Il estime que les professionnels de l’événementiel devront innover. « Au XXIe siècle, nous devons être capables d’inventer des choses nouvelles. Les gens ont besoin de lumière. Qu’est-ce qui empêche demain d’imaginer des spectacles lumineux sans détonation ? »
Deux fêtes au lieu d’une
Si le feu d’artifice quitte le calendrier du 13 juillet, la Fête nationale reste bien célébrée à Blois. Le programme est maintenu avec la prise d’armes et le défilé militaire place de la Résistance à 20 heures.
À 21 heures, le port de la Creusille accueillera un concert gratuit de Broken Back, artiste français à la carrière internationale qui cumule plusieurs centaines de millions d’écoutes. La nouveauté sera une soirée DJ organisée à partir de 22h30.
« Historiquement, la première tradition du 14 juillet, c’est aussi le bal populaire », rappelle Nicolas Orgelet. La municipalité souhaite ainsi retrouver cette dimension festive et intergénérationnelle. Le feu d’artifice est quant à lui reporté au samedi 29 août. Après un bal populaire. Cette nouvelle soirée marquera à la fois la fin de l’été, la clôture des Lyres d’été et l’anniversaire de la Libération de Blois. Au programme donc : à 20 heures le bal populaire place Louis-XII puis à 22 heures puis un feu d’artifice tiré depuis le port de la Creusille.


