EntretiensVie locale

Sarah Bouër : de Paris à Vendôme, le choix d’une vie à taille humaine

Installée à Vendôme avec sa famille depuis cinq ans, Sarah Bouër n’a pas quitté Paris pour rompre avec son ancienne vie. Elle continue d’y travailler, d’y retrouver ses clients, d’y puiser une part de stimulation professionnelle. Mais elle n’y vit plus. Et ce déplacement, devenu ancrage, raconte une trajectoire contemporaine : celle d’une famille qui cherche davantage d’espace, de temps, de calme, sans renoncer à l’exigence professionnelle ni à la proximité de la capitale. « Quand je vais à Paris, je suis très contente d’y aller une journée, et je suis très contente de rentrer », résume-t-elle.

Sarah Bouër n’est pourtant pas originaire du Loir-et-Cher. Elle est née en Loire-Atlantique, a grandi du côté de Carquefou, puis a fait une grande partie de ses études à Nantes avant de terminer son parcours dans la capitale autour de 23 ou 24 ans, en agence de communication. « Mon parcours, c’est au départ, dans la communication, le marketing. Donc, c’est vrai que je vais à Paris pour le travail. » La suite se déroule entre Paris et Vincennes, pendant douze ans. Elle y construit sa vie de couple avec celui qui deviendra son mari. Leurs deux premiers enfants naissent à Vincennes. Leur fille arrive un mois avant le premier confinement, au début de l’année 2020. Un moment particulier, évidemment, dans une vie familiale déjà contrainte par l’espace réduit de l’appartement et par le rythme de la région parisienne.

Tous deux sont indépendants. Son mari, Florent, l’était déjà lorsqu’elle l’a rencontré. Elle-même travaille à son compte depuis plusieurs années au moment où le projet de départ se précise. Lui est formateur ; elle intervient en communication et en formation. Cette situation offre une certaine liberté, mais elle impose aussi de rester proche de Paris. « En tant qu’indépendants, on est très… dépendants de Paris et de sa région pour tout ce qui est activité », explique-t-elle. Leurs clients sont majoritairement franciliens. Le choix d’un départ ne peut donc pas être seulement un désir de maison ou de jardin. Il doit être compatible avec le travail.

Le déclic familial

Sarah Bouër avait déjà envie de quitter la région parisienne depuis plusieurs années. N’étant pas née en Île-de-France, elle savait qu’une autre organisation de vie était possible. L’arrivée du deuxième enfant, puis la Covid, accélèrent la décision. Son mari, au départ, était moins pressé de partir. Il aimait Vincennes, ville agréable, bien située, proche de Paris. Mais la limite finit par s’imposer : « On ne pouvait pas acheter le bien de nos rêves à Vincennes. » La question devient alors très concrète : où vivre mieux sans s’éloigner trop radicalement ? La famille cherche de l’espace, une maison, un jardin, mais sans renoncer à une vie urbaine, aux déplacements à pied, aux commerces, à l’école proche, à une forme de sociabilité quotidienne. « Je savais un petit peu ce que je voulais, ce que je ne voulais plus », dit-elle.

Le Loir-et-Cher n’arrive pas comme une évidence familiale ou affective. Sarah Bouër et son mari n’y ont pas d’attaches. Ils le connaissent comme beaucoup de Franciliens le découvrent d’abord : par les week-ends, les escapades, les vacances, les maisons louées avec des amis, les châteaux, la vallée de la Loire. Le territoire leur plaît. Ils aiment les vieilles pierres, les maisons en tuffeau, la nature proche, les châteaux, les villes anciennes.

Vendôme avait déjà laissé une impression. Une première visite, alors qu’elle était enceinte de son fils, lui reste en mémoire. « On s’était dit : tiens, c’est une petite ville à taille humaine, mais il y a tout ce qu’il faut, on pourrait vivre là. » À l’époque, ils ignorent encore la qualité de la liaison ferroviaire avec Paris.

Le TGV comme condition du choix

Lorsque la recherche devient sérieuse, le couple étudie plusieurs possibilités. Il faut une ville située à l’ouest, à environ une heure de Paris en train. Sarah Bouër regarde les lignes, trace un axe, observe les villes régulièrement desservies par le TGV. Tours est envisagée, Angers évoquée, Le Mans aurait pu entrer dans la réflexion, Chartres est regardée un moment. Nantes, malgré ses origines, est écartée : trop loin, trop grande. Son mari résume alors l’enjeu : quitter Paris pour rejoindre une autre grande ville risquait de reproduire rapidement les mêmes problématiques.

Vendôme s’impose par un ensemble de critères : la taille, le patrimoine, l’ambiance, et surtout le train. « Quand on réalise les 42 minutes en TGV, avec des trains réguliers, ça nous décide vite », explique Sarah Bouër. Le projet ne consiste pas à partir en pleine campagne. La famille cherche une maison en centre-ville, ancienne, avec un jardin, un parking, de la place pour recevoir, et des espaces de travail. « On ne voulait pas complètement changer de vie non plus », précise-t-elle. Garder une vie de centre-ville était essentiel : emmener les enfants à l’école à pied, faire les courses, aller chercher le pain, marcher beaucoup, ne pas dépendre constamment de la voiture.

Cette exigence venait aussi de son propre parcours. « Venant de province, je sais ce que c’est de faire tout en voiture, et ce n’est pas quelque chose auquel je voulais revenir non plus. » La recherche est donc ciblée : Vendôme centre, vieille pierre, jardin, bureaux. Pendant plusieurs mois, les alertes immobilières ne donnent rien. Les critères sont nombreux. La maison finalement trouvée coche les cases, au-delà même de ce qui était prévu. « On a même trop. C’est même plus grand que ce que je voulais ! », sourit-elle.

Arriver sans connaître personne

L’arrivée à Vendôme se fait dans un contexte encore marqué par la Covid. La famille ne connaît personne en arrivant. Pourtant, les liens se créent. D’abord avec d’autres anciens Parisiens ou Franciliens arrivés au même moment, souvent dans la même situation : heureux d’être là, mais sans réseau local constitué. Les invitations se font naturellement, les week-ends se remplissent, les enfants ouvrent des portes par l’école et les activités. Puis les rencontres s’élargissent à des Vendômois, des professionnels, des hôteliers, des acteurs de l’événementiel ou de la communication. Les séminaires organisés localement pour des clients franciliens contribuent aussi à cette intégration. Le résultat, cinq ans plus tard, est net : « Maintenant, on a un relationnel qui est même plus étoffé, en proximité, qu’en région parisienne. » À Paris ou Vincennes, les amis pouvaient être dispersés à l’autre bout de l’aire urbaine. À Vendôme, la proximité change la nature des liens.

Garder Paris, construire Vendôme

Professionnellement, l’activité de Sarah Bouër reste principalement tournée vers Paris. Elle ne cherche pas à le dissimuler. Son univers de travail, ses clients, une partie de ses missions demeurent liés à l’Île-de-France. Mais cette continuité n’empêche pas une évolution. Avec son mari, au nom d’Idéal Formation, elle organise des séminaires dans le Loir-et-Cher pour des clients franciliens. Cela permet de faire découvrir le territoire tout en travaillant avec des acteurs locaux. Elle a aussi accompagné Repère Sauvage, domaine hôtelier et de restauration situé dans le Perche vendômois. D’autres passerelles apparaissent au fil du temps. « Il y a des choses qui se mêlent quand même entre Vendôme et Paris », observe-t-elle. C’est un entre-deux rendu possible par le train, par le travail indépendant, mais aussi par un territoire qui peut accueillir des activités, des séminaires, des rencontres professionnelles.

Sarah Bouër observe cependant une différence importante dans les codes du travail local. À Paris, les missions peuvent se déclencher rapidement : une recommandation, un bon contact, une rencontre, et l’on vous teste. À Vendôme, les choses prennent davantage de temps. Les entreprises locales fonctionnent beaucoup par relations anciennes, par confiance construite, par réseaux établis. Il faut donc accepter une autre durée. Cette remarque vaut au-delà du seul travail. Pour Sarah Bouër, l’installation dans une ville ne se décrète pas en quelques mois. Il faut apprendre le territoire, se rendre disponible, donner avant d’attendre.

Les compétences humaines au vert

Avec son mari, Sarah Bouër travaille autour de la formation, de la communication, du management, de la gestion du temps, de l’intelligence collective et du développement des compétences humaines. Ces thématiques existaient déjà avant leur arrivée à Vendôme. L’installation ne transforme pas le fond de leur activité, mais elle lui donne un cadre nouveau. « Ce qui a évolué, c’est que maintenant, on propose à des entreprises de venir travailler sur ces thèmes au vert, dans le Vendômois, avec des lieux d’accueil un peu partenaires. » Pour elle, le 41 se prête particulièrement bien à ce type de travail. Les sujets liés au management, à la coopération, à l’intelligence collective ou à la prise de recul gagnent à être abordés loin de l’agitation habituelle. « Le Vendômois, et le Loir-et-Cher au global, se prêtent bien à ça. »

Une qualité de vie familiale

La réussite de l’installation se mesure d’abord dans la vie familiale. « On a gagné en qualité de vie. Avec les enfants, je pense que c’est vraiment un super choix. » L’espace change tout : le jardin, les chambres, la possibilité de sortir, rentrer, jouer, circuler librement. La famille compte désormais un chien, ce qui n’aurait pas été envisageable dans leurs conditions de vie en région parisienne. Là où l’appartement imposait une promiscuité, la maison permet à chacun de trouver sa place. Les enfants ont chacun une grande chambre. Ils peuvent jouer dehors, gagner en autonomie, vivre davantage au rythme de la maison et du jardin.

Aujourd’hui, Sarah ne se décrit plus comme une Parisienne ou une Nantaise en exil. « Je me sens plus vendômoise, je suis ancrée dans la ville. » Cet ancrage passe par les enfants, l’école, les amis, le travail, mais aussi par les passions. Sarah Bouër a un duo de musique avec un Vendômois. Ils se produisent dans des bars, à Vendôme ou à Blois. « Je me sens très… là, ici », dit-elle.

Son regard sur Paris n’est pas devenu hostile. Elle y voit toujours une ville stimulante, notamment professionnellement. Il s’y passe beaucoup de choses, les projets circulent, les idées bougent. Mais la distance rend plus visible ce que le quotidien parisien exige. « Je me rends compte maintenant à quel point la vie à Paris était fatigante. » Elle cite l’agitation, le bruit, la pollution, l’oppression. À certains moments de la vie, ce rythme peut convenir. À 20 ans, elle était heureuse d’arriver à Paris. Mais les aspirations changent. « Il y a des moments de vie où on n’a plus envie de ça. » Vendôme offre l’inverse : un quotidien plus calme, une forme de sérénité dans les déplacements, les rues, les sorties d’école, les promenades. La proximité de Paris rend l’équilibre plus facile. Si elle veut voir une exposition, aller au spectacle, retrouver l’intensité de la capitale, le train le permet. Mais le retour à Vendôme est devenu une part essentielle de l’expérience.

Une petite ville plus vivante qu’on ne l’imagine

Sarah Bouër défend aussi Vendôme contre une image trop rapide de petite ville sans vie. « Si on creuse et qu’on est curieux, moi, je trouve toujours des trucs à faire. » Bars, concerts, soirées, stand-up : la ville propose plus que ce que sa taille pourrait laisser croire. Blois entre également dans son périmètre de vie culturelle et relationnelle.

Cela ne signifie pas que tout est parfait. Elle identifie des limites, notamment sur l’accès à certaines spécialités médicales. Comme beaucoup de territoires, Vendôme est confrontée à des difficultés de santé. Elle peut parfois consulter à Paris, parce que son travail l’y conduit encore. Autre limite : les commerces. La ville se porte bien, selon elle, du côté des bars, restaurants et cafés, mais l’offre en boutiques, vêtements ou achats spécifiques reste plus limitée. Pour certains besoins, elle se tourne vers Tours, Paris ou Nantes. Ces réserves n’annulent pas son choix.

Plus encore, elle juge Vendôme sous-cotée. Si le Perche a bénéficié d’un engouement auprès des Parisiens, Vendôme est souvent méconnue. Mais, ce qui frappe Sarah Bouër, depuis son arrivée, c’est aussi le décalage entre la beauté du territoire et la manière dont certains habitants du cru la perçoivent. « Je me suis rendu compte que les gens qui étaient nés là, parfois, ne se rendaient pas compte qu’ils habitaient dans un endroit beau. »

Rester

Cinq ans après son arrivée, Sarah Bouër envisage clairement la suite à Vendôme. Elle se voit y rester au moins jusqu’à la fin du lycée de ses enfants. Plus tard, lorsque les enfants partiront, la question d’une maison plus petite pourra peut-être se poser. Mais pas celle d’un départ imminent. « On ne voit aucune raison de bouger. On est vraiment très bien ici. » Son mari semble encore plus attaché à cette permanence. Elle sourit en l’évoquant : « Si on lui posait la question, il répondrait sans doute qu’il veut rester jusqu’au bout de sa vie. » C’est tout dire.


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