EcologieEconomieFrance

Supermarchés : le plastique reste au cœur du modèle de la grande distribution

Une enquête de Que Choisir et No Plastic In My Sea, menée dans plus de 1 600 magasins, dresse un état des lieux sévère de la dépendance persistante des enseignes aux emballages plastiques. Bouteilles, fruits et légumes emballés, recul du vrac, réemploi encore marginal : les initiatives existent, mais restent loin des objectifs fixés par la loi.


Le plastique n’a pas disparu des rayons. Loin de là ! Malgré les engagements environnementaux affichés par la grande distribution, malgré les objectifs fixés par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire — dite loi AGEC —, malgré l’entrée en vigueur du règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages, les supermarchés français restent très largement organisés autour de l’emballage jetable. C’est le principal enseignement de l’étude publiée par Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea, sous le titre Supermarchés : toujours accros au plastique ?*

Les bouteilles plastiques, premier angle mort

Le rapport insiste d’abord sur le poids des eaux et boissons. Selon les données citées par les associations, les bouteilles représentent environ 40 % des emballages plastiques des ménages. L’ADEME évalue à 14,6 milliards le nombre d’eaux et boissons embouteillées en plastique consommées chaque année en France, dont 8,4 milliards pour l’eau.

Or, les ventes ne reculent pas. L’étude relève que les eaux et boissons en bouteilles plastiques figurent parmi les produits les plus vendus en grande distribution. La marque Cristalline aurait ainsi atteint 2,361 milliards d’unités vendues en 2025. Les ventes d’eaux embouteillées auraient, elles, augmenté de 3,3 % en 2025.

La question des petits formats est également pointée. L’audit de terrain relève la présence de bouteilles de jus de moins de 33 cl dans 81 % des magasins de grande distribution traditionnelle visités, et de bouteilles d’eau de moins de 50 cl dans 75 % d’entre eux. Ces formats, qui utilisent proportionnellement davantage de matière plastique par quantité de produit vendu, sont considérés par les associations comme particulièrement problématiques.

Sur ce point, le rapport note que les distributeurs ne présentent pas, dans l’ensemble, de stratégie claire permettant d’atteindre l’objectif de réduction de 50 % des bouteilles plastiques d’ici 2030, prévu par la loi AGEC. Carrefour et Coopérative U mentionnent des actions, mais celles-ci relèvent surtout du réemploi, encore marginal, de l’optimisation du recyclage ou de l’incorporation de plastique recyclé. Biocoop est présentée comme la seule enseigne ayant arrêté la vente d’eau plate en bouteille plastique à usage unique depuis 2017.

Fruits et légumes : le bio davantage emballé en grande surface

L’étude s’arrête ensuite sur cinq fruits et légumes courants et considérés comme peu fragiles : pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates, hors tomates cerises. Le constat est net : dans les grandes surfaces généralistes, les produits bio étudiés sont vendus emballés dans 91 % des cas, dont environ la moitié sous plastique. À l’inverse, dans les magasins bio, ces mêmes fruits et légumes sont vendus en vrac dans 90 % des cas. Ce résultat met en évidence un paradoxe : les fruits et légumes bio, associés à une attente environnementale plus forte, sont davantage emballés en grande distribution que les produits conventionnels.

Les associations jugent peu convaincantes les justifications avancées par les distributeurs, notamment la protection des aliments, la prévention des contaminations ou le risque de fraude entre bio et conventionnel. Le fait que les magasins bio parviennent massivement à vendre ces produits en vrac est présenté comme la preuve que d’autres organisations sont possibles.

Le prédécoupé progresse sous plastique

Autre point relevé : le développement des fruits et légumes prêts à consommer ou prêts à cuisiner. Près d’un supermarché sur deux propose des légumes prédécoupés sous plastique, comme des champignons en lamelles ou des courgettes en rondelles. Plus de 35 % des magasins de grande distribution visités vendent également des fruits prédécoupés, par exemple de l’ananas épluché.

Les enseignes Carrefour et E. Leclerc sont particulièrement citées : selon l’enquête, 70 % de leurs magasins vendent des légumes prédécoupés sous plastique et 60 % des fruits prédécoupés. À l’inverse, cette pratique est décrite comme rare chez Lidl et Aldi, et presque inexistante dans les magasins bio.

Le rapport signale aussi que cette tendance commerciale progresse : les achats de salades et légumes prêts à l’emploi auraient augmenté d’environ 10 % sur les quatre premiers mois de 2025 par rapport à la même période en 2024.

Les sacs plastiques restent majoritaires pour le vrac de fruits et légumes

Même lorsque les fruits et légumes sont proposés en vrac, le plastique demeure présent. Dans 63 % des grandes surfaces enquêtées, seuls des sachets plastiques sont proposés au rayon fruits et légumes. Ce chiffre est proche de celui relevé dans une enquête précédente de 2023, où il atteignait 61 %. Dans les magasins bio, les sacs plastiques sont en revanche très rares, avec une moyenne de 3 %.

Le rapport rappelle que ces sacs sont souvent présentés comme biosourcés, biodégradables ou compostables. Un avis de l’Anses souligne que ces matières et leurs produits de dégradation peuvent contribuer à une pollution de l’environnement et des aliments cultivés par les particuliers, avec des risques possibles pour la santé humaine, animale et végétale.

Le vrac recule en grande distribution

Le recul du vrac constitue l’un des constats les plus marquants. Alors que la vente sans emballage est présentée comme un levier direct de réduction des déchets plastiques, l’offre baisse dans les grandes surfaces généralistes.

La précédente enquête de Que Choisir Ensemble relevait que 57 % des magasins de grande distribution proposaient un rayon vrac en 2023. Deux ans plus tard, parmi les 1 659 magasins visités, seuls 38 % disposent encore d’un rayon vrac, soit une baisse moyenne de 19 points. Cette évolution apparaît d’autant plus notable que la loi Climat et résilience fixe un objectif de 20 % de produits sans emballage pour les magasins de plus de 400 m² à l’horizon 2030.

L’étude relève que la baisse concerne toutes les enseignes de grande distribution enquêtées, avec un recul particulièrement marqué chez Auchan et Monoprix. E. Leclerc et Coopérative U conservent toutefois des rayons vrac dans plus des deux tiers des magasins visités. Les magasins bio restent les mieux placés. Ils proposent en moyenne 129 références de vrac, contre 44 en grande distribution classique. Biocoop atteint, selon l’étude, 150 références en moyenne.

Le réemploi reste très marginal

La loi AGEC fixe un objectif de 10 % d’emballages réemployés mis sur le marché d’ici 2027. Selon les données de l’Observatoire national du réemploi de l’ADEME, le niveau atteint reste très inférieur à cette trajectoire : en 2024, 2,75 milliards d’emballages réemployés ont été mis sur le marché, tous usages confondus, soit 1,8 % de l’ensemble des emballages en circulation et 1,6 % des emballages ménagers.

Unidoses, masques beauté, emballages individuels : le suremballage persiste

Le rapport consacre aussi une partie aux pratiques de suremballage. Deux produits sont particulièrement étudiés : les pods de lessive et les masques de beauté à usage unique.

La lessive en pods individuels est présente dans 90 % des grandes surfaces visitées, avec un pic de 95 % chez Monoprix. Dans les magasins bio, cette pratique demeure plus limitée, avec 15 % des magasins concernés. Les masques beauté à usage unique, vendus en sachet, sont présents dans 57 % des magasins de grande distribution, et jusqu’à 72 % des magasins U. Le rapport souligne également le coût pour le consommateur. Pour les masques de beauté, certains relevés affichent des prix au litre allant de 150 à 400 euros.

Les emballages individuels alimentaires sont aussi pointés. Avec pour exemple les madeleines longues vendues sous plusieurs couches : sachets individuels, barquette et emballage extérieur.

Les enseignes bio en avance, mais pas exemptes de critiques

La synthèse par enseigne distingue trois grands profils. Les magasins bio apparaissent globalement en avance sur la réduction du plastique. Leur modèle repose davantage sur le vrac, les fruits et légumes non emballés et, dans certains cas, le réemploi. Le rapport nuance toutefois ce constat : des marges d’amélioration subsistent aussi dans les enseignes bio, notamment sur certains petits formats de bouteilles plastiques, sur des produits unidoses ou sur le développement du réemploi chez Naturalia.

Les enseignes de grande distribution classique présentent, elles, des initiatives variables. Coopérative U et E. Leclerc sont mieux placées sur le vrac que d’autres. Carrefour apparaît plus engagé sur certains dispositifs de réemploi. Mais les mêmes points faibles reviennent : petits formats de bouteilles, fruits et légumes bio emballés, prédécoupé sous plastique, unidoses, masques de beauté et sacs plastiques au rayon fruits et légumes.

Le hard discount est présenté comme le segment où la transition reste largement à engager. Aldi et Lidl n’ont pas répondu au questionnaire. L’enquête de terrain montre peu d’offre de vrac ou de réemploi, même si certaines pratiques comme les fruits prédécoupés sous plastique ou les masques beauté y sont moins présentes.

Une stratégie encore trop centrée sur le recyclage

L’étude critique enfin la priorité donnée au recyclage. Les associations considèrent que les enseignes mettent davantage en avant la recyclabilité des emballages, l’incorporation de plastique recyclé ou les dispositifs de collecte que la réduction à la source et le réemploi. Or, dans la hiérarchie de traitement des déchets, la réduction et le réemploi doivent précéder le recyclage.

Et puis, les efforts sont parfois contredits par d’autres tendances commerciales : fruits et légumes prédécoupés, doses individuelles, snacking, produits prêts à consommer. Ces offres entretiennent, selon les associations, un modèle fondé sur le jetable et l’usage unique.

Des demandes adressées aux distributeurs

Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea demandent aux distributeurs de mettre en place une stratégie de réduction du plastique à usage unique, chiffrée et datée. Cette stratégie devrait inclure un plan de sortie du plastique à usage unique en 2040, un plan de réduction de moitié des bouteilles plastiques d’ici 2030 et une trajectoire de réduction des déchets d’emballages conforme au règlement européen sur les emballages.

Les associations demandent également de prioriser les rayons qui génèrent les plus gros volumes de plastique : les eaux et boissons, puis l’alimentaire frais, transformé, surgelé et l’épicerie. Elles appellent enfin à développer plus fortement le vrac, le réemploi, les emballages consignés et les solutions de recharge lorsque celles-ci permettent une réduction réelle de matière.

L’étude ne dit pas que rien n’a été fait. Mais elle souligne l’écart entre les initiatives et l’ampleur du problème. Le principal enseignement est là : le plastique n’est pas seulement une anomalie visible dans quelques produits. Il reste une composante ordinaire du fonctionnement des supermarchés. Il faut donc une transformation profonde de l’offre : moins de bouteilles, moins de petits formats, moins de produits emballés par défaut, davantage de vrac et de réemploi.


*L’enquête repose sur une double méthode : un questionnaire adressé à onze enseignes nationales, généralistes et spécialisées dans le bio, et une enquête de terrain menée en février 2026 par les bénévoles de Que Choisir Ensemble dans 1 659 magasins. Les enseignes étudiées sont Aldi, Auchan, Biocoop, Carrefour, Coopérative U, E. Leclerc, Intermarché / Les Mousquetaires, La Vie Claire, Lidl, Monoprix et Naturalia. Les auteurs du rapport précisent que certaines enseignes n’ont pas répondu au questionnaire, notamment Aldi, E. Leclerc, Lidl et le groupe Casino, ce qui limite les comparaisons sur les stratégies déclarées.


Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page