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[Municipales] Michel Vila (Lutte Ouvrière) : « Mettre des petites graines dans les têtes des travailleurs »

Dans la campagne des élections municipales à Blois (15 et 22 mars 2026), certaines listes parlent de sécurité, de circulation, de culture ou d’équipements publics. La liste portée par Michel Vila, sous l’étiquette Lutte Ouvrière, s’inscrit dans un tout autre registre. Pour ce militant trotskiste, enseignant de profession, la campagne municipale est d’abord une tribune politique : un moyen de parler du capitalisme, de la guerre, et du rôle des travailleurs dans la transformation de la société.

Car pour lui, l’enjeu ne se situe pas vraiment dans les arbitrages municipaux. « Avoir un théâtre par-ci, un parking là-bas ou un réverbère à l’autre bout de la ville sera mineur par rapport à ce qui va nous tomber sur le coin du museau », affirme-t-il. À ses yeux, l’essentiel se joue ailleurs : dans les rapports entre capital et travail.

Une liste construite par le terrain

Comme pour chaque élection, Lutte Ouvrière présente une liste complète. À Blois, elle rassemble quarante-trois noms. Un défi organisationnel qui, selon Michel Vila, repose sur un militantisme patient. « On est un petit noyau motivé qui ne compte pas ses heures », explique-t-il. Depuis septembre, les militant·es ont multiplié les opérations de porte-à-porte, notamment dans les quartiers populaires et dans la ZUP. Cette méthode permet, selon lui, de rencontrer des personnes qui partagent au moins un point commun : la conviction que « ce sont les travailleurs qui font tout tourner », sans pour autant être réellement consulté·es sur les choix politiques.

Les personnes qui acceptent de figurer sur la liste ne sont d’ailleurs pas toutes militantes de Lutte Ouvrière. Certaines ne partagent pas l’ensemble de ses idées mais acceptent de donner « un petit coup de main ». Dans ce cas, explique-t-il, l’engagement est minimal : « Ça ne leur coûte ni du temps ni de l’argent. C’est simplement accepter d’être sur notre liste. »

Une campagne tournée vers les préoccupations des travailleurs

Dans ses échanges avec les habitant·es, Michel Vila dit constater un décalage entre les thèmes classiques des campagnes municipales et les préoccupations exprimées sur le terrain. « Ce dont les travailleurs parlent, c’est l’emploi, le pouvoir d’achat et la guerre », affirme-t-il.

Dans certains quartiers, notamment dans les zones populaires, ces questions domineraient largement les discussions. L’actualité économique locale nourrit également ces inquiétudes. Il cite notamment la fermeture annoncée d’Enerflux. Selon lui, cette décision pourrait laisser « 185 salarié·es sur le carreau », illustration, à ses yeux, d’un système économique qui impose aux travailleurs des cadences accrues et une insécurité permanente.

Dans cette perspective, la politique municipale apparaît comme un niveau d’action limité. Les décisions locales ne suffisent pas, selon lui, à corriger les déséquilibres structurels du capitalisme.

Toutefois, pour le local, il propose un mécanisme de « double référendum » pour les projets municipaux d’envergure. Les habitant·es seraient d’abord amené·es à se prononcer sur l’opportunité du projet, puis à choisir entre différentes options. Avec cette méthode, la passerelle sur la Loire à Blois, dont le coût est estimé à 17 millions d’euros, ne serait pas en chantier, assure le candidat LO.

Une critique globale du capitalisme

La campagne de Lutte Ouvrière à Blois s’inscrit en effet dans une critique globale du système économique. Pour Michel Vila, il ne s’agit pas seulement d’aménager le capitalisme, mais de le dépasser. « On ne peut pas mettre des garde-fous au capitalisme, parce qu’il a un tel pouvoir qu’il va les supprimer », estime-t-il. La perspective revendiquée par son organisation est celle d’une société communiste. Mais il insiste sur la distinction entre ce projet et les régimes qui se sont réclamés du communisme au XXᵉ siècle. « Ce n’est pas le communisme à la Staline ! », précise-t-il. Lutte Ouvrière se réclame du trotskisme, courant issu du mouvement communiste qui a combattu le stalinisme et dénoncé l’absence de démocratie dans l’Union soviétique. Michel Vila évoque ainsi « le communisme des origines », qu’il associe aux références théoriques de Karl Marx, de Lénine et de Trotsky.

La révolution comme horizon politique

Dans cette logique, les élections ne constituent pas, selon lui, le moteur des transformations sociales. « On ne pense pas que ce sont les élections qui vont changer les choses », affirme-t-il. Les avancées sociales, dans son analyse, ont toujours résulté d’un rapport de force favorable au monde du travail. Il cite plusieurs moments historiques : la Commune de Paris en 1871, le Front populaire en 1936, ou encore les mobilisations de Mai 1968.

Pour autant, le candidat LO insiste sur le fait que la révolution ne doit pas être assimilée à une violence généralisée. Selon lui, les épisodes les plus sanglants de l’histoire révolutionnaire sont liés aux réactions des forces opposées aux mouvements populaires. Il évoque notamment la répression de la Commune de Paris par les Versaillais ou l’intervention militaire étrangère contre les soviets après la révolution russe.

Un vote perçu comme un « sondage grandeur nature »

Si Lutte Ouvrière ne considère pas les élections comme un levier de transformation du système, la participation aux scrutins conserve néanmoins une utilité politique.

Pour Michel Vila, voter pour sa liste signifie exprimer un message : « Les travailleurs doivent être unis pour affronter leurs vrais adversaires », explique-t-il, désignant les capitalistes et les groupes économiques qui concentrent, selon lui, les pouvoirs financiers, économiques et médiatiques.

Les élections constituent également, à ses yeux, un moment particulier dans la vie démocratique. « Il n’y a pas beaucoup d’occasions où on nous demande notre avis », souligne-t-il. Dans cette optique, le vote fonctionne comme « un sondage grandeur nature », permettant de mesurer le niveau de soutien aux idées défendues par Lutte Ouvrière.

Depuis plus de cinquante ans, LO participe régulièrement aux élections. Les scores électoraux restent modestes, souvent situés entre 2 et 5 %. Pour Michel Vila, cette constance témoigne d’une motivation qui dépasse les ambitions de carrière politique. « On ne cherche pas à gravir les échelons pour devenir maire, député ou ministre », affirme-t-il.

Une vision internationaliste de la lutte sociale

La réflexion politique de Michel Vila dépasse largement le cadre national. Il affirme se sentir « plus proche d’un couvreur guinéen, d’un boulanger turc ou d’un ouvrier espagnol » que d’un grand actionnaire français. Cette approche s’inscrit dans une conception internationaliste du mouvement ouvrier. Les travailleurs partagent, selon lui, des intérêts communs qui dépassent les frontières nationales. Dans cette perspective, il estime que les transformations pourraient émerger dans des régions du monde où la classe ouvrière est particulièrement nombreuse, en Asie par exemple.

Une campagne pour transmettre des idées

Au-delà du résultat électoral, Michel Vila décrit sa campagne comme un travail de transmission politique. « On cherche à mettre des petites graines dans les cerveaux des travailleurs », explique le candidat. L’objectif n’est pas, selon lui, de remporter la mairie de Blois, mais de diffuser une analyse du monde et de préparer d’éventuelles mobilisations futures. Car, conclut-il, les crises économiques et sociales pourraient, à un moment ou à un autre, provoquer des mouvements collectifs imprévisibles.

« On ne sait jamais quand il y aura une fenêtre », dit-il. Mais si elle se présente, estime-t-il, il faudra que les travailleurs soient organisé·es pour orienter leur colère vers un changement de société.


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