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[Municipales] Le grand oral des candidats à la Maison de la BD

Dans les salles de la Maison de la BD, rue des Jacobins, les planches exposées et les affiches du festival bd BOUM servent de décor à une scène inhabituelle. À quelques jours du scrutin municipal, cinq des six candidats à la mairie de Blois ont accepté de venir exposer, chacun leur tour, leur vision de l’avenir de cet équipement culturel devenu en une décennie un acteur reconnu de la vie artistique locale.

Tout cela à la suite d’un communiqué publié sous un titre sans ambiguïté : La Maison de la BD en danger. Le texte faisait suite à la lecture de plusieurs programmes municipaux évoquant la possibilité de déplacer la structure. Pour les responsables de l’association, il devenait nécessaire de clarifier les intentions des candidat·es et d’entendre leurs projets directement.

Maison de la BD

La soirée a débuté par une visite des lieux. Puis, les candidats se sont succédés au pupitre bd BOUM pour un temps d’expression de dix minutes chacun.

Un équipement culturel né de l’histoire du festival bd BOUM

Avant que les discours politiques ne se lancent, Bruno Genini, directeur de bd BOUM, est revenu sur l’histoire de l’association et du lieu. Le festival est né en 1984 dans la mouvance de l’éducation populaire et de la Ligue de l’enseignement. À l’époque, l’événement était encore modeste et se déroulait déjà dans ces mêmes locaux de l’hypercentre blésois, dans une atmosphère artisanale que le directeur a évoquée avec humour. Au fil des années, le festival s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous nationaux de la bande dessinée. La création de la Maison de la BD en 2015 a marqué une nouvelle étape : celle d’un lieu permanent dédié à cet art. Depuis son ouverture, l’équipement accueille expositions, ateliers pédagogiques, résidences d’artistes et actions éducatives. Il a reçu environ 150 000 visiteurs et près de 20 000 élèves.

Maison de la BD

L’inquiétude exprimée par l’association bd BOUM

Si l’association a souhaité organiser cette rencontre, c’est parce que plusieurs programmes municipaux évoquent un possible déplacement de la Maison de la BD. Jean-Charles Henriquez, président de l’association, explique que cette perspective a surpris les responsables de l’association. « Se voir ainsi ciblé dans trois programmes différents est pour le moins inquiétant », explique-t-il. Pour l’association, la Maison de la BD n’est pas seulement un bâtiment bien situé. Elle constitue un projet culturel construit et étroitement lié au festival bd BOUM chaque mois de novembre.


Gildas Vieira : replacer la halle maraîchère au cœur du centre-ville

Premier candidat à intervenir, Gildas Vieira a immédiatement placé le débat dans une réflexion plus large sur l’avenir du centre-ville. Il explique que la question de la Maison de la BD s’inscrit dans un projet global de revitalisation urbaine. Un plan à 30 millions d’euros sur la mandature.

Gildas Vieira

Selon lui, la place Louis-XII occupait autrefois un rôle central grâce à la présence d’une halle maraîchère. « Je suis Blésois de très longue date et j’ai connu la halle ici », rappelle-t-il. « Les Blésois que nous avons rencontrés souhaitent que la halle maraîchère revienne à l’endroit où elle était. » Pour Gildas Vieira, cette réinstallation, avec des espaces de restauration, permettrait de recréer une dynamique commerciale et de renforcer la fréquentation du centre historique.

Il insiste sur le fait que la Maison de la BD ne serait pas supprimée mais relocalisée. « Elle garderait le même objectif, rien ne changerait dans sa programmation », affirme le candidat sans étiquette. Cette proposition s’inscrit dans un programme plus large de revitalisation du cœur de ville comportant « près de soixante mesures. » Pour lui, agir rapidement est essentiel. Selon son analyse, si aucune décision n’est prise, le centre-ville risque de perdre encore davantage de commerces, et sera mort d’ici deux ans.


Malik Benakcha : une stratégie globale pour sauver le centre-ville

Lorsque Malik Benakcha prend la parole, il commence par revenir sur la polémique suscitée par le communiqué de l’association. Le candidat explique qu’il aurait préféré que la rencontre organisée par bd BOUM ait lieu avant la publication du texte. Mais il insiste surtout sur le fond du débat. Selon lui, la question centrale n’est pas la Maison de la BD mais l’avenir du centre-ville.

Malik Benakcha

« L’installation de la halle maraîchère est un enjeu vital pour le centre-ville », explique le candidat de la droite et du centre. L’élu d’opposition rappelle que cette idée figurait déjà dans son programme de 2020. La tête de liste Unis pour Blois estime qu’une implantation plus cohérente avec les flux de visiteurs et les autres équipements culturels pourrait renforcer l’impact de la structure. Il évoque notamment la possibilité d’un site proche de la Halle aux Grains ou de la bibliothèque Abbé-Grégoire.

Au cours de son intervention, Malik Benakcha a également développé une réflexion sur les relations entre la municipalité et les associations. Il insiste sur la nécessité de garantir leur indépendance et propose la mise en place de critères transparents pour l’attribution des subventions.


Marine Bardet : réfléchir à une autre implantation

Troisième intervenante, la candidate du Rassemblement National a souligné l’importance du festival bd BOUM et de la Maison de la BD pour la vie culturelle de la ville. Selon elle, l’équipement joue un rôle important dans l’éducation artistique des jeunes et dans l’attractivité de Blois. En conséquence, Marine Bardet se dit favorable au maintien des subventions municipales (environ 118 000 euros) et considère que ces aides pourraient être augmentées si les projets le justifient.

Marine Bardet

Concernant la question des locaux, elle rejette clairement l’hypothèse d’un transfert à l’Hôtel-Dieu. En revanche, elle évoque la possibilité d’un site au Carré Saint-Vincent, à proximité de la future Maison de la Région. Selon elle, ce site présenterait plusieurs avantages, notamment en matière d’accessibilité. La présence d’un parking et la possibilité d’accueillir des bus scolaires faciliteraient la venue des classes et des visiteurs extérieurs.

Mais elle insiste sur la nécessité d’une concertation. Si elle était élue, explique-t-elle, une table ronde serait organisée pour examiner les besoins précis de la structure avant toute décision.


Marc Gricourt : défendre la cohérence d’une politique culturelle

Quatrième orateur, le maire sortant, qui a eu l’idée de cette Maison de la bd, a replacé la question dans la continuité des politiques culturelles menées depuis plusieurs années à Blois. Marc Gricourt a rappelé son attachement personnel à la culture, en homme de gauche, et a insisté sur la liberté laissée aux structures culturelles dans leurs choix artistiques. « Jamais je ne suis intervenu dans la programmation de ces institutions », affirme le maire et candidat.

Marc Gricourt

L’édile est ensuite revenu sur la création de la Maison de la BD. Selon lui, le choix de la rue des Jacobins s’est imposé parce que le bâtiment était disponible de deux ans et adapté aux besoins de l’association. Mais cette décision s’inscrivait aussi dans une stratégie plus large. L’objectif était de créer un parcours culturel reliant plusieurs institutions majeures de la ville. Ce parcours relie notamment la Fondation du doute, le château royal, le Muséum d’histoire naturelle et la Maison de la BD. Selon le maire sortant, cette stratégie a contribué à augmenter la fréquentation des sites culturels et à renforcer l’attractivité touristique de la ville.

Il souligne également la question financière. L’aménagement du bâtiment actuel a coûté environ 400 000 euros, alors qu’une reconstruction équivalente pourrait représenter plusieurs millions d’euros.


Nicolas Orgelet : construire les politiques culturelles avec les acteurs

Dernier candidat à intervenir, Nicolas Orgelet (Blois en commun) a insisté sur la méthode avec une formule nette : les politiques publiques, dit-il, sont réellement efficaces lorsqu’elles se construisent « avec les acteurs en place et pas à leur place ».

A ses yeux, Blois a la chance de concentrer en cœur de ville plusieurs lieux majeurs — le château, la Maison de la Magie, le Muséum, le musée d’Art religieux et la Maison de la BD — et considère que cette proximité peut constituer une véritable force. Elle participe, selon lui, à faire tenir ensemble culture, tourisme et vitalité commerciale.

Nicolas Orgelet (Blois en commun)

C’est dans ce cadre qu’il aborde la question du bâti. Le départ annoncé du restaurant universitaire lui semble ouvrir une possibilité de réflexion. Non pas pour attribuer immédiatement ce lieu à un seul acteur, mais pour poser la question plus largement : que faire de cet espace, alors que plusieurs institutions culturelles du centre-ville ont des besoins ? Il cite la valorisation des collections et des réserves du château, celles du Muséum et du musée d’Art religieux.

À partir de là, Nicolas Orgelet propose une méthode : réunir autour de la même table les structures culturelles concernées, avec les services de la Ville, afin de réfléchir ensemble à l’avenir de ce bâtiment. Pour lui, l’enjeu n’est pas de trancher seul, mais d’examiner collectivement si ce lieu pourrait servir à un agrandissement permanent ou temporaire de la Maison de la BD, notamment lors des périodes de forte affluence comme le festival, ou s’il pourrait répondre à d’autres besoins, voire permettre certaines mutualisations entre institutions. Il ne présente pas cela comme une décision arrêtée, mais comme une hypothèse de travail à instruire avec les acteur·rices concerné·es.


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