Le premier choc de Marilyn Monroe : sa grand-mère qui tente de la tuer

À l’occasion du centenaire de la naissance de Marilyn Monroe, Blois Capitale vous propose une série consacrée à la femme derrière la star. Non pour répéter ce que chacun croit déjà savoir, mais pour s’approcher de celle qui fut, à la fois, une création hollywoodienne et une femme réelle. Une icône, oui. Mais une icône n’est jamais seulement une image.
Avant Marilyn Monroe, il y eut Norma Jeane. Avant l’icône, avant le nom devenu mondial, il y eut une enfant née le 1er juin 1926 et placée très tôt sous le signe de l’abandon, de la honte sociale et de la violence familiale.
Son enfance fut impitoyablement dure. Norma Jeane, enfant illégitime, ne fut pas élevée par sa mère, Gladys, alors âgée de vingt-quatre ans. Bébé, elle fut mise en pension chez des voisins de sa grand-mère, la famille Bolender, contre cinq dollars par semaine. Elle y resta sept ans. Sa mère ne venait lui rendre visite que le samedi midi.
À partir d’octobre 1926, Della Monroe Grainger, sa grand-mère, prit parfois l’enfant chez elle, même si la garde officielle revenait aux Bolender. Della, que les récits biographiques présentent comme atteinte de troubles maniaco-dépressifs — ce que l’on nommerait aujourd’hui un trouble bipolaire — était sujette à de violents accès de colère. C’est lors de l’un de ces après-midi chez elle que survint le premier traumatisme rapporté dans l’enfance de Norma Jeane : sa grand-mère aurait tenté de l’étouffer, a priori en plaçant un oreiller sur sa tête. L’enfant n’avait qu’un an. La scène se serait produite durant l’été 1927.
En août de la même année, Della sombra définitivement dans la démence. Elle mourut peu après et fut enterrée le 25 août 1927, à Los Angeles, dans une tombe anonyme.
Ce que l’on rattache aujourd’hui au mythe Marilyn fut alors, pour Norma Jeane, un fardeau très concret. Arthur Miller, dans Apostrophes, a résumé cette blessure première avec des mots d’une grande dureté : « Elle a toujours été élevée par des étrangers. Des fanatiques religieux en plus. Étant donné qu’elle n’était pas légitime, comme on dit, elle portait le péché. Elle se l’attribuait. On lui a martelé cette chose, qu’elle était le fruit du péché, jusqu’à ses huit ou neuf ans. Elle portait un stigmate du fait même de sa naissance. Sa grand-mère a même essayé de la tuer en l’étouffant. Aujourd’hui, cela fait partie de son mythe. À l’époque, c’était un fardeau très lourd à porter, c’était très douloureux. »
Derrière Marilyn Monroe, il y eut donc d’abord Norma Jeane : une enfant confiée à des étrangers, marquée par l’illégitimité que l’époque faisait peser sur elle, et par une tentative d’étouffement attribuée à sa propre grand-mère. Avant la légende, il y eut cette enfance-là : une enfance sans protection, où la faute, l’abandon et la peur précédèrent la lumière.
>> A suivre : La descente aux enfers de Gladys Monroe


