Bruno Bianchi : I, 2026.

À la Galerie Wilson, à Blois, l’exposition collective de ce début d’année 2026 donne à voir des écritures artistiques très différentes. Certaines racontent, d’autres suggèrent, d’autres encore ouvrent des espaces de projection. La peinture de Bruno Bianchi s’inscrit résolument dans cette dernière catégorie. Elle interroge moins ce que l’on voit que ce qui nous traverse lorsque l’on regarde.
L’œuvre nouvelle – qu’il présente dans une des alcôves de la galerie blésoise – s’intitule I, 2026. Un titre volontairement neutre qui ne cherche ni à orienter ni à commenter. La toile porte simplement la trace de son apparition dans le temps : la première de 2026.
Un ressac pictural entre espace, temps et matière
Avec I, 2026, Bruno Bianchi opère un déplacement visible dans son travail. Le format, d’abord. Horizontal, allongé, il marque une rupture avec une série de petits triptyques présentés en arrière-plan de l’exposition. Un changement pour retrouver de la dimension. Le grand format libère une énergie. Il ouvre l’espace de la peinture, permet au mouvement de s’étendre, au regard de circuler.
Cette énergie est physique. Elle engage le corps du peintre autant que celui du spectateur. La peinture de Bruno Bianchi se construit par strates. Des dizaines de couches successives, parfois une cinquantaine, parfois bien davantage. Chaque couche ne recouvre pas la précédente : elle dialogue avec elle, la modifie, la met en tension. Le tableau devient un lieu de sédimentation.
L’artiste parle volontiers de ressac. Un mouvement qui va et vient sans cesse entre l’espace, le temps et la matière. Rien n’est figé. Tout se transforme. Et pourtant, l’image tient, dans une forme de densité presque organique.
Dans I, 2026, un motif déjà présent dans ses œuvres antérieures s’impose avec plus de force : la spirale. Là où elle n’était auparavant que partielle ou suggérée, elle se déploie ici pleinement, parfois même à plusieurs reprises au cœur du panneau central. Le regard est invité à entrer, à suivre le mouvement, à revenir.
I, 2026 : une peinture en expansion
Devant I, 2026, le regard est immédiatement happé par le mouvement. Le triptyque horizontal s’organise autour d’un panneau central plus large, qui agit comme un véritable champ de forces. Les deux volets latéraux ne ferment pas la composition : ils la prolongent. Ils donnent le sentiment que la peinture déborde de son propre cadre.
À distance, l’œuvre impose une vision d’ensemble puissante, presque cosmique. De près, elle révèle une densité extrême : strates visibles, accidents de matière, reprises, frottements. La surface n’est jamais lisse. Elle conserve la mémoire du temps et du geste. « Quand on s’approche, on voit qu’il y a une infinité de détails », confie l’artiste. Les zones sombres ne sont pas des vides. Elles concentrent la matière, absorbent la lumière, retiennent le regard avant de le relancer ailleurs. Le noir n’éteint pas la couleur : il la contient.
Le triptyque fonctionne alors comme un espace de circulation plus que comme une image à contempler frontalement. On n’est pas face à une scène, mais à un champ traversé de tensions, de rythmes, de retours. I, 2026 apparaît ainsi moins comme une œuvre close que comme un seuil, dans une recherche en cours.
Infiniment grand, infiniment petit
Face à ces toiles, un paradoxe s’installe. De loin, l’œuvre évoque l’infiniment grand. De près, elle révèle une multitude de micro-événements. « Il y a des infinimondes dans un infinimonde », dit Bruno Bianchi. Pour lui, l’infini n’est pas une réponse mais une question. « Je pense qu’on ne peut que se poser des questions par rapport à l’infini. Je n’apporte pas de réponses, parce que je ne les ai pas, et peut-être aussi parce que je n’ai pas envie de les trouver. » La peinture devient alors un espace d’interrogation plutôt qu’un lieu de solution.
Le noir comme densité
Une part essentielle du travail de Bruno Bianchi se joue dans les zones sombres. Des noirs profonds, épais, loin d’un noir uniforme. « Contrairement à ce que l’on peut croire, il y a une certaine luminosité dans le noir. » Le sombre devient ici un lieu de concentration, un noyau dense autour duquel la couleur s’organise. Certains y verront des trous noirs, d’autres des zones de bascule. L’artiste ne tranche pas. Il laisse l’interprétation ouverte, refusant toute assignation définitive.
Être traversé, puis offrir
Ce qui traverse toute la démarche de Bruno Bianchi, c’est cette idée d’être traversé. Non pas seulement par l’autre humain, mais par « l’Autre », au sens large. L’inexplicable. Ce qui ne se nomme pas. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant la place que j’occupe, mais comment se présente l’Autre », explique-t-il. Être traversé permet ensuite de produire, puis d’offrir. L’œuvre n’est pas faite pour rester dans l’atelier, mais pour vivre ailleurs. Lorsqu’une peinture est acquise, il ne parle pas de séparation, mais de lien. Un lien durable, presque à vie, entre celui qui peint et celui qui accueille l’œuvre.
I, 2026 n’est pas une fin. II, 2026 est déjà en cours. Dans la même veine, mais sous un autre angle.
📍 Galerie d’art Wilson — 23 avenue du Président-Wilson, Blois
📅 Jusqu’au 2 mars 2026 🆓 Gratuit — entrée libre – ♿ Accessible aux personnes à mobilité réduite 🕒 Du jeudi au dimanche, de 14h à 19h


