À Blois, les salariées du Planning Familial 41 en grève face à une situation “devenue invivable”

Devant les locaux du Planning Familial 41, rue des Écoles à Blois, une mobilisation ce 31 mars. Ce mardi est un jour de grève. Il exprime des mois de tensions internes, de départs répétés et de désorganisation, dans un moment de bascule marqué par la démission quasi totale du Conseil d’administration.
Un appel à la grève pour dénoncer un dysfonctionnement structurel
Le texte est lu à voix haute, feuille à la main. Il pose d’emblée le cadre. Les salariées du Planning Familial 41 disent une situation de travail « devenue invivable ». Elles évoquent un épuisement professionnel qui a conduit à de nombreux départs, dont un dixième récemment. Ce constat n’est pas présenté comme ponctuel, mais comme le signe d’un dysfonctionnement structurel dénoncé depuis plusieurs années.
C’est notamment l’accueil de jour qui est pointé. En trois ans, plus de cinq salariées ont quitté ce poste. Une instabilité qui, selon elles, « met en péril la continuité des suivis » et « dégrade la qualité de l’accompagnement proposé ». Le diagnostic est posé sans détour : les conditions de travail ne permettent plus d’assurer correctement les missions de l’association.

Artémisia : un accueil de jour sans salariée depuis un mois et demi
Au fil des prises de parole, un nom revient avec insistance : Artémisia. Cet accueil de jour, qui constitue un point central de l’activité, fonctionne actuellement sans salariée dédiée depuis un mois et demi. La collègue en poste a quitté ses fonctions, comme les précédentes, pour épuisement professionnel. Dans le même temps, l’activité, elle, ne diminue pas. « On a une moyenne de 15 femmes par jour, et autant d’enfants », témoigne Florine, une salariée gréviste. « Quinze personnes par jour qui restent la journée, c’est beaucoup pour une seule personne. » Bref, l’organisation actuelle repose sur un déséquilibre manifeste entre les besoins et les moyens humains disponibles. « Les salariées démissionnent pour la même cause : l’épuisement », lié aux conditions de travail.
Un engagement revendiqué, une mission fragilisée
Les salariées prennent soin de rappeler le sens de leur travail. « Nous considérons que notre travail est un engagement féministe », dit Nadia Baradji, conseillère familiale et conjugale du Planning Familial 41. Accompagner les personnes accueillies, permettre des choix éclairés en matière de droits, de santé sexuelle, de relations affectives. Mais aussi intervenir dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Ces missions sont décrites comme essentielles. Mais elles sont aujourd’hui mises en tension par les conditions concrètes d’exercice. « Ces missions ne peuvent être assurées correctement sans moyens humains suffisants. »
Sur le plan des effectifs, il y a aujourd’hui trois postes permanents : une conseillère conjugale et familiale, une administratrice en prévention et une coordinatrice administrative et financière. À cela s’ajoute un poste en CDD de conseillère conjugale et familiale, dont le renouvellement est incertain. Ce poste est pourtant présenté comme essentiel, notamment pour les entretiens, les animations et la prise en charge des violences sexistes et sexuelles.
Au-delà des conditions de travail, un autre point revient : la place des salariées dans les décisions. « Nos propositions et expertises sont souvent ignorées ou sous-évaluées. » Les salariées évoquent des concertations « de façade », dont les conclusions ne seraient pas suivies d’effet. Elles revendiquent d’être « réellement associées aux choix qui concernent leur travail, leurs missions et l’avenir de l’association ».
Les salariées formulent ces demandes : une augmentation des salaires de 6% ; l’embauche de deux personnes pour Artémisia ; la création d’un second poste de conseillère conjugale et familiale ; des moyens financiers adaptés ; une reconnaissance réelle de leur travail ; leur présence dans certaines instances décisionnelles.
Parmi les revendications figure donc la question salariale. Une augmentation aurait été obtenue en janvier 2026. Mais, « elle n’apparaît toujours pas sur nos salaires, et nous ne connaissons pas son montant », glisse Nadia Baradji. Une situation qui alimente le sentiment d’incertitude et de manque de reconnaissance.
La démission du Conseil d’administration, un point de rupture
L’un des éléments les plus marquants de cette séquence intervient en marge de la grève elle-même. Suite à l’annonce du mouvement, les salariées apprennent que la quasi-totalité du Conseil d’administration a démissionné. L’information ne leur est pas communiquée directement. « On l’a appris via un groupe WhatsApp de bénévoles, dans lequel les salariées ne sont pas. »
La démission du Conseil d’administration ouvre une situation inédite. « S’il n’y a plus de CA, ce sont les adhérents qui sont responsables de l’association », observe Laure Lagresa, coordinatrice administrative et financière au Planning Familial 41. Une assemblée générale extraordinaire est envisagée. « Ça va être nécessaire. Toute association doit avoir un bureau.
“You changed my life”
Au cours du rassemblement, une bénéficiaire des actions menées par le Planning Familial 41 prend la parole en anglais : « Je suis tellement heureuse parce que vous avez changé ma vie. Je vous suis reconnaissante à toutes. Depuis que je viens à Artémisia, toute ma vie a changé. » Quelques mots, simples, qui viennent rappeler l’impact concret du travail mené.
Pour que ce travail se poursuive comme il se doit, la mobilisation est appelée à se poursuivre. « Sans réponses rapides et concrètes, la mobilisation continuera », assure Laure Lagresa. Reste à savoir comment l’association, désormais privée de la quasi-totalité de son Conseil d’administration, pourra répondre à ces demandes et retrouver un fonctionnement stabilisé. Quoi qu’ilen soit, pour les salariées, une chose est déjà posée : les conditions et moyens actuels ne permettent plus de continuer comme avant.


