À la Galerie Wilson, une traversée de la création contemporaine

À Blois, la Galerie d’Art Wilson accueille jusqu’au 31 mai une exposition collective réunissant six artistes contemporains : Hélène Courtois-Redouté, Élodie Marpault, Marie-Thérèse Zink, Charles Pasino, Paskal Hotman et le photographe Éric Diot. Peinture expressionniste, travail du zinc, encres sur aluminium, photographie, compositions abstraites ou figures déconstruites : l’exposition propose moins une unité esthétique qu’un parcours sensible où chaque espace ouvre un univers distinct.

Hélène Courtois-Redouté, la nature reconstruite par la couleur
Chez Hélène Courtois-Redouté, la peinture repose d’abord sur la couleur et la construction des lignes. Ancienne graphiste, elle a repris la peinture à l’huile en 2010 après avoir longtemps travaillé dans les arts graphiques. Cette origine professionnelle demeure très perceptible dans ses compositions : les masses sont structurées, les ombres découpent l’espace avec netteté, les arbres deviennent presque des architectures.

Ses premières œuvres étaient centrées sur la figure humaine et le nu académique. Mais progressivement, la nature s’est imposée comme sujet principal. Forêts, chemins, arbres isolés ou paysages méditerranéens occupent désormais l’essentiel de son travail. Les personnages y subsistent parfois, mais sous forme de présences discrètes, presque absorbées par le paysage.

L’influence revendiquée de Gauguin ou de Cézanne apparaît dans les aplats colorés, les contrastes puissants et cette manière de reconstruire le réel plutôt que de le reproduire fidèlement. Les tableaux présentés à Blois jouent constamment entre lumière intense et zones d’ombre profondes. Les troncs s’y tordent comme des lignes de force tandis que les feuillages se dissolvent dans des vibrations colorées.
Les grands formats forestiers présentés dans l’exposition accentuent encore cette impression. Les arbres y prennent une présence monumentale. La lumière semble filtrer à travers les masses colorées plutôt qu’éclairer frontalement les scènes. Même lorsqu’elle représente un parc urbain ou un sous-bois, Hélène Courtois-Redouté transforme le motif en territoire émotionnel.
Charles Pasino, une peinture entre figuration et fragmentation
Charles Pasino apparaît dans l’exposition à travers une série de portraits et de figures humaines où dominent les couleurs chaudes et les formes déconstruites. Son travail s’inscrit dans une filiation qui évoque autant Matisse que certaines influences cubistes, sans jamais basculer dans l’abstraction complète.

Les visages et les corps demeurent reconnaissables, mais constamment retravaillés, déplacés, réinterprétés. Les carnations prennent des teintes inattendues : verts, jaunes, bleus ou rouges se mêlent dans une peinture très libre où la couleur semble parfois guider davantage la composition que le dessin lui-même.
L’ensemble conserve pourtant une forte présence humaine. Les personnages ne sont jamais totalement dissous dans la matière picturale. Ils gardent quelque chose d’énigmatique, parfois de silencieux, renforcé par les regards fixes ou les poses suspendues. Cette impression est accentuée par la manière dont l’artiste travaille ses tableaux : commencés puis laissés de côté, repris plus tard, parfois entièrement repeints. La peinture apparaît ici comme une recherche instable, un processus plus qu’un résultat définitif. Les œuvres exposées donnent ainsi le sentiment d’être traversées par plusieurs états successifs.
Marie-Thérèse Zink, faire œuvre avec le temps et l’oxydation
Avec Marie-Thérèse Zink, le matériau qui porte son nom devient le cœur même du travail artistique. Après vingt années consacrées à la peinture, l’artiste a paradoxalement découvert le zinc presque par hasard chez un ferrailleur. Depuis, elle travaille exclusivement cette matière ancienne récupérée sur des toitures, des gouttières ou des chéneaux parfois centenaires.

Ses œuvres ne cherchent pas à masquer l’origine industrielle du matériau. Au contraire, elles s’appuient sur son vieillissement naturel. Les couleurs visibles sur les plaques ne sont pas ajoutées artificiellement : elles résultent de décennies d’oxydation, de pluie, de mousse, de pollution ou de dépôts minéraux.
Cette approche donne aux œuvres une dimension presque géologique. Certaines surfaces évoquent des falaises, des horizons minéraux ou des paysages industriels abandonnés. D’autres rappellent des parois métalliques rongées par le temps. Les nuances de gris, d’ocre ou de brun produisent des effets proches de la peinture abstraite alors qu’il s’agit avant tout de matière brute.

Le rapport physique au matériau occupe une place essentielle dans sa pratique. Le zinc ancien peut être extrêmement fragile, parfois fin comme du papier, tout en exigeant un travail physique important. Cette tension entre puissance et délicatesse se retrouve dans les œuvres elles-mêmes. La sculpture présentée dans l’exposition prolonge cette logique. Le métal y devient presque organique, comme une structure en mouvement ou une forme vivante surgissant de la matière industrielle.
Élodie Marpault, entre encres, métal et paysages du voyage
Les œuvres d’Élodie Marpault occupent le centre de la galerie avec leurs formes métalliques courbes et leurs surfaces colorées. Plasticienne plus que peintre au sens classique du terme, elle travaille des encres sur aluminium, auxquelles elle ajoute parfois du sable ou d’autres matières. Une partie de son processus consiste à laisser les œuvres exposées aux intempéries. La pluie, le froid et le soleil modifient les surfaces avant qu’elle ne les retravaille ensuite. Comme chez Marie-Thérèse Zink, la nature intervient directement dans la fabrication.

Ses sculptures métalliques courbes évoquent des vagues, des coques ou des fragments de paysages flottants. L’artiste explique avoir progressivement éprouvé le besoin de plier les plaques d’aluminium, de leur donner du volume après avoir longtemps travaillé uniquement à plat.
Le voyage nourrit fortement son univers plastique. Les couleurs du Sénégal, de l’Afrique ou de l’Océanie traversent les œuvres exposées à Blois. Certaines compositions plus sombres évoquent également des paysages nocturnes ou minéraux, notamment autour de la Loire.
L’ensemble repose sur une forte dualité visuelle : surfaces noires ou métalliques opposées à des couleurs très lumineuses obtenues grâce aux encres Sennelier. Certaines pièces rappellent par leur élégance formelle l’esthétique design des années 1970 ou certains objets décoratifs modernistes.
Paskal Hotman, peindre le chaos contemporain
Dans les alcôves situées sur la droite de la galerie, les œuvres de Paskal Hotman introduisent une atmosphère plus narrative et plus politique. L’artiste mêle peinture, encre, transfert, empreinte et parfois gravure. Son univers visuel traverse aussi bien l’histoire de l’art que l’actualité contemporaine.

Les références aux grands maîtres sont nombreuses : Caravage, Francis Bacon, Dali ou Picasso apparaissent en filigrane dans certaines compositions. Mais ces influences ne prennent jamais la forme d’un hommage académique. Elles sont absorbées dans une peinture très libre, souvent agitée, où les figures se déforment et se fragmentent.
Les œuvres présentées à Blois montrent des personnages instables, des silhouettes fantomatiques, des visages brouillés ou des scènes saturées de couleurs violentes. Une série autour de Mickey et de l’« American Dream » détourne les figures populaires pour évoquer le désordre contemporain.
La peinture devient ici un moyen de traverser l’actualité, les conflits, les angoisses collectives ou les images médiatiques. Pourtant, le travail ne relève pas uniquement de la dénonciation. Il cherche aussi à transformer ce chaos en matière esthétique, à faire surgir une forme de beauté dans des images volontairement instables ou agressives.

Les grands formats les plus abstraits, traversés de lignes rouges et de formes flottantes, donnent presque l’impression d’un monde en recomposition permanente. D’autres œuvres, plus figuratives, conservent une dimension théâtrale héritée du parcours de comédien de l’artiste.
🎨 Exposition collective
📍 Galerie d’Art Wilson, 23 avenue du Président-Wilson, Blois
📅 Jusqu’au dimanche 31 mai 2026
🕑 Du jeudi au dimanche, de 14h00 à 19h00
🆓 Entrée libre et gratuite
♿ Galerie accessible aux personnes à mobilité réduite

