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Vanesa Bardelli expose l’empreinte d’un rêve

À la Galerie d’art Wilson, à Blois, une exposition collective réunit jusqu’au 2 mars 2026 six artistes contemporains aux pratiques et aux écritures visuelles distinctes. Photographie, peinture et vitrail y composent un parcours volontairement pluriel. Dans cet ensemble, le travail de Vanesa Bardelli, intitulé Ça se passe la nuit, installe un temps suspendu, un temps à part, où l’image agit comme une empreinte plus que comme un récit, comme une trace plus que comme une démonstration. Dès l’entrée, le texte mural pose le cadre : « Le temps s’arrête pour regarder en arrière. » Son exposition – dans l’alcôve centrale – est explicitement présentée comme née d’un rêve. Un rêve dont subsistent des fragments, des restes, des signes.

Le rêve comme point d’origine

Et c’est précisément parce qu’il s’agit d’un rêve que l’artiste argentine fait un choix qu’elle n’avait pas fait auparavant : proposer un texte à l’entrée de l’exposition, pensé comme un seuil. « C’était important de mettre des mots à l’entrée pour donner quelques clés, pour que le spectateur comprenne un peu où je vais, mais sans tout raconter. » Le texte n’a donc pas vocation à expliquer les images. Il ne les enferme pas. Il ne les précède pas comme une notice. Il sert à éviter une dérive trop sombre, trop opaque, tout en maintenant une zone d’indétermination. Il rassure sans neutraliser. Il oriente sans fermer. Cette écriture devient une part intégrante du dispositif, non comme commentaire, mais comme condition d’entrée dans l’univers proposé.

La robe : un souvenir sans corps

Au centre des photographies exposées, une robe verte revient, presque obsessionnellement. Vanesa Bardelli précise qu’il s’agit d’une robe trouvée dans la rue, à Paris, près de la Petite Ceinture. Une robe abandonnée, déjà chargée d’une histoire inconnue. « Tout de suite, ça m’a parlé. Ce sont des sujets qui me touchent, c’est à partir de cette émotion que je fais quelque chose d’artistique. »

Dans les images, cette robe n’est jamais portée. Elle est suspendue, déposée, installée dans des paysages naturels hivernaux : forêt dépouillée, sol humide, bois morts, végétation figée. Elle occupe la place du corps sans jamais chercher à le reconstituer. La robe conserve quelque chose du corps absent : le geste, le pli, le mouvement. Elle est à la fois trace et survivance. Elle n’incarne pas une personne précise. Elle laisse affleurer une présence sans jamais l’assigner. La couleur verte joue ici un rôle déterminant. Elle tranche avec la saison, avec le froid, avec les teintes brunes et grises de l’environnement. Elle attire le regard sans l’agresser. Elle agit comme un vestige vivant dans un monde figé.

Fragmentation et mémoire pétrifiée

À la robe s’ajoute un autre motif, plus déstabilisant : une jambe de mannequin, en plastique. Là encore, l’image vient du rêve. Elle introduit la fragmentation, la rupture, le corps morcelé. Vanesa Bardelli le dit sans détour : « Il y a quelque chose de cassé, d’arraché, de démembré. » Une sensation neutralisée par la matière même de l’objet. Le plastique est froid, lisse, artificiel. Il ne se dégrade pas. Il ne saigne pas. Il ne vieillit pas. Le texte d’exposition parle d’une « mémoire pétrifiée ». La jambe devient symbole de ce qui reste quand tout le reste s’en va.

Ce qui frappe dans Ça se passe la nuit, c’est l’absence systématique du corps. Là où des travaux antérieurs évoquaient le corps parlant, ici le corps s’est retiré. Et c’est précisément ce retrait qui ouvre l’espace de l’image. Vanesa Bardelli le formule ainsi : « Cette absence permet à l’imaginaire de s’inventer quelque chose. Chaque photo pourrait commencer par “Il était une fois…”. »

Vanesa Bardelli
Vanesa Bardelli au micro de RCF

La nostalgie traverse l’ensemble du travail de l’argentine. Une nostalgie que l’artiste reconnaît comme persistante, sans toujours en connaître l’origine. Elle évoque une dimension transgénérationnelle, des sensations qui viennent de loin, sans ancrage précis. Le passé n’est jamais situé historiquement. Il est diffus, flottant, comme dans un rêve. Car « le temps n’efface pas : il transforme. »


📍 Galerie d’art Wilson — 23 avenue du Président-Wilson, Blois
📅 Jusqu’au 2 mars 2026 🆓 Gratuit — entrée libre – ♿ Accessible aux personnes à mobilité réduite 🕒 Du jeudi au dimanche, de 14h à 19h


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