À Blois Capitale, un après-midi pour découvrir le tirage du Tarot de Marseille

Dimanche 5 avril 2026, de 15h à 18h, la boutique Blois Capitale accueille une animation consacrée au Tarot de Marseille. Un rendez-vous pensé comme un moment de découverte et d’échange autour d’un jeu ancien, de ses images, de ses symboles et de la manière dont un tirage peut ouvrir une lecture de soi.
Tirer les cartes du Tarot de Marseille semble d’abord tenir à presque rien : un jeu battu, quelques cartes tirées, puis retournées sur une table. Le geste est simple. Pourtant, ce n’est pas dans ce geste que réside l’essentiel. Le tirage commence réellement au moment où les cartes cessent d’être de simples images séparées pour entrer dans un rapport les unes avec les autres. Ce n’est pas telle carte, prise seule, qui importe le plus, mais la manière dont elles se répondent, se prolongent ou se troublent. Autrement dit, le tarot ne vaut pas seulement par les figures qu’il donne à voir, mais par la lecture qu’il oblige à construire.
Les arcanes majeurs du Tarot de Marseille ne racontent pas des histoires précises. Ils ne nomment ni faits ni circonstances. Ils présentent plutôt de grandes formes de l’expérience humaine, dans ce qu’elle a de plus nu et de plus reconnaissable. Le Chariot porte l’idée d’élan, d’avancée, parfois de volonté. La Justice fait apparaître la décision, la mesure, la nécessité de trancher. L’Ermite ouvre un temps de retrait, de recherche, de lucidité lente. La Lune introduit le trouble, l’incertitude, la part obscure. Le Soleil, au contraire, éclaire, rassemble, rend visible. Quant au Diable, il met en scène l’attachement, l’emprise, ce qui lie autant que ce qui retient.
C’est de là que vient la singularité du Tarot de Marseille. Ces figures sont assez vastes pour rencontrer des situations très différentes, mais assez dessinées pour ne pas se dissoudre dans l’indéterminé. Elles donnent une forme à ce qui se joue.
C’est cette combinatoire qui constitue le cœur du tirage. Une carte isolée reste ouverte. Deux cartes introduisent un rapport : progression puis hésitation, décision contrariée, attente suivie d’éclaircissement. À partir de trois cartes, une structure apparaît par agencement : ce qui pousse, ce qui freine, ce qui transforme.
Le symbole n’enferme pas
Un tirage n’est pas un verdict. C’est une composition. Et cette composition fait apparaître, dans l’ordre muet des images, quelque chose que le langage ordinaire peine souvent à saisir. Nous vivons entourés d’explications. Elles découpent, classent, nomment, commentent. Elles sont nécessaires, bien sûr. Mais elles laissent souvent intacte une part essentielle de l’expérience : sa forme sensible, sa logique intérieure, son dessin secret. On sait très bien raconter ce qui arrive. On sait moins bien dire dans quel type de moment on se trouve. Or c’est précisément ce que le symbole permet d’approcher.
Le tarot est précieux pour cela. Il oblige à penser par images. Une carte comme l’Hermite ne désigne pas seulement la solitude. Elle porte avec elle une manière d’avancer : lente, pauvre, lucide, presque austère. Une carte comme la Maison Dieu ne se réduit pas à l’idée de catastrophe. Elle donne à voir la rupture violente d’un ordre que l’on croyait stable, l’instant où ce qui tenait encore debout cesse soudain de tenir. La Force n’est pas seulement l’énergie ; elle est une maîtrise. La Roue de Fortune n’est pas seulement le changement ; elle est le rappel que rien ne demeure fixé dans la même position. Chaque figure rassemble ainsi, en une image compacte, toute une région de l’expérience humaine.
L’une des pauvretés du temps présent consiste peut-être à croire qu’on a compris une chose dès lors qu’on l’a nommée. Mais nommer n’est pas toujours saisir. C’est pourquoi le tarot échappe, lorsqu’on le prend un peu au sérieux, aux deux caricatures qui l’abîment. La première consiste à n’y voir qu’une superstition de salon, un appareil naïf de prédictions. La seconde, plus moderne, consiste à le réduire à un simple prétexte psychologique, une sorte de jeu projectif sans densité propre. Ni l’une ni l’autre ne suffisent. Car ce qui agit dans le tarot, ce n’est ni une mécanique magique grossière ni une pure fantaisie subjective. C’est la rencontre entre des figures symboliques très fortes et une conscience qui cherche à lire sa propre situation.
Le symbole, en effet, n’est jamais une décoration. Il est la forme vive. Voilà pourquoi il traverse les siècles. Une société peut changer ses techniques, son économie, ses habitudes ; elle ne se défait pas si facilement des grandes figures par lesquelles elle continue d’éprouver la chute, la patience, l’errance, la justice, le désir, le sacrifice, l’accomplissement. Il y a, dans les vieux jeux de tarot, quelque chose qui résiste à l’usure parce qu’ils touchent à ces noyaux persistants. Les costumes vieillissent, les couleurs varient, les interprétations se déplacent ; les images, elles, continuent d’opérer.
Encore faut-il comprendre comment. Une carte seule parle peu. C’est le tirage qui l’anime. Autrement dit, le sens ne réside pas dans un dictionnaire figé de significations, mais dans un agencement. Une carte d’élan voisine d’une carte d’arrêt ne dit pas la même chose que cette même carte placée auprès d’une figure d’aboutissement. Une image de rupture suivie d’une image d’équilibre raconte autre chose qu’une rupture enfermée entre deux cartes de perte. Le tirage est une syntaxe. Il ne juxtapose pas des emblèmes ; il organise une lecture.
Ce que révèle alors le tirage, ce n’est pas un futur déjà écrit. C’est souvent plus troublant : il révèle une logique en cours. Il montre qu’une période de vie peut être comprise comme une traversée, qu’un conflit peut être vu comme un nouage plutôt que comme un simple accident, qu’une attente peut avoir la dignité d’une épreuve, qu’un effondrement n’est pas seulement une fin, mais parfois la destruction nécessaire d’une forme usée. Le symbolisme n’adoucit pas le réel ; il lui rend son épaisseur.
Il faut même aller plus loin. Le symbole ne sert pas seulement à mieux comprendre ce que l’on vit ; il transforme la manière de le vivre. Dès lors qu’une expérience trouve une forme, elle cesse d’être tout à fait informe, donc tout à fait écrasante. Ce n’est pas rien. Ce qui angoisse, souvent, n’est pas seulement la douleur ou l’incertitude ; c’est leur caractère confus, insaisissable, sans figure. Le symbole, sans supprimer l’épreuve, lui donne des contours. Il rend pensable ce qui n’était jusque-là qu’éprouvé. Il introduit de l’intelligibilité là où il n’y avait qu’un heurt.
✨ Après-midi Tirage de Tarot de Marseille
📍 Blois Capitale, 16 rue Émile Laurens, Blois
📅 Dimanche 5 avril 2026
🕒 15h00 à 18h00
💶 Participation : 10 €
📌 Places limitées
✉️ Inscription obligatoire : bloiscapitale@gmail.com ou directement à la boutique. Merci de préciser la tranche horaire de votre venue : 15h à 16h : 16h à 17h ; 17h à 18h.


