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En avril, la Galerie d’Art Wilson entre nature profonde, regard et métamorphoses

Jeudi 2 avril, la Galerie d’Art Wilson, à Blois, lançait sa nouvelle exposition collective, visible jusqu’au 3 mai. Avec le printemps, il est question de renouveau, de recommencement, de reprise sensible du monde. C’est aussi cela que l’on trouve, dans la galerie en Vienne, avec six artistes qui travaillent la nature, la mémoire, la matière, le corps, la lumière ou le déplacement du regard.

Parmi les propositions, celle de Céléa, avec une peinture qui ne se contente pas d’offrir une image. Elle en propose deux. En pleine lumière, le tableau existe déjà, avec sa composition, ses textures, sa présence propre. Mais dans la pénombre, ou sous lumière noire, une autre œuvre apparaît, révélée par l’usage de pigments phosphorescents. La peinture change alors de régime. Ce qui était contenu, discret ou souterrain en plein jour prend une autre place dans l’obscurité. L’œuvre se prolonge.

Céléa

Avant la couleur, Céléa travaille la texture. Elle prépare ses toiles par ajouts successifs, en intégrant à la surface des éléments issus aussi bien des médiums picturaux que d’objets ou matériaux de la vie quotidienne. Tissu, gaze, sable, marc de café : ces insertions fabriquent un relief, une trame, une densité qui orientent ensuite la peinture elle-même. Le choix du format carré participe de cette logique. Il agit comme un cadre de contention, une manière de contenir une dynamique intuitive qui pourrait sinon se disperser. À l’intérieur de ce cadre, reviennent aussi des cercles, parfois visibles, parfois discrets, parfois perceptibles seulement dans l’obscurité. Ils traversent les toiles comme une signature.

Élodie Ferré

Chez Élodie Ferré, la nature prend une forme tout autre. Plus retenue, plus minutieuse, plus intérieure aussi. Son travail, à l’aquarelle et à l’encre de Chine, s’organise largement autour de l’arbre, souvent inscrit dans un cercle ou un médaillon. Ainsi, il devient une forme condensée de vie, presque emblématique, où se nouent plusieurs plans de lecture. Ce que l’on voit d’abord, c’est l’extrême finesse du trait, la précision patiente de l’exécution, la maîtrise d’un geste. Cette précision procède d’un apprentissage ancien de la plume, acquis dès l’enfance, avec une pratique exigeante des pleins et des déliés. Mais ce qui donne sa profondeur à l’ensemble, c’est la place occupée par les racines. Un symbolisme puissant. Chez Élodie Ferré, elles comptent presque davantage que l’arbre lui-même. Elles sont le lieu d’une symbolique de l’ancrage, de l’équilibre, de la continuité entre le bas et le haut. Les racines deviennent branches, les branches deviennent racines.

José Bachir

Avec José Bachir, l’exposition se déplace vers une autre forme de trouble.Il est photographe, mais ses œuvres déjouent d’emblée ce que l’on croit attendre de la photographie. Devant elles, une question revient : comment cela peut-il être une photo ? Ce doute appartient pleinement à la démarche. José Bachir ne travaille pas à effacer le réel, mais à le présenter autrement. Sa photographie puise dans la perspective, les surfaces, la géométrie, la matière, les couleurs, pour faire advenir des images qui se tiennent à la lisière de l’abstraction sans jamais cesser d’être issues du monde.

Il y a, dans ses compositions, quelque chose de très architectural. Des lignes franches, des aplats, des rythmes, une recherche de pureté qui organise fortement l’image. La lumière y joue un rôle central, tout comme le bleu, auquel l’artiste parisien rattache aussi l’une des origines de sa pratique. L’un des moments fondateurs de son regard se situe dans les Cyclades, à Amorgos, dans un petit port de pêche où s’est imposée, il y a plus de quinze ans, une manière nouvelle d’observer.

Végouz

Cette question de regard prend, chez Vegouz, une forme plus directement figurative, mais non moins complexe. Son travail s’articule autour de figures féminines qui s’imposent immédiatement par leur stylisation, leur dépouillement et leur retenue. Ce que l’artiste blésois cherche ici, c’est une forme de féminin. Les figures qu’il construit sont fortes, fragiles, parfois androgynes, tendues vers une présence intérieure plus que vers un affichage. L’évolution de son travail est nettement perceptible. Les premières compositions relevaient davantage de la ligne claire, du noir et blanc, d’un certain minimalisme frontal. Progressivement, la matière s’est épaissie. Le fond s’est enrichi de textures, de passages au couteau, de dégradés, de nuances qui viennent donner au personnage une profondeur nouvelle.

Ses tableaux reposent largement sur l’idée d’une communication non verbale. Le visage y joue un rôle fort, bien sûr, mais il n’est pas seul. Le corps, la posture, la gestuelle, et même le pied, occupent une place importante dans cette recherche. Il y a là l’idée que quelque chose échappe toujours au contrôle, trahit ce que le visage retient, dit autrement. Les personnages de Vegouz se tiennent souvent dans cette tension : ils paraissent maîtrisés, presque fermés, mais quelque chose passe malgré tout, quelque chose affleure, quelque chose traverse la surface lisse de la retenue. Dans la série Vue intérieure, chaque toile semble être comme une nouvelle étape de cette recherche sur le féminin, sur sa force, sa fragilité, sa dimension monumentale parfois, sans jamais perdre la finesse qui en constitue le noyau.

Jean Coutier

Avec Jean Coutier, la photographie revient, mais sur un autre chemin encore. Photo, tableau, photo-tableau ? Jean Coutier part bien d’un cliché, d’un moment saisi, d’un fragment de réel fixé par l’appareil. Mais il ne s’en contente pas. La photographie n’est pas chez lui un aboutissement. Elle devient une matière première. Ce qui l’intéresse, c’est de partir de la réalité pour conduire vers le rêve. La photo entre dans un processus de déstructuration, de transformation, de déplacement. Elle devient matériau de recomposition.


Exposition — Galerie d’Art Wilson, Blois
📅 Jusqu’au 3 mai 2026
📍 23 avenue du Président Wilson, Blois
🕒 Du jeudi au dimanche, 14h–19h — Entrée libre
♿ Accessible aux personnes à mobilité réduite


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