DécouvrirImmobilierVie locale

Ce que serait devenu le prolongement de l’avenue Maunoury sans la crise de 1929

Avec des « si » il n’y aurait plus d’arbres dans les forêts de Sologne… Mais certains si ne relèvent pas de la spéculation gratuite. Ils sont consignés dans des archives, dessinés sur des plans, portés par des ingénieurs dans une époque convaincue que l’avenir pouvait — et devait — s’écrire à grande échelle.

À la fin des années 1920, Blois s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. Dans un contexte national marqué par la foi dans le progrès, l’urbanisme et la modernité, un projet d’une ampleur inédite voit le jour : le prolongement monumental de l’avenue Maunoury jusqu’à Saint-Denis-sur-Loire. Un projet aujourd’hui presque oublié, mais dont les documents d’époque révèlent la démesure. À travers lui, c’est toute une vision de la ville du XXe siècle qui se dessine — une ville pensée pour la circulation, le loisir, la santé et le prestige.

Pourquoi à cet endroit ? Saint-Denis-sur-Loire possède alors un atout majeur : ses anciennes fontaines médicinales. Connues depuis l’époque moderne, elles avaient déjà fait l’objet d’une exploitation au XIXe siècle, avant de tomber à nouveau dans l’oubli après la guerre franco-allemande de 1870. Dans les années 1920, ce passé thermal ressurgit comme une opportunité économique.

Image saintdenissurloire.fr

Cette période correspond à un moment clé de l’histoire de l’urbanisme français. Les villes cherchent à s’adapter aux mutations rapides de la société : développement de l’automobile, nouvelles attentes sanitaires, séparation des fonctions urbaines, élargissement des voies de circulation. L’urbaniste Ernest Hébrard, figure majeure de l’époque, incarne cette pensée moderne. Son approche repose sur des axes monumentaux, des perspectives ordonnées et une ville conçue comme un ensemble rationnel, lisible et hygiéniste. C’est dans ce climat intellectuel que s’inscrit le projet blésois.

En 1928, la Société foncière et immobilière de Blois et Saint-Denis, dotée d’un capital de 2,5 millions de francs, présente une plaquette illustrée détaillant l’aménagement envisagé. L’élément central du projet est le prolongement de l’avenue Maunoury par une avenue de soixante mètres de large, reliant directement Blois à Saint-Denis-sur-Loire.

Cet axe structurant devait être bordé de constructions monumentales : buildings, immeubles de prestige et maisons bourgeoises. Il s’agissait de la création d’un véritable boulevard moderne, pensé comme une vitrine urbaine. Selon les documents, cette nouvelle station thermale devait accueillir jusqu’à 50 000 curistes par an, ce qui impliquait la création d’un tissu urbain entièrement nouveau. Le projet prévoyait notamment un casino, plusieurs palaces et hôtels, de vastes squares, avenues et boulevards paysagers. L’ambition dépassait largement la seule question de la santé : il s’agissait de créer une véritable ville de loisirs. Étaient ainsi envisagés une plage de sable fin aménagée en bord de Loire, un golf, un hippodrome, un autodrome, un vélodrome, un club nautique, un aérodrome. Un vaste domaine réservé aux chasses traditionnelles complétait cet ensemble, révélant le public visé : une clientèle fortunée, nationale et internationale.

Mais cette ambition avait un prix. Le coût total du projet est alors estimé à 63 250 000 francs, une somme considérable pour l’époque. À cette fragilité financière s’ajoute un événement majeur : la crise économique mondiale de 1929. L’effondrement des marchés, la raréfaction des capitaux et la prudence soudaine des investisseurs mettent brutalement fin aux grands projets spéculatifs. Le prolongement de l’avenue Maunoury ne dépassera jamais le stade du papier.

Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Blois Capitale

GRATUIT
VOIR