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Nouvelle ère et nouveaux besoins aux Restos du Cœur du Loir-et-Cher

Depuis plusieurs années, les Restos du Cœur du Loir-et-Cher avancent sur une ligne de crête. L’activité ne cesse d’augmenter, la précarité s’étend à des publics toujours plus larges, tandis que l’organisation départementale fonctionne sans gouvernance élue stable. Ce déséquilibre, installé dans la durée, a fini par fragiliser à la fois le fonctionnement interne, l’engagement bénévole et la capacité de l’association à absorber un volume d’activité devenu massif, notamment à Blois, où se concentre l’essentiel des flux.

Face à cette situation, l’Association nationale a décidé d’intervenir directement. Pascaline Noury a été nommée administratrice déléguée du Loir-et-Cher à compter du 1er janvier 2026, non à la suite d’une élection locale, mais pour pallier une carence de gouvernance qui dure depuis près de cinq ans. Elle assume aujourd’hui un rôle de pilotage transitoire, dans un cadre contraint, à la tête d’une structure appelée à se stabiliser sans rompre avec son modèle. « Je fais office de présidente, mais je ne suis pas présidente », rappelle-t-elle, soulignant la nature exceptionnelle de cette mission. À ses côtés, Valérie Pollet intervient à un autre niveau du même diagnostic. Chargée de mission, elle est explicitement mobilisée sur la gestion des conflits et l’accompagnement de la conduite du changement. Une fonction révélatrice des tensions accumulées et de la nécessité de reconstruire des cadres, des pratiques et de la confiance.

Au-delà des personnes, c’est donc une organisation entière qui est en jeu : sa capacité à désengorger un centre de distribution saturé, à maintenir une aide alimentaire gratuite dans un contexte de pénurie, à répondre à une demande qui dépasse désormais le million de repas distribués par an, et à recréer les conditions d’un engagement bénévole durable. Plus qu’un passage de relais, la période ouverte début 2026 engage l’avenir même des Restos du Cœur du Loir-et-Cher.

Restos du Cœur du Loir-et-Cher

La collecte nationale : enjeu vital

À court terme, une échéance concentre toutes les attentions : la collecte nationale, prévue les 6, 7 et 8 mars. Trois jours décisifs pour l’équilibre de l’association. « C’est le temps fort de l’année », rappelle Pascaline Noury. La collecte représente environ un tiers des besoins annuels en denrées alimentaires. En 2025, elle a permis de collecter 47 tonnes dans le Loir-et-Cher. L’objectif est clair : faire au moins aussi bien.

Mais cette collecte repose presque entièrement sur la mobilisation bénévole. Il faut assurer des permanences dans une soixantaine de magasins sur l’ensemble du département, expliquer la démarche, distribuer des flyers, répondre aux questions, recruter, et bien sûr collecter.

Le besoin est chiffré : 100 à 200 bénévoles supplémentaires seraient nécessaires pour couvrir l’ensemble des créneaux. Faute de quoi, certains magasins resteront sans présence. Et chaque absence se traduit par moins de dons. « S’il y a des magasins que l’on ne couvre pas, ça veut dire moins de denrées. » Sans cette collecte, l’association n’a guère de marge de manœuvre. « On serait obligés d’acheter. Or aujourd’hui, on n’a pas d’argent. »

Restos du Cœur de Blois

L’activité en hausse : plus d’1,1 million de repas dans le 41

En 2026, les Restos du Cœur du Loir-et-Cher dépassent 1,1 million de repas distribués. L’année précédente, le chiffre était déjà proche du million. Cette augmentation n’est pas ponctuelle. La précarité progresse de manière continue, sur l’ensemble du territoire. Blois, Vendôme, Salbris, Romorantin, Lamotte-Beuvron : partout, les équipes constatent une hausse du nombre de personnes accueillies.

À Salbris, ouvert il y a deux ans, le nombre de familles suivies a été multiplié par quatre. À Lamotte-Beuvron, la tendance est la même. « Il n’y a plus de territoire épargné. » Les profils évoluent également. Aux publics historiquement accompagnés s’ajoutent désormais des salariés précaires, des étudiants, des retraités aux pensions modestes, et de nombreuses mères seules avec enfants. « Le public est beaucoup plus large qu’on ne l’imagine », explique Pascaline Noury.

Dans le 41, une nouvelle ère après l’instabilité

Des besoins massifs appellent des équilibres internes solides. Or, dans le Loir-et-Cher, les Restos du Cœur ont traversé une période prolongée de carence de gouvernance. Cinq années d’instabilité ne sont pas sans conséquence pour une structure de cette envergure : elles engendrent des dysfonctionnements, nourrissent des tensions internes, brouillent les repères des bénévoles et fragilisent l’organisation dans son ensemble.

Valérie Pollet en observe les effets à travers la question de l’image. Une image altérée par des difficultés humaines persistantes et une instabilité durable, qui finit par décourager l’engagement bénévole, pourtant indispensable au fonctionnement quotidien de l’association. C’est aussi pour rompre avec cette spirale que les Restos du Cœur ont choisi de prendre la parole publiquement : pour affirmer qu’une nouvelle phase s’ouvre, portée par l’arrivée de Pascaline Noury, « quelqu’un qui connaît la maison » et qui a déjà mené ce type de mission.

Encore faut-il, pour inscrire cette transition dans la durée, trouver des personnes capables de s’engager dans la gestion de l’association départementale, là où se joue désormais l’équilibre entre continuité de l’action et stabilisation interne. « On a besoin de compétences », explique Valérie Pollet. Communication, ressources humaines, hygiène et sécurité alimentaire : autant de missions clés pour lesquelles l’association cherche des profils prêts à s’engager.

Blois, point de tension : un centre unique, un flux massif

Au-delà de la gouvernance, la principale difficulté du Loir-et-Cher est géographique et organisationnelle. Elle se concentre très clairement sur Blois.

Le département compte plus de 6 000 familles accueillies par les Restos du Cœur. Or, 61 % d’entre elles sont suivies sur un seul et même site : le centre de distribution de Blois. Un centre décrit comme « assez énorme », tant par sa taille que par les flux qu’il absorbe.

Cette concentration crée des conditions de fonctionnement difficiles. « Blois draine énormément de monde, dans des conditions qui ne sont pas toujours favorables », explique Pascaline Noury. Les locaux ne sont pas adaptés à un tel volume, certains aménagements pourraient être améliorés, et la pression sur les équipes bénévoles est constante.

Ce qui rend la situation singulière, c’est la comparaison avec d’autres territoires. À Châteauroux, pour un volume comparable de personnes accueillies, l’activité est répartie sur cinq centres. À Tours, le dispositif est similaire : un centre important, certes, mais pas unique. À Blois, en revanche, tout converge vers un seul point.

Désengorger Blois : une solution identifiée, mais conditionnée

La solution est identifiée depuis longtemps, et elle est aujourd’hui clairement assumée : désengorger le centre de Blois. « Idéalement, il faudrait deux ou trois centres », explique Pascaline Noury, pour répartir les flux, améliorer l’accueil et permettre une meilleure organisation du bénévolat.

Mais cette solution se heurte à un obstacle majeur : les locaux. Les Restos du Cœur ne sont pas propriétaires de leurs centres de distribution. Ils dépendent des mises à disposition, le plus souvent par les collectivités. À Blois, le local actuel est mis à disposition par la Ville. L’ouverture d’un second centre supposerait donc un engagement clair de la collectivité.

Gratuité, choix de modèle, contraintes

Les Restos du Cœur revendiquent un principe fondamental : la gratuité totale de l’aide alimentaire. Une différence assumée avec d’autres dispositifs, comme les épiceries sociales, qui peuvent demander une participation financière.

Ce choix n’est pas sans conséquences. Face à l’augmentation des besoins, l’association a dû revoir ses barèmes. « On ne peut pas servir tout le monde de la même manière. » L’aide alimentaire ne couvre pas l’ensemble des repas hebdomadaires. Elle s’inscrit dans un équilibre fragile, destiné à toucher le plus grand nombre possible. D’où l’enjeu de la collecte les 6, 7 et 8 mars 2026.

Restos du Cœur du Loir-et-Cher

Accueillir, accompagner, ne jamais laisser repartir sans rien

Une règle ne souffre aucune exception : personne ne repart sans rien. Lors du premier passage, un colis de dépannage est systématiquement remis, même avant l’instruction complète du dossier. « On accueille les gens chaleureusement, autour d’un café. » La situation est étudiée, les charges prises en compte, le reste à vivre calculé, et un nombre de repas attribué en fonction de la composition familiale.

Si la personne est éligible, l’aide s’inscrit dans la durée, avec une distribution régulière. Et lorsque les difficultés dépassent le seul cadre alimentaire, les équipes orientent vers d’autres structures. Justice, démarches administratives, retour à l’emploi : « On ne laissera jamais tomber quelqu’un. »

La rue : une aide sans condition

Certaines actions échappent totalement à la logique de dossier. C’est le cas des distributions de rue, assurées tous les midis et le jeudi soir, notamment autour de la gare de Blois et en bord de Loire. Ici, il n’y a aucune condition. « Zéro », insiste Pascaline Noury. Pas de justificatif, pas de question. « On donne la soupe, point. » Une aide immédiate, assumée comme telle, et encore trop méconnue du public.

Les volets méconnus : insertion et petite enfance

Ce coup de projecteur sur les Restos du Cœur du Loir-et-Cher est aussi l’occasion de mettre en lumière des actions moins visibles, mais structurantes. Parlons des Jardins du Cœur, d’abord, sur 7 à 10 hectares mis à disposition par la Ville de Blois. Ils permettent à des personnes en contrat d’insertion de reprendre pied dans le monde du travail. La Petite Ruche, ensuite, structure d’insertion proposant des services d’aide à la personne, d’entretien de jardins ou de déménagement. Avec les chantiers d’insertion, ces dispositifs peuvent concerner jusqu’à 60 salariés.

Autre axe renforcé : la petite enfance. Face à un constat national alarmant sur la reproduction de la précarité, les Restos du Cœur ont élargi leur aide alimentaire dédiée aux enfants de 0 à 3 ans. À Blois, cela concerne plus de 400 bébés. Alimentation spécifique, produits frais, accompagnement des parents : un travail de fond, discret mais essentiel.


👉 S’engager comme bénévole

Pour participer à la collecte nationale des Restos du Cœur du Loir-et-Cher (6, 7 et 8 mars), les personnes souhaitant s’inscrire peuvent écrire à :
📩 ad41.collecte@restosducoeur.org

Pour toute demande concernant le bénévolat tout au long de l’année ou pour toute autre information, le contact est :
📩 ad41communication@restosducoeur.org


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