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Aux Lobis : Woman and Child, Le Son des souvenirs et de grands récits humains

Cette semaine, la programmation des Lobis trace une ligne claire : regarder le monde en face, à hauteur d’êtres humains, dans ce que les relations familiales, amoureuses ou sociales ont de plus intime — et de plus politique.

Woman and Child – Famille, pouvoir et fractures intimes

Présenté en compétition à Cannes, Saeed Roustaee signe avec Woman and Child son quatrième long métrage, après La Loi de Téhéran et Leila et ses frères. Le film s’ancre au cœur d’une société iranienne encore profondément structurée par des rapports de domination entre hommes et femmes, où le patriarcat façonne aussi bien les relations familiales que les institutions.

À travers le destin de ses personnages, le réalisateur aborde de front plusieurs thématiques : le deuil, le rapport à la maternité, les tensions entre générations, dans un monde sommé d’évoluer. La corruption, omniprésente, apparaît comme une gangrène qui continue de ronger le pays à de nombreux niveaux. Woman and Child déploie ainsi un récit à la fois politique et intime, plongeant le spectateur au cœur d’une famille traversée par des guerres silencieuses, où les conflits intérieurs résonnent avec les fractures d’une société tout entière.

Le Son des souvenirs – L’amour, la musique et le temps

Coup de cœur de la semaine de Laëtitia Scherier — et de ce début d’année — Le Son des souvenirs était lui aussi en compétition à Cannes en 2025. Il s’agit du sixième long métrage du réalisateur sud-africain Oliver Hermanus, qui réunit Paul Mescal et Josh O’Connor, deux figures désormais incontournables du cinéma indépendant.

Adapté de la nouvelle The History of Sound de Ben Shattuck, le film suit la rencontre entre un jeune chanteur originaire du Kentucky et un étudiant en composition musicale au conservatoire de Boston. Leur relation se construit autour d’une passion commune pour la musique traditionnelle et les chants folkloriques, qu’ils entreprennent de collecter dans les forêts et les îles du Maine, après la Première Guerre mondiale.

Le son y occupe une place centrale : musique intra- et extradiégétique, voix, bruits, silences deviennent des vecteurs de mémoire, des moyens de préserver un héritage immatériel menacé par le temps. Le film est également une histoire d’amour, belle et tragique, confrontée aux normes sociales de son époque. Paul Mescal résume lui-même le cœur du film par cette question : « Et si votre premier amour était votre grand amour ? » et interroge ce que signifie réellement aimer — la durée d’une vie partagée ou l’intensité du temps vécu ensemble. Porté par des performances d’une justesse bouleversante, Le Son des souvenirs s’impose comme un passage essentiel pour celles et ceux qui n’auraient pas encore été rassasiés de Paul Mescal après Hamnet et de Josh O’Connor après The Mastermind.

James et la pêche géante – L’imaginaire comme refuge et émancipation

Ressortie de James et la pêche géante, réalisé en 1996 par Henry Selick, d’après le roman de Roald Dahl. Le film débute en prises de vues réelles avant de basculer dans une animation de marionnettes en stop-motion. Recommandé à partir de 7–8 ans, le récit utilise le voyage dans un monde imaginaire comme échappatoire, mais surtout comme métaphore de la reconstruction et de l’émancipation d’un enfant confronté à l’adversité. Un film à hauteur d’enfance, où l’imaginaire devient une force de survie et de transformation.

Sa majesté des mouches – Enfance, violence et perte des repères

Enfin, en séance unique, Sa Majesté des mouches de Peter Brook sera proposé avec un ciné-débat mardi 3 mars à 18h30, animé par l’École de la nature et du paysage dans le cadre des Discussions de la chocolaterie. Adapté du roman de William Golding, le film, sorti en 1963, est devenu un classique incontournable.

Il suit un groupe de jeunes garçons britanniques, survivants d’un crash aérien, livrés à eux-mêmes sur une île déserte. D’abord organisés selon des règles démocratiques, ils sombrent progressivement dans la violence. Le film repose sur une idée radicale : privés de structures sociales, les enfants recréent rapidement des systèmes de domination, d’exclusion et de brutalité. En montrant des enfants — figures traditionnelles de l’innocence au cinéma — capables d’une cruauté extrême, le film trouble profondément. L’île, loin d’être un paradis exotique, devient un espace hostile, théâtre d’une régression morale inexorable. Un film indispensable, à voir au moins une fois dans sa vie.


Plus d’informations : blois-les-lobis.cap-cine.fr


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