Entre permanences d’écoute et conférence-débat : PAB41 veut aider les parents à « desserrer l’étau »

Le jeudi 28 mai prochain, l’Espace Jorge-Semprún, à Blois, accueillera une conférence-débat gratuite avec le pédopsychiatre et psychanalyste Bernard Golse autour d’une question devenue profondément contemporaine : comment être parent aujourd’hui, au milieu des recommandations contradictoires, des injonctions éducatives permanentes et d’une fatigue familiale souvent silencieuse ?

Organisée par l’association blésoise PAP41 – Les Pâtes au Beurre, cette soirée prolongera un travail mené toute l’année dans une relative discrétion : accueillir des parents en difficulté, sans rendez-vous, anonymement, gratuitement, autour d’une table de cuisine, avec des professionnels du soin. Car derrière les discours sur la parentalité positive, les conseils éducatifs omniprésents et les méthodes diffusées à longueur de réseaux sociaux, ce sont souvent les mêmes phrases qui reviennent dans les permanences de l’association : « Je n’y arrive plus. » « Je n’en peux plus. » Des paroles d’épuisement, parfois de culpabilité, que les accueillants entendent depuis trois ans dans cette antenne blésoise inspirée d’un dispositif né à Nantes il y a plus de vingt-cinq ans.
Une cuisine plutôt qu’un cabinet
« Les Pâtes au Beurre », à l’origine, est une idée développée par la psychologue et psychanalyste Sophie Marinopoulos. Confrontée aux délais d’attente dans les structures médico-psychologiques pour enfants, elle imagine un lieu capable d’accueillir rapidement les familles. « Elle avait fait le constat qu’il y avait un manque pour recevoir assez rapidement des familles, des parents qui demandaient de l’aide pour leur enfant », explique Frédéric Tagu, président de PAP41.
Le nom, original et amusant, n’a rien d’anodin. La fondatrice avait « troqué son bureau pour une cuisine ». Une manière de casser les codes du cabinet classique pour créer un espace plus simple, plus humain, moins intimidant. À Blois, le principe reste le même. Les familles sont reçues autour d’une table de cuisine, dans un cadre volontairement convivial. « On y tient », insiste Frédéric Tagu.
Trois permanences sont aujourd’hui proposées chaque semaine : le lundi de 17h30 à 19h30, le mercredi après-midi (15h-17h) et le jeudi matin, de 10h à midi. Les parents peuvent venir seuls, en couple, avec leurs enfants, leurs adolescents, sans inscription préalable. « On vient comme ça, on sonne, on rentre. » L’accueil est gratuit, anonyme et assuré par des professionnels diplômés : psychologues, psychanalystes ou psychomotriciens. Deux accueillants sont présents à chaque permanence.

« Nous ne donnons pas de conseils », préviennent-ils. Leur travail consiste plutôt à ouvrir des espaces de réflexion avec les familles, sans imposer de méthode. « Les parents arrivent souvent avec une demande de solution immédiate. Notre travail, c’est plutôt d’essayer de penser avec eux ce qui se passe », explique la psychologue Claude Landsberg.
Lorsqu’un parent évoque un adolescent qui ne veut plus aller au collège ou un enfant devenu impossible à gérer à la maison, il ne s’agit pas de distribuer un protocole clé en main. « On essaye d’ouvrir des espaces de pensée » dans une époque saturée de recommandations éducatives contradictoires. « Sur Internet, on trouve un tas de choses. Les parents essayent de mettre en place ces conseils-là et quand ça ne marche pas, ils se sentent très dévalorisés. » Dans les permanences, les accueillants voient ainsi arriver des parents épuisés, persuadés d’être de « mauvais parents » parce qu’ils n’arrivent pas à appliquer ce qu’ils lisent ou entendent partout.
« Les parents se sentent coupables »
L’épuisement parental est devenu central dans de nombreuses situations. « Le “je n’en peux plus”, c’est quelque chose qui revient souvent », constate Claude Landsberg. Le déclencheur est fréquemment lié à l’école. « Les familles savent parfois depuis longtemps qu’il faudrait venir, mais elles repoussent. Et puis il se passe quelque chose à l’école, ou ailleurs, et là elles se disent qu’il faut y aller. » Pour certains parents, la permanence devient un lieu de respiration. Les deux heures d’accueil sont souvent utilisées presque entièrement. Certains reviennent plusieurs fois par semaine, d’autres disparaissent pendant plusieurs mois avant de revenir donner des nouvelles. « Il n’y a aucune obligation. Les parents décident eux-mêmes s’ils reviennent ou non. Être parent, c’est une responsabilité, mais ce n’est pas une culpabilité. »
Un accueil collectif parfois inattendu
Les accueillants ne savent jamais combien de familles vont arriver. Certaines permanences se déroulent avec une seule famille. D’autres réunissent plusieurs parents autour de la même table. « Quelquefois, il y a deux, trois, quatre familles », explique Frédéric Tagu. Cette dimension collective participe aussi au sentiment de ne plus être seul face aux difficultés. « On le sent physiquement : il y a une communauté de gens qui viennent partager quelque chose. »
« Desserrer un peu l’étau »
La conférence avec Bernard Golse, ce jeudi, s’inscrit directement dans ces questionnements. Ancien chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker à Paris, pédopsychiatre reconnu, psychanalyste et spécialiste des liens précoces, Bernard Golse travaille depuis longtemps sur les rapports entre développement de l’enfant, environnement relationnel et neurosciences.
Pour les organisateurs, l’objectif n’est pas de proposer une nouvelle méthode éducative miracle. « Notre demande, c’est plutôt : comment aider les parents à se repérer dans ce fatras de méthodes et de théories ? » Les accueillants refusent les oppositions caricaturales entre neurosciences et approches plus humanistes. « Bernard Golse essaye justement de faire dialoguer les choses. »
Au fond, l’objectif des Pâtes au Beurre semble moins être d’apporter des réponses définitives que de permettre aux parents de retrouver un peu d’espace psychique. « Desserrer un peu l’étau », résume Frédéric Tagu. L’association insiste d’ailleurs sur une idée : il n’existe pas une bonne manière unique d’être parent. « Chacun doit trouver sa route de parent, en fonction de son histoire, de ses transmissions familiales. »
Dans un contexte où de nombreux parents disent se sentir jugés, observés ou constamment évalués, cette parole-là explique sans doute une partie du succès rencontré par les permanences blésoises. Le 28 mai prochain, à l’Espace Jorge-Semprún, la conférence avec Bernard Golse prolongera cette réflexion collective autour d’une question finalement très simple : comment continuer à être parent sans se perdre soi-même ?
Pour en savoir plus : lespatesaubeurre.fr/antenne-blois


