À Blois, les 80 ans du Secours catholique rappellent une réalité sociale

Sous les arbres des jardins de l’Évêché, les tables ont été installées à l’ombre pour échapper à la chaleur étrangement lourde de cette fin mai. Des bénévoles circulent entre les invités, des habitants discutent autour des buffets, tandis que les représentants de l’État, des collectivités et de l’Église échangent quelques mots avant les prises de parole officielles. À Blois, le Secours Catholique célébrait ce mardi les 80 ans de sa création. Un anniversaire organisé dans le cadre des « grandes tablées » déployées partout en France par l’association : plus de 730 rendez-vous festifs et fraternels destinés à célébrer huit décennies d’engagement auprès des personnes en situation de précarité.
Mais derrière l’événement symbolique et la convivialité du moment, toutes les interventions ont convergé vers un même constat : la pauvreté évolue, s’étend, se complexifie, et le rôle des associations de solidarité occupe une place centrale dans l’équilibre social des territoires.
Une association née dans la France de l’après-guerre
Le Secours Catholique est fondé le 8 septembre 1946, dans une France encore profondément marquée par les destructions de la Seconde Guerre mondiale, les pénuries alimentaires et la crise du logement. L’association est créée par l’épiscopat français et confiée à l’abbé Jean Rodhain, figure majeure du catholicisme social du XXe siècle. Son objectif initial est alors clair : organiser la solidarité de l’Église catholique face aux nouvelles formes de pauvreté de l’après-guerre. « La charité d’aujourd’hui prépare la justice sociale de demain », rappelait d’ailleurs Philippe Sans, vice-président de la délégation locale, reprenant l’une des phrases les plus connues de Jean Rodhain.
Très rapidement, l’organisation dépasse le simple secours d’urgence. Collectes alimentaires, soutien aux familles, accompagnement social, aide aux personnes isolées, puis plus tard accès aux droits, accompagnement des migrants, insertion ou lutte contre l’exclusion : le champ d’action du Secours catholique s’élargit progressivement à mesure que les fragilités sociales évoluent.
« Une valeur essentielle de notre République »
Parmi les représentants institutionnels présents figuraient notamment Naïma Ben Ahmed, directrice de cabinet du préfet de Loir-et-Cher, Marc Gricourt, maire de Blois, Cyrille Bonvillain, directeur général des services du Conseil départemental, ainsi que Monseigneur François Bestion, évêque de Blois.
Prenant la parole au nom de l’État, Naïma Ben Ahmed a insisté sur la place désormais occupée par le monde associatif dans le maintien de la cohésion sociale. « Votre action et votre engagement au quotidien rappellent une valeur essentielle de notre République : la solidarité », a-t-elle déclaré. La directrice de cabinet a également souligné la dimension profondément humaine. « Derrière chaque situation de précarité, il y a une personne, une histoire et une dignité à préserver. » Dans une intervention marquée par les questions de cohésion sociale, elle a également établi un lien direct entre solidarité et stabilité collective. « La sécurité, ce n’est pas seulement l’absence de troubles. C’est aussi une société qui est en capacité d’être attentive aux personnes les plus vulnérables. »

Une pauvreté qui progresse
Le maire de Blois, Marc Gricourt, a lui aussi replacé cette célébration dans un contexte social plus large. « Dans un monde où la pauvreté, malheureusement, augmente — et notre pays n’y échappe pas — il y a aussi les questions de fragilité liées aux migrations », a-t-il déclaré. Le maire a rappelé le rôle historique des associations dans le modèle social : « Vous êtes un maillon essentiel dans toute cette chaîne d’aide, de soutien et d’accompagnement qui existe en France. » Son intervention est également revenue sur le contexte historique de création du Secours catholique au lendemain de la guerre, dans une période marquée par la reconstruction sociale et matérielle du pays. L’édile a évoqué la mise en place de la Sécurité sociale, les mesures sociales issues du Conseil national de la Résistance et le rôle joué, dès cette époque, par les associations de solidarité dans l’accompagnement des populations les plus fragiles.

280 bénévoles dans le Loir-et-Cher
Dans le département, le Secours Catholique compte aujourd’hui 280 bénévoles répartis dans 14 lieux d’accueil. Parmi eux figurent également deux dispositifs mobiles : le Fraternibus, qui sillonne le nord du département, et le Solibus Café, présent autour de Romorantin. Des initiatives pensées pour maintenir une présence dans des territoires parfois éloignés des structures classiques d’accompagnement social. Ces deux véhicules sont essentiels, car ils permettent de lutter contre l’isolement et d’assurer une présence dans les zones blanches.

« Le premier drame de la société, c’est l’isolement »
Les missions de l’association couvrent un spectre très large : accompagnement des personnes sans domicile ; soutien aux migrants ; accès aux droits ; aide alimentaire ; hébergement ; mobilité ; activités collectives ; boutiques solidaires ; accompagnement culturel et spirituel. Mais plusieurs intervenants ont insisté sur un autre aspect, moins visible, du travail quotidien de l’association : la lutte contre l’isolement.
Cyrille Bonvillain, directeur général des services du Conseil départemental, a développé cette question. « Le premier drame de la société, aujourd’hui, c’est certainement l’isolement », affirme-t-il. « Vous apportez ce soutien fraternel, cette amitié, cette convivialité. » Autour des longues tables dressées sous les arbres des jardins de l’Évêché, cette idée de convivialité était effectivement omniprésente.

« La justice ne peut pas tout »
L’intervention de Monseigneur François Bestion a, elle, déplacé le regard vers la dimension spirituelle revendiquée par le Secours Catholique. « L’une des plus grandes pauvretés de notre temps, c’est la pauvreté spirituelle », affirme-t-il.
Revenant sur le sens du mot latin caritas, il explique que la charité constitue selon lui « le noyau dur de l’Église et de l’action de l’Église ». Monseigneur Bestion distingue alors le rôle des institutions publiques de celui de l’Église. « On ne peut pas demander à l’État de faire la charité, ce n’est pas son rôle. Son rôle, c’est la justice. » Mais, poursuit-il, « l’Église sait bien que la justice ne peut pas tout ». Même avec les dispositifs publics, estime-t-il, « il restera des laissés-pour-compte ».
Comme un prolongement concret de cette idée revenue tout au long de la matinée : la pauvreté ne se résume jamais au seul manque matériel. Elle touche aussi le lien social, l’isolement et parfois, simplement, l’absence de présence humaine.

