[Municipales] Vélo, voiture, écoles… trois associations ont questionné les candidats

À Blois comme ailleurs, la mobilité n’est pas seulement une affaire de circulation. Elle touche à la sécurité, à l’aménagement de l’espace public, à l’accès aux écoles, au commerce de proximité, à la transition écologique et, au fond, à la manière même d’habiter la ville. À quelques jours du scrutin municipal, la question des déplacements peut apparaître comme l’un des révélateurs des visions urbaines portées par les candidats.
C’est dans cet esprit que trois associations locales — Blois Autopartage, Vélo 41 et la Ligue contre la violence routière — ont décidé d’interroger les listes engagées dans la campagne. Le 7 février, elles ont adressé aux candidats un questionnaire détaillé sur la sécurité routière, la place de la voiture, le développement du vélo, les abords des écoles, l’autopartage ou encore les politiques de sensibilisation. Les résultats ont été rendus publics sans retraitement, ce mardi.

Un premier constat s’impose immédiatement : quatre listes sur six ont répondu. Les programmes de Prenons soin de l’avenir, conduit par le maire sortant Marc Gricourt, de Blois en commun, mené par Nicolas Orgelet, de Osons Blois autrement, porté par Gildas Vieira, et de Unis pour Blois, emmené par Malik Benakcha, peuvent ainsi être comparés sur ce terrain. Les listes Le camp des travailleurs (Michel Vila) et Avec vous pour Blois (Marine Bardet) n’ont pas retourné le questionnaire.
En outre, trois listes blésoises sur six ont signé la charte vélo relayée par Vélo 41 : celles de Marc Gricourt, Nicolas Orgelet et Malik Benakcha.
La vitesse en ville
La question de la vitesse des véhicules motorisés est l’une des plus sensibles du débat contemporain sur la mobilité. Elle touche directement à la sécurité des piétons et des cyclistes, mais aussi à l’acceptabilité sociale des transformations urbaines. Sur ce point, les quatre listes répondantes partagent un constat : la réduction de la vitesse constitue un levier important pour améliorer la sécurité des déplacements. Mais leurs approches divergent nettement.
Pour Marc Gricourt, la politique de modération de la circulation s’inscrit dans une trajectoire engagée depuis plusieurs années. La majorité sortante rappelle avoir développé les zones 20 et 30 km/h depuis 2008 et vouloir poursuivre cette évolution de manière progressive. La logique avancée est celle d’une hiérarchisation de la voirie : zones piétonnes ou de rencontre dans les secteurs les plus sensibles, limitation à 30 km/h dans les quartiers, et maintien du 50 km/h sur certains axes structurants. L’équipe municipale insiste aussi sur le renforcement des outils de contrôle. Aménagements ralentisseurs, vidéo-verbalisation, radars pédagogiques et présence accrue de la police municipale doivent contribuer à faire respecter les limitations. Dans cette perspective, la sécurité routière est présentée comme « la première des insécurités ». Le programme annonce le doublement de l’enveloppe consacrée à cette politique, portée à 400 000 euros par an.
Du côté de Blois en commun, la position est volontariste. La liste conduite par Nicolas Orgelet se prononce clairement pour une extension de la limitation à 30 km/h dans le cœur de ville, sur les deux rives de la Loire. L’idée est de créer des zones apaisées où la vitesse automobile serait adaptée à la présence des piétons et des cyclistes. Pour accompagner cette évolution, la liste citoyenne évoque le déploiement de radars pédagogiques et l’organisation de marches exploratoires avec les habitants afin d’identifier les secteurs les plus dangereux. La modération de la circulation est ici pensée comme un élément d’une transformation plus large de l’espace public.
La position de Gildas Vieira apparaît plus prudente. Sa liste se dit favorable à la réduction de la vitesse mais refuse la généralisation du 30 km/h. Elle privilégie des solutions plus ciblées : installation de radars, ralentisseurs, rétrécissements de chaussée et autres dispositifs physiques destinés à contraindre la vitesse.
La réponse de Malik Benakcha introduit une autre tonalité. Unis pour Blois se dit favorable à la réduction de la vitesse, mais refuse elle aussi la généralisation du 30 km/h à toute la ville. Sa ligne est davantage fondée sur le contrôle et la sanction : radars mobiles, radars fixes, radars aux feux rouges, renforcement des contrôles routiers, avec même l’évocation d’une expérimentation de brigade équestre. La liste annonce par ailleurs une politique de « zéro tolérance » sur les incivilités routières.

Piétons : redonner sa place au premier des usagers
À Blois, les déplacements à pied représentent une part importante des trajets quotidiens. Les quatre listes répondantes reconnaissent ce poids et affirment vouloir améliorer les conditions de circulation des piétons.
L’équipe de Marc Gricourt annonce la création d’un Plan Piéton doté d’un budget annuel de 250 000 euros. L’objectif est double : rénover les trottoirs et améliorer l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. La municipalité souhaite également renforcer la sécurité des traversées sur les axes majeurs comme l’avenue Maunoury ou l’avenue de Vendôme. Le programme évoque aussi le développement d’un éclairage intelligent à détection de présence, censé améliorer la sécurité tout en réduisant la consommation énergétique.
La liste Blois en commun insiste davantage sur la qualité de l’espace public. Elle propose la création de parcours piétons ombragés, reliant les différents quartiers et permettant de découvrir les richesses patrimoniales de la ville. L’élargissement des zones piétonnes et la sécurisation des traversées sur les grands axes font également partie des mesures envisagées.
Chez Osons Blois autrement, l’accent est mis sur la sécurisation des passages piétons, notamment par l’installation de plateaux ralentisseurs. La réduction de la vitesse automobile apparaît là encore comme le principal levier d’amélioration.
La réponse de Unis pour Blois est plus fournie sur les micro-aménagements. La liste propose des passages piétons éclairés la nuit, de l’éclairage à détection de présence, des passages piétons surélevés, des îlots refuges, mais aussi des dispositifs d’urbanisme tactique : peinture au sol, plots, jardinières, mobilier temporaire. Elle lie également la sécurité piétonne au confort d’usage, avec l’installation de bancs et de zones de repos sur certains axes.

Le vélo, au cœur des politiques de mobilité
La place du vélo constitue aujourd’hui l’un des indicateurs les plus révélateurs de l’évolution des politiques urbaines. Sur ce point, les réponses des candidats témoignent d’une volonté commune de poursuivre le développement des mobilités cyclables, mais selon des philosophies différentes.
Pour la majorité sortante, cette stratégie s’articule autour du Réseau Express Vélo (REV), un système de six lignes principales complétées par une rocade, destiné à structurer les déplacements du quotidien dans l’agglomération. Plus de cinq millions d’euros auraient déjà été investis dans le plan vélo-piéton depuis 2020. L’objectif est désormais de compléter les tronçons manquants et d’améliorer la continuité des itinéraires, notamment aux carrefours les plus complexes. La municipalité insiste également sur la connexion avec les communes de la première couronne.
La liste Blois en commun menée par Nicolas Orgelet prévoit un plan « zéro discontinuité cyclable », visant à supprimer les coupures dans le réseau existant et à sécuriser les itinéraires. L’installation de nouveaux abris vélos et la mise en place deservices de location de vélos de réemploi figurent également parmi les propositions. Comme généraliser et co-financer le “Savoir Rouler à Vélo” à l’école. La liste souhaite en outre renforcer les liaisons cyclables vers les sites naturels et touristiques de l’agglomération, afin de favoriser le cyclotourisme et de désengorger certains axes.
Chez Gildas Vieira, la vision est plus esquissée. La liste évoque la création d’une « ceinture verte » cyclable, destinée à faciliter les déplacements autour de la ville, ainsi que l’amélioration de la signalisation des itinéraires existants.
La réponse du tandem Benakcha-Desjonquères repose sur une autre logique : analyser les parcours, distinguer plus clairement les circulations piétonnes et cyclables lorsque c’est possible, et créer ainsi une continuité dans les mobilités. La liste évoque, sur plusieurs axes, la possibilité de repenser les trottoirs ou les espaces partagés afin de mieux répartir les usages. Elle cite aussi, comme modèle d’inspiration, le développement des pistes cyclables de la ville d’Arcachon.
Les axes dangereux, révélateurs des priorités d’aménagement
Le questionnaire demandait également aux candidats de se prononcer sur plusieurs axes identifiés comme particulièrement dangereux pour les cyclistes et les piétons : l’avenue Maunoury, le boulevard Daniel-Dupuis, l’avenue de Vendôme ou encore les entrées de ville vers Blois-Est et Blois-Nord.
Sur ces points précis, la majorité sortante fournit des réponses détaillées. L’avenue Maunoury, par exemple, fait déjà l’objet d’études pour améliorer la sécurité des déplacements, notamment sur le pont au-dessus du boulevard des Cités-Unies. L’aménagement de pistes cyclables séparées et la requalification de certaines sections sont envisagés. L’avenue de Vendôme, axe à fort trafic reliant Blois à Villebarou, devrait faire l’objet d’un travail par tronçons afin d’intégrer des pistes ou voies vertes séparées de la circulation automobile.
La liste Blois en commun propose une requalification de plusieurs axes jugés dangereux, notamment l’avenue Maunoury, avec une redistribution de l’espace entre les modes de transport. Elle évoque la création de pistes cyclables à double sens séparées de la circulation automobile, l’installation de sas vélos aux carrefours, la réfection de la voirie et la végétalisation de certains tronçons. Sur d’autres axes, comme le boulevard Daniel-Dupuis ou l’avenue de Vendôme, le programme prévoit également la création ou la matérialisation de voies cyclables et une meilleure lisibilité des itinéraires.
Chez Osons Blois autrement, les réponses restent plus générales, évoquant l’amélioration de la signalisation cyclable et la réduction de la vitesse.
La réponse de Unis pour Blois entre davantage dans le détail. Sur l’avenue Maunoury, la liste envisage soit des pistes cyclables sur les trottoirs, soit une répartition différente entre piétons et vélos d’un côté et de l’autre de l’avenue, avec un éclairage renforcé. Sur le boulevard Daniel-Dupuis, elle propose d’élargir le trottoir et d’y aménager un espace partagé sécurisé. Sur l’avenue de Vendôme, elle imagine un axe cyclable structurant avec piste bidirectionnelle protégée, séparation physique, continuité vers Villebarou et Fossé, et même l’étude d’une voie verte urbaine arborée et végétalisée. Aux entrées de ville, la liste met en avant traversées cyclables matérialisées, îlots refuges, feux avec détection et pistes séparées physiquement pour les vélos, y compris les vélos cargos et les usages familiaux.
Les écoles, un terrain de consensus
Parmi les thèmes abordés dans le questionnaire, celui des abords des écoles fait figure de point de convergence. Les quatre listes répondantes se disent favorables au principe des « rues aux écoles », ces dispositifs qui limitent ou interdisent la circulation automobile à certaines heures afin de sécuriser l’entrée et la sortie des élèves.
La liste de Nicolas Orgelet annonce la création de quinze rues aux écoles, avec une priorité donnée aux établissements les plus accidentogènes. Elle inscrit cette proposition dans une volonté plus large d’apaiser les abords scolaires et de favoriser les mobilités actives.
Gildas Vieira affiche une ambition encore plus large, évoquant la transformation de vingt écoles en rues apaisées. Sa réponse reste plus brève, mais elle met clairement en avant la baisse de la vitesse comme principal levier de sécurisation.
Du côté de la majorité municipale, l’équipe de Marc Gricourt se dit favorable au principe. Elle souligne que plusieurs dispositifs ont déjà été engagés ou expérimentés à Blois, notamment aux abords de Simone-de-Beauvoir, Buhler ou Molière, et indique vouloir poursuivre ce travail par des audits de sécurité, le renforcement de la signalisation, l’installation de supports vélos et le maintien de personnels chargés de sécuriser les sorties d’élèves. La majorité met aussi en avant le programme « Savoir rouler à vélo », déployé avec l’USEP à l’échelle d’Agglopolys.
Du côté de Malik Benakcha, la logique est plus expérimentale. La liste se dit favorable au principe, mais sans avancer de nombre à ce stade, préférant parler de mesures « à tester et à étudier ». Elle propose des fermetures temporaires aux heures d’entrée et de sortie, un éclairage renforcé aux horaires d’hiver, des passages piétons surélevés, une signalisation plus visible et, sur les axes les plus fréquentés, l’installation de feux piétons ou de radars pédagogiques.
Stationnement vélo et lutte contre les vols
Le stationnement des vélos constitue un autre enjeu important pour le développement des mobilités actives. Les quatre listes répondantes se disent favorables à l’installation de supports devant les équipements publics.

La majorité sortante souligne avoir déjà créé plusieurs centaines de places de stationnement, notamment à la gare et dans le centre-ville, et prévoit de poursuivre ce déploiement. Blois en commun souhaite également développer les abris sécurisés, en identifiant les besoins avec les habitants. La liste Osons Blois autrement se prononce pour le renforcement de ces équipements. Unis pour Blois, de son côté, insiste tout particulièrement sur le développement du stationnement sécurisé, qu’elle présente comme une condition indispensable à l’essor du vélo comme mode de déplacement du quotidien.
Autopartage, VAE et nouvelles formes de mobilité
Le questionnaire abordait également les nouveaux services de mobilité, comme la location de vélos à assistance électrique, les vélos-cargos ou l’autopartage. Les quatre listes répondantes soutiennent, chacune à leur manière, le développement des VAE proposés par le réseau Azalys, qui rencontrent déjà un succès notable auprès des habitants.
La majorité sortante évoque une flotte de VAE stabilisée autour de trois cents vélos et souhaite accompagner les usagers vers l’achat ou la location longue durée, dans une logique de test puis de relais vers d’autres solutions. Blois en commun se montre également favorable au développement de cette offre. La liste défend l’élargissement des VAE et des vélos-cargos, notamment pour répondre aux usages du dernier kilomètre et à la diversification des mobilités du quotidien. La liste de Gildas Vieira partage cet objectif de développement des VAE et des vélos-cargos, mais sans en détailler fortement les modalités. Elle inscrit davantage cette question dans un ensemble plus large où figurent aussi les navettes gratuites. La réponse du duo Benakcha-Desjonquères insiste aussi sur les vélos-cargos. La liste dit vouloir engager une réflexion sur leur diffusion plus large, soit par la location, soit par un système de type Vélib’, afin de mieux répondre aux usages quotidiens comme le transport des enfants, des courses ou d’autres charges.
Sur la question de l’autopartage, les quatre listes convergent globalement vers l’idée d’un développement de ces services comme alternative à la voiture individuelle, notamment pour les déplacements professionnels des agents municipaux. Blois en commun envisage également d’ouvrir une partie de la flotte municipale aux habitants. La majorité sortante dit y être favorable mais souligne qu’une réflexion est encore en cours. Osons Blois autrement se montre plus réservée sur le partage de véhicules municipaux avec les habitants et met plutôt en avant le développement des navettes gratuites. Unis pour Blois, enfin, se dit favorable à l’autopartage pour les agents municipaux comme pour une partie des habitants, même si les contours précis du dispositif restent à définir.
La place de la voiture, enjeu central
Derrière toutes ces propositions se profile une question plus fondamentale : quelle place la voiture doit-elle occuper dans la ville de Blois demain ?
La majorité sortante affirme vouloir rééquilibrer progressivement l’espace public en faveur des mobilités actives et des transports en commun, dans la continuité des politiques engagées depuis plusieurs années. Son programme met en avant le développement des zones 20 et 30, le déploiement du réseau cyclable structurant REV, la poursuite du plan vélo-piéton et le maintien de dispositifs comme les navettes électriques gratuites et les parkings relais. Elle indique également soutenir le développement de la mobilité électrique, notamment par l’extension du réseau de bornes de recharge.
La liste Blois en commun affiche sa volonté de réduire la place de la voiture individuelle et de favoriser les modes actifs. Elle propose notamment l’extension du 30 km/h dans le cœur de ville, la création de zones apaisées dans les quartiers, l’élargissement des espaces piétons et l’organisation de dimanches sans voiture, en particulier dans le centre-ville.
La liste Osons Blois autrement se dit favorable à une réduction de la vitesse et au développement des mobilités alternatives, mais refuse la généralisation du 30 km/h. Son programme évoque plutôt des mesures de sécurisation de la circulation, comme l’installation de radars ou de ralentisseurs, ainsi que le développement de services comme les navettes gratuites.
La ligne de Unis pour Blois est différente. Elle ne formule pas la question en termes de réduction de la voiture, mais de liberté de déplacement et d’adaptation des services aux besoins du territoire blésois et blaisois. La liste défend l’idée que chacun doit pouvoir choisir son mode de mobilité — voiture, vélo, bus — en fonction de ses besoins, tout en développant des alternatives plus sûres et plus pratiques. Elle se montre favorable aux véhicules électriques, notamment par la création de stationnements dédiés.
Au final, la majorité sortante défend une trajectoire progressive, fondée sur des investissements déjà engagés et une transformation graduelle des usages. Du côté de Blois en commun, on propose une évolution plus marquée de l’espace public, avec une réduction plus affirmée de la place de la voiture. Osons Blois autrement revendique une approche pragmatique liée aux usages, mais plus succincte dans son degré de détail. Unis pour Blois, enfin, avance une ligne de développement des alternatives et de sécurisation des parcours sans faire de la diminution de la voiture un objectif affiché en soi.
Pour lire dans le détail toutes les réponses : https://bloisautopartage.org/reponses-au-questionnaire-pour-les-municipales/ ou https://velo41.fr/2026/03/10/reponses-au-questionnaire-pour-les-municipales/

