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Aux Lobis cette semaine, Romería, Fête des Marmots, La Femme de…

Au cinéma Les Lobis, la semaine s’organise autour de lignes de force claires : celles des héritages invisibles, des rapports de domination qui s’insinuent dans le quotidien, et des formes de résistance — parfois silencieuses — qui émergent dans les interstices des vies.

Claire Denis et Koltès, au cœur de la semaine

Temps fort annoncé : Le Cri des gardes de Claire Denis, proposé en sortie nationale et en avant-première ce mardi soir (20h30). Adaptation libre mais « assez fidèle » de Combat de nègres et de chiens de Bernard-Marie Koltès, le film bénéficie d’un relais, celui de la Halle aux Grains-Scène nationale. Un soutien qui accompagne la volonté des Lobis de porter cette œuvre, désignée comme coup de cœur de la semaine. Une mise en lumière qui vise à orienter le public, dans un contexte où, comme le souligne Laetitia Scherier, directrice des Lobis, « des spectateurs semblent hésiter sur ce qu’ils vont voir ».

Laetitia Scherier ne cache pas son attachement à la réalisatrice, Claire Denis, qu’elle décrit comme une cinéaste capable de traverser les genres — guerre, fantastique, science-fiction, drame — tout en gardant intact un même regard sur les corps, le désir et les rapports de pouvoir. Entre ChocolatWhite Material et d’autres films, la cinéaste n’a jamais cessé de travailler la matière postcoloniale, la question de l’exil, de la domination et de l’espace partagé ou interdit.

Romería, une quête contre l’oubli

Autre sortie nationale majeure : Romería de Carla Simón, présenté à Cannes. La réalisatrice espagnole poursuit ici une œuvre profondément autobiographique, déjà amorcée avec Été 93 et Nos soleils. Elle y explore, à travers le personnage de Marina, une trajectoire marquée par la perte — celle de parents morts du sida — et par la nécessité de reconstruire une histoire fragmentée.

Le film prend la forme d’un retour : en Galice, vers une famille biologique longtemps absente, mais aussi vers une mémoire collective enfouie. Le titre lui-même — Romería, “pèlerinage” — donne la clé du récit. Au-delà du parcours individuel, le film s’inscrit dans un contexte historique précis. L’Espagne des années 1980, marquée par une libération des mœurs après des décennies de conservatisme, voit émerger une crise sanitaire majeure liée à l’héroïne et au sida. Une période dont « énormément d’histoires ont été passées sous silence ». ici, Carla Simón cherche à rouvrir ces récits, à « combler les vides narratifs », non seulement pour elle-même, mais pour toute une génération d’enfants devenus orphelins. Une démarche qui inscrit le film dans une mémoire à la fois intime et politique.

La Femme de, disséquer la domination ordinaire

Avec La Femme de, David Roux adapte le roman Son nom d’avant de Hélène Lenoir et s’inscrit dans une tradition du cinéma français d’observation sociale. Le film suit Marianne, incarnée par Mélanie Thierry, épouse d’un industriel, installée dans un cadre bourgeois qui semble, de prime abord, parfaitement stable. Mais très vite, les lignes se fissurent.

Le récit met en lumière une mécanique de domination diffuse. La violence est progressive, installée, presque invisible. Elle passe par les décisions imposées, les déplacements subis, les rôles assignés. Laetitia Scherier insiste sur cette dimension : il ne s’agit pas d’un film “sur” le milieu bourgeois catholique, mais d’un film qui s’y déroule et qui, précisément, en révèle les tensions internes. Les rapports de pouvoir y sont « invisibles mais totalement omniprésents », et la place des femmes y apparaît assignée, « à la limite du décoratif ».

Le film esquisse alors une possibilité de rupture — une faille dans le récit — sans jamais céder à la facilité d’une libération spectaculaire. Ce qui se joue, c’est la perception progressive de l’enfermement : une « prison dorée », d’autant plus difficile à quitter qu’elle est socialement valorisée.

Fête des Marmots #14

Dimanche matin, le cinéma Les Lobis propose dès 10h30 une nouvelle Fête des Marmots autour du programme de courts métrages Le Parfum de la carotte. Destiné aux enfants à partir de trois ans, le dispositif dépasse la seule projection. Petit-déjeuner, atelier créatif, et intervention de Mémé dans les Orties composent une expérience pensée autour des sens.

L’objectif : mobiliser le goût, la vue, mais aussi l’odorat et le toucher, à travers une découverte sensorielle des plantes. Une manière de prolonger le film dans le réel, et d’inscrire le cinéma dans une expérience globale (tarif unique : 5€).

Beyrouth : aimer malgré tout

Du côté de Ciné’fil, Un monde fragile et merveilleux de Cyril Aris propose une autre variation autour de la fragilité des existences. Le film suit deux amoureux à Beyrouth, sur plusieurs décennies, dans un Liban traversé par des crises politiques, économiques et militaires persistantes. La question posée est simple, mais vertigineuse : comment aimer, comment construire une vie dans un pays en instabilité permanente ? Une structure de comédie romantique, sans cesse rattrapée par la réalité. Chaque élan est interrompu, chaque projection dans l’avenir fragilisée.


Enfin, la semaine s’ancre aussi dans le territoire avec la venue vendredi après-midi de 14 heures à 19 heures de la coiffeuse Stéphanie, du Salon qui bouge, accompagnée de Émilie Marmion, autrice des Lutins de Sologne (lectures pour les enfants à 17h et 18h).


Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr

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