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Fonds Santé : en Loir-et-Cher, un appui concret pour installer les soignants

Plus de deux ans après son lancement, le Fonds Santé affiche un premier bilan en Loir-et-Cher : 17 professionnels accompagnés financièrement, 286 000 € d’aides mobilisées et un dispositif désormais renforcé par de nouveaux abondements. Jeudi 30 avril, les partenaires du fonds ont présenté cette montée en puissance, avec le témoignage de José Pérez, chirurgien-dentiste installé à Saint-Gervais-la-Forêt depuis novembre 2025.


Le Fonds Santé, impulsé par Be LC, soutenu par le conseil départemental de Loir-et-Cher et porté par Initiative Loir-et-Cher, est l’un des outils mobilisés pour faciliter l’installation, la reprise ou le développement d’activités de santé dans le département. Depuis son lancement, 54 porteurs de projet ont pris attache. Dix-sept d’entre eux ont vu leur demande aboutir à un financement, pour un montant total de 286 000 € d’aides mobilisées. Initialement doté de 162 500 €, le fonds atteint désormais 260 000 € grâce à l’engagement renouvelé de ses partenaires, le Crédit Agricole Val de France et le Crédit Mutuel.

Un fonds pour lever les freins de l’installation

Le Fonds Santé repose notamment sur des prêts d’honneur à taux zéro, sans garantie personnelle. Ces prêts ne remplacent pas les financements bancaires classiques, mais peuvent faciliter leur obtention. Ils permettent aussi de sécuriser une étape souvent délicate : le passage du projet d’installation à sa réalisation.

L’aide ne porte pas uniquement sur le financement. L’un des intérêts du dispositif tient à l’accompagnement proposé autour du projet : structuration du dossier, lien avec les banques, réflexion sur la gestion, adaptation du plan de financement. En effet, les professionnels de santé n’ont pas toujours les mêmes habitudes que les créateurs ou repreneurs d’entreprise accompagnés habituellement par Initiative Loir-et-Cher. La réalisation de prévisionnels, par exemple, n’est pas toujours un réflexe dans certaines professions libérales de santé, alors qu’elle est courante pour un commerçant, un artisan ou un chef d’entreprise. Le fonds a donc nécessité quelques ajustements. Il s’agit moins de plaquer un modèle d’accompagnement classique que de l’adapter à des professionnels dont la priorité reste le soin, mais qui doivent aussi construire une activité viable, acheter du matériel, parfois reprendre un cabinet, employer du personnel ou travailler avec des associés.

Dix-sept professionnels accompagnés depuis 2023

Le bilan présenté à Blois montre une diversité de profils. Les dentistes sont les plus représentés, avec sept professionnels accompagnés. Le fonds a également soutenu trois kinésithérapeutes, deux médecins généralistes, un podologue, un pharmacien, un orthopédiste, une psychomotricienne et un endocrinologue.

La majorité des projets concerne des créations de cabinet, qui représentent 56 % des dossiers. Les reprises comptent pour 19 %, tandis que les projets de croissance représentent 25 %. Cette répartition donne une indication utile : l’enjeu n’est pas seulement d’attirer de nouveaux professionnels, mais aussi d’accompagner des évolutions d’activité, des réorganisations ou des reprises qui permettent de maintenir une offre de soins existante.

Les aides mobilisées atteignent 286 000 €. Elles se répartissent entre le Fonds Santé proprement dit, les fonds BPI et le Fonds Mutualisé Départemental de Revitalisation. Les projets financés concernent plusieurs intercommunalités du département, de l’agglomération blésoise au Vendômois, du Val-de-Cher au Romorantinais.

José Pérez, nouveau dentiste à Saint-Gervais-la-Forêt

Pour donner une traduction concrète à ce bilan, les partenaires du fonds avaient invité José Pérez, 33 ans, chirurgien-dentiste installé à Saint-Gervais-la-Forêt depuis novembre 2025. Originaire de Murcie, en Espagne, il a repris un cabinet existant et bénéficié de deux prêts d’honneur de 10 000 €, soit 20 000 € au total.

Fonds Santé Loir-et-Cher

Son témoignage a montré l’usage très pratique de cette aide. Dans son cas, le financement a contribué à moderniser le cabinet, notamment par l’achat d’un appareil de radiographie de précision, de matériel de désinfection et l’installation d’un fauteuil supplémentaire dans une salle jusque-là inutilisée. Le cabinet repris disposait d’un fauteuil ancien d’une vingtaine d’années… et d’un autre datant de 2017.

La reprise d’un cabinet dentaire ne consiste donc pas seulement à poursuivre une activité existante. Elle suppose souvent de réinvestir, surtout lorsque le repreneur souhaite travailler avec du matériel plus récent ou développer la capacité d’accueil. D’ailleurs, son cabinet comprend désormais trois assistants et une secrétaire, soit deux embauches.

L’installation du dentiste espagnol répond aussi à une demande locale forte. Avant l’arrivée d’un collaborateur, il évoque une liste d’attente pouvant approcher six mois. « Ça me faisait mal de dire : vous devez venir dans six mois pour faire un soin, alors que c’est un soin qu’il faut faire », a-t-il expliqué. L’arrivée d’un second praticien a permis de réduire une partie de cette attente, mais le cabinet cherche encore à se renforcer.

Le témoignage a aussi permis d’aborder un autre aspect de l’attractivité médicale : la capacité à faire venir des professionnels d’autres régions ou d’autres pays. José Pérez a expliqué que plusieurs confrères espagnols pourraient être intéressés, tout en rappelant que changer de pays, de langue et de cadre de vie reste une décision importante.

Un dispositif inscrit dans une politique plus large

« Ce Fonds Santé, pour nous, est un des outils qui permet de développer l’attractivité médicale sur le territoire », a souligné Philippe Gouet, président du conseil départemental de Loir-et-Cher et de Be LC. « On a créé une filière santé en 2023 et l’idée, c’est de pouvoir continuer à attirer des professions médicales sur le territoire, parce qu’on sait que la population en a besoin. » Le Fonds Santé est donc l’un des outils de la politique d’attractivité médicale engagée en Loir-et-Cher. On peut citer plusieurs leviers : les maisons de santé, la télémédecine, mais aussi la recherche de lieux d’installation. Be LC a notamment travaillé à recenser des locaux possibles, avec les conditions d’exercice associées : loyer, présence d’autres professionnels, configuration du cabinet, possibilités de reprise ou d’association. En outre, l’installation d’un professionnel de santé ne dépend pas uniquement de son cabinet, a souligné Karine Gourault, directrice de l’agence. Elle engage souvent un projet de vie : trouver un emploi pour le conjoint, un logement, un environnement adapté, un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. C’est sur cet ensemble que les acteurs de l’attractivité disent travailler, au-delà du seul volet financier.

Parmi les dispositifs complémentaires – comme l’a souligné Mathieu Lecadet, directeur des entreprises au Crédit agricole Val de France – figurent aussi par exemple les colocations santé : trois appartements représentant quatorze chambres, destinés à accueillir des professionnels de santé en stage de fin d’études. L’idée est de faciliter leur venue dans le département et de leur permettre de découvrir le territoire dans de bonnes conditions.

Le Fonds Santé ne peut pas, à lui seul, répondre aux difficultés d’accès aux soins. « 94% du territoire français est sous-doté en médecins, et cela vaut pour l’Ile-de-France », a rappelé Philippe Gouet. Mais il fait partie des mesures indispensables en attendant un rétablissement du niveau de soin en France envisageable d’ici huit à dix ans.

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