AgendaCinémaCultureVie locale

Aux Lobis, une semaine à la croisée de la littérature et du cinéma

Au cinéma Les Lobis, la semaine s’inscrit sous un fil conducteur clair : celui des récits adaptés, déplacés, réinterprétés. Littérature, faits réels, patrimoine burlesque ou figures historiques : la programmation défendue par Laetitia Scherier compose un ensemble où le cinéma puise dans d’autres formes pour mieux interroger le présent — souvent par des voies exigeantes, parfois dérangeantes, mais toujours assumées. « On est vraiment sur une semaine à la croisée de la littérature et du cinéma », résume la directrice.

Die, My Love, une expérience radicale

C’est le cas de Die, My Love, cinquième long métrage de la réalisatrice britannique Lynne Ramsay, avec Robert Pattinson et Jennifer Lawrence, présenté à Cannes et accueilli de manière contrastée. Un clivage que Laetitia Scherier assume pleinement : « Moi, j’ai adoré. C’est une vraie claque. »

Adapté du roman argentin Crève mon amour, le film suit une jeune femme — incarnée par Jennifer Lawrence — installée dans un isolement rural avec son compagnon et leur enfant. Très vite, la maternité, l’isolement et une tension intérieure diffuse font vaciller son rapport au monde. Le film ne cherche pas à expliquer, mais à faire ressentir. La mise en scène épouse l’état mental du personnage : caméra instable, montage fragmenté, travail sonore oppressant. « On est totalement enfermés dans sa subjectivité, peut-être un début de folie », souligne la directrice.

Au cœur du film : une interrogation frontale sur les mythes de la maternité et de la féminité. Sans sanctuariser ni condamner, Lynne Ramsay met en scène un terrain de lutte intérieure, où l’expérience maternelle devient espace de rupture. Une œuvre « inconfortable mais nécessaire », qui assume de bousculer le spectateur plutôt que de le rassurer.

Vivaldi et moi, entre musique et émancipation

Autre adaptation, autre registre avec Vivaldi et moi, premier film de Damiano Micheletto, inspiré du roman Stabat Mater. Le récit se déroule dans un orphelinat vénitien du XVIIIe siècle, où de jeunes filles sont formées à la musique avant d’être mariées contre leur gré. Le film se concentre sur l’une d’entre elles, Cecilia, et sa relation avec Antonio Vivaldi. Ici encore, il ne s’agit pas d’un biopic, mais d’une variation autour d’une figure historique. La musique y devient langage émotionnel et structurant.

Visuellement, le film revendique une esthétique héritée de l’opéra — tableaux stylisés, décors épurés — qui inscrit le récit dans une forme théâtralisée, assumée. En creux, c’est aussi une réflexion sur la condition féminine et les assignations sociales qui traverse le film.

Harold Lloyd, le burlesque comme évidence

À côté de ces propositions contemporaines, la semaine ouvre aussi une fenêtre sur le patrimoine avec la ressortie de Monte là-dessus, classique du cinéma muet porté par Harold Lloyd. Accessible dès 6 ans mais loin d’être réservé au jeune public, le film rappelle la puissance du burlesque dans sa forme la plus pure : un cinéma du corps, du mouvement et du rythme.

La célèbre séquence de l’horloge — Lloyd suspendu dans le vide — reste aujourd’hui une image emblématique de l’histoire du cinéma. Mais au-delà de cette icône, le film frappe par son efficacité narrative et son universalité. Contrairement à Chaplin ou Keaton, Harold Lloyd incarne un personnage plus ordinaire, facilitant l’identification. Une manière de rendre ses exploits d’autant plus vertigineux.

Ciné-débat autour de Furcy, né libre

À Blois, une nouvelle association entend faire émerger un débat sur deux figures historiques que tout oppose. D’un côté, Michel Bégon, notable blésois durablement inscrit dans l’espace public, né à Blois et issu d’une famille de robe solidement enracinée. De l’autre, l’abbé Grégoire, évêque constitutionnel de Blois pendant la Révolution, lié à la ville non par la naissance mais par sa fonction, et resté dans l’histoire comme une figure majeure du combat contre l’esclavage et les préjugés de couleur.

Le lancement public de cette association, baptisée « Bégon & Grégoire, héritages blésois », passe par une projection-débat organisée mercredi 29 avril à 20 heures au cinéma Les Lobis autour de Furcy, né libre, film d’Abd Al Malik inspiré d’une histoire vraie et centré sur le combat judiciaire d’un homme tenu en esclavage à l’île Bourbon au début du XIXe siècle. Le réalisateur sera présent.

Sauvage, un regard qui divise

Enfin, du côté de Ciné’fil, Sauvage de Camille Poncin propose une approche radicale d’un fait réel : le parcours d’une mère confrontée à la dérive psychique de sa fille, vivant en marge dans un environnement isolé. Le film, inspiré d’une histoire vraie, suit ce lien fragile entre présence et absence, entre protection et abandon.

>> Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr

Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Blois Capitale

GRATUIT
VOIR