De Blois à l’Élysée : le pari Villepin de Gildas Vieira

Deux mois après les municipales à Blois, Gildas Vieira (8,09 %) dresse son propre bilan. Le candidat de La France autrement, son parti, assume la déception d’un score inférieur à ses attentes, revient sur les discussions de l’entre-deux-tours et précise la place qu’il entend occuper dans le débat local. Sans siège au conseil municipal, il revendique désormais une « opposition de l’extérieur ». Mais son regard porte déjà au-delà de Blois : son mouvement annonce soutenir une éventuelle candidature de Dominique de Villepin à l’élection présidentielle et lance un comité blésois de La France humaniste.
« Une désillusion plus qu’un échec »
Avec 8 % des voix au premier tour des municipales, Gildas Vieira reconnaît avoir vécu une soirée électorale du premier tour en demi-teinte. Pas un effondrement politique, dit-il, mais une réelle déception au regard des ambitions affichées pendant la campagne. « On se voyait faire plus de 10 %. Donc se retrouver à 8 %, ce n’était pas ce qu’on souhaitait. »
L’ancien élu municipal explique avoir volontairement pris du recul après le scrutin, sans faire public un bilan à chaud. Selon lui, la liste espérait transformer une dynamique de terrain en résultat plus fort dans les urnes. « Plus que un échec, c’est une désillusion. » Pour autant, il assure ne pas regretter l’absence d’élus au conseil municipal. Et notamment le fait de ne pas siéger dans l’opposition. « Moi, j’ai fait six ans d’opposition, six ans de majorité. Être à nouveau dans l’opposition n’aurait rien apporté. » Cela parce que Gildas Vieira estime que la majorité municipale actuelle reste « assez bornée » et peu ouverte aux propositions extérieures. Selon lui, refaire six années d’opposition aurait conduit à « redire les mêmes choses » sans véritable capacité d’action.
Derrière cette critique, il développe surtout une inquiétude plus large sur l’évolution de la ville. « Blois est en train de perdre un peu de sa splendeur. » Il évoque tour à tour le centre-ville, la sécurité, le maintien des entreprises ou encore le quotidien des habitants. Une ligne déjà largement développée pendant la campagne municipale et qu’il continue aujourd’hui de défendre. « On est quand même une belle ville entre Tours et Orléans. Je pense qu’on a plein de choses à faire ici. »
Même sans siège au conseil municipal, Gildas Vieira assure vouloir continuer à intervenir dans le débat local. « On va être une opposition de l’extérieur. » Il promet de poursuivre ses prises de parole publiques : « L’idée, c’est de dénoncer ce qui ne va pas, mais aussi de faire des propositions. » Il cite notamment les fermetures de commerces du centre-ville parmi les sujets qui l’inquiètent. Ses critiques se dirigent également vers sur ce qu’il qualifie de « communautarisme » et de « clientélisme ». Et « je pèse mes mots », ajoute l’ancien conseiller municipal.
Les coulisses de l’entre-deux-tours
Avec plus de 5 % des voix, la liste Osons Blois Autrement menée en binôme avec le docteur Marchand pouvait fusionner avec une autre liste qualifiée pour le second tour. Des échanges ont donc eu lieu. « On a eu des discussions », explique Gildas Vieira. L’ex conseiller municipal confie avoir discuté avec plusieurs camps, avec la liste de droite et de centre droit menée par Malik Benakcha mais aussi avec la liste citoyenne Blois en commun. Il évoque notamment des réticences internes du côté de certaines personnalités locales. « Je ne souhaite surtout pas travailler avec ceux qui ne travaillent pas avec moi. »
Selon lui, la piste la plus sérieuse aurait concerné un rapprochement avec la liste avec pour tête de liste Nicolas Orgelet, jugée « plus proche » de La France autrement sur le volet citoyen. Mais il estime que le scénario du second tour était déjà largement écrit. « Et je pense que si on avait fait 10 %, les négociations n’auraient pas été les mêmes. » Au cœur de son analyse apparaît aussi la notion de vote « anti-Gricourt ». Gildas Vieira estime qu’une partie de ses électeurs s’est reportée sur Malik Benakcha non par adhésion naturelle, mais faute d’alternative crédible contre le maire sortant. « Tous ceux qui ne voulaient pas Gricourt n’avaient pas d’autre choix que d’aller vers celui qui, potentiellement, pouvait le battre. »
Rebondir
Malgré le résultat des municipales, Gildas Vieira affirme que son mouvement reste actif et structuré. « Nous n’avons pas perdu notre dynamique. » Il évoque un noyau d’une centaine de personnes toujours impliquées dans La France autrement et désireuses de poursuivre l’aventure politique. « Même si on ne gagne pas, on doit donner une possibilité à ceux qui ne veulent pas voter pour tous les autres de pouvoir voter pour nous. » L’ancien candidat insiste régulièrement sur cette idée de représenter une voie alternative, en dehors des grands partis traditionnels. « Donner une voix aux sans-voix, ça reste primordial. »
Au fil de l’entretien, il revient aussi longuement sur son rapport personnel aux partis politiques. Un sujet qu’il considère central dans son engagement. « Je n’ai jamais pris de carte politique de ma vie. » S’il accepte les partenariats ou les soutiens ponctuels, il refuse l’idée d’un alignement partisan classique. « J’ai toujours considéré qu’on entre dans une forme de sectarisme lorsqu’on prend une carte politique et qu’on est obligé de suivre les consignes du national, même lorsqu’elles vont contre vos valeurs. » Selon lui, cette indépendance permet justement à La France autrement de rassembler des profils très différents politiquement.
Pourquoi Dominique de Villepin
C’est l’autre grand sujet de cet entretien : la présidentielle. Gildas Vieira annonce officiellement le soutien de La France autrement à une éventuelle candidature de Dominique de Villepin. « On a décidé de porter notre énergie pour le faire gagner. » Un choix qu’il décrit comme « réfléchi et pragmatique ».
L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac représente, selon lui, une figure capable de dépasser les clivages traditionnels. « Il se positionne aujourd’hui au-delà des partis et au-dessus des partis. » Gildas Vieira insiste notamment sur le positionnement international de Dominique de Villepin, en particulier son opposition à la guerre en Irak en 2003. « On a besoin d’hommes de paix. »
Le responsable politique blésois revendique également une volonté de rupture avec le macronisme sans basculer vers les extrêmes. « Ni l’extrême gauche mélenchoniste, ni le Rassemblement national. » Il critique également les figures jugées trop proches de l’actuel pouvoir présidentiel. « Des noms comme Gabriel Attal ou Édouard Philippe restent dans la même mouvance. »
Pour concrétiser ce soutien, La France autrement a créé un premier comité local baptisé Blois 1 – La France humaniste. « Tout ça est officiel », confirme Gildas Vieira, en lien avec la structure soutenant Dominique de Villepin. « On est sur une dynamique nationale. » L’objectif affiché : fédérer localement autour d’une candidature de rassemblement.
La perspective des législatives
Gildas Vieira n’écarte pas l’idée de se présenter dans la première circonscription du Loir-et-Cher, mais conditionne clairement cette possibilité à une victoire présidentielle de Dominique de Villepin. Il estime qu’un président nouvellement élu aurait besoin d’une majorité et de relais implantés localement. Mais il reconnaît aussi connaître les réalités des appareils politiques et des investitures nationales. « On n’est pas dupes des gens qui rejoindront après coup le mouvement s’il devient très bien positionné. »


