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Galerie Dominique : VDV photographie les instants qui ne reviendront pas

À la Galerie Dominique, 8 rue du Commerce à Blois, l’exposition « Regards croisés » tient d’abord dans son titre : deux regards, deux manières d’aborder la photographie, deux écritures visuelles réunies dans un même espace. Présentée jusqu’au dimanche 14 juin 2026, elle associe les œuvres d’Éric Diot et de Valérie Deville, connue sous le nom de VDV Photographie. Le public a déjà pu découvrir une exposition construite comme un dialogue, mais aussi entrer dans l’histoire plus intime d’une photographe dont le travail repose sur une attention très précise aux instants, aux détails, aux présences et au temps qui passe.

VDV photographie

Dans la galerie, les photographies sont accrochées sur les murs clairs, parfois sur la pierre, parfois dans les recoins de cet espace intime où l’on circule de près. Les visiteurs regardent, échangent, reviennent sur une image. Certaines œuvres jouent avec le noir et blanc, d’autres avec la couleur, la lumière ou les reflets. L’ensemble invite à ralentir. À regarder vraiment. À accepter que l’image puisse venir d’un détail presque discret : des mains, une silhouette, un couple aperçu dans une rue, un homme assis en silence, un passeur de Loire désormais disparu.

VDV photographie

En présentant les deux photographes, Dominique Morand, qui dirige la galerie, a immédiatement souligné cette différence de tempérament visuel. « Valérie, quel que soit l’objet photographié, j’y vois une concentration sur la forme », a-t-elle expliqué. À l’inverse, elle voit chez Éric Diot des formes « plus diffuses », « la tête dans les nuages ». La présentation pose ainsi le principe de l’exposition : il ne s’agit pas d’uniformiser deux regards, mais de les faire cohabiter.

Galerie Dominique à Blois

La photographie après la musique

Pour comprendre le travail de Valérie Deville, il faut d’abord revenir à un parcours qui ne commence pas par la photographie professionnelle. Celle-ci est récente dans sa vie. L’élan artistique, lui, est beaucoup plus ancien. « Artiste depuis mon plus jeune âge », résume-t-elle. Car avant l’image, il y a eu la musique. Et la photographie était déjà là, en accompagnement. « Quand je voyageais avec mon groupe de musique, j’étais un peu le reporter du groupe », se souvient-elle. À l’époque, il ne s’agissait pas encore d’un travail construit ou professionnel, mais d’un réflexe : garder une trace, capter une ambiance, conserver quelque chose du moment vécu. Elle photographie alors avec des appareils argentiques.

La pratique professionnelle arrive plus tard, au moment de la Covid. Comme pour beaucoup d’artistes ou de créateurs, cette période d’arrêt forcé devient pour Valérie Deville un temps de décision. « Je me suis dit : là, c’est le moment », explique-t-elle. Elle ressort alors un appareil photo de son tiroir. Elle ne veut pas seulement photographier au hasard : elle veut apprendre. Elle suit une formation de six mois en ligne. Cette étape donne un cadre à une passion ancienne. Elle lui permet d’acquérir des repères techniques. Depuis, l’appareil ne la quitte plus vraiment. « Il me suit partout », dit-elle.

L’instant plutôt que la mise en scène, le détail comme émotion

VDV parle souvent d’« instants fugaces ». L’instant. Celui qui ne se répètera pas. Celui qui ne se fabrique pas. Celui qu’il faut reconnaître au moment où il se présente. Comme cette image capturée en Italie. Elle voit passer un couple : un homme pousse son déambulateur, sa femme avance derrière lui avec un petit caddie. La scène est ordinaire, mais elle contient quelque chose d’unique. Ce qui l’intéresse, dans cette image, c’est le lien entre deux personnes, le rapport silencieux entre un homme et une femme, une scène de vie qui ne semble pas demander à être photographiée mais qui, soudain, devient image.

Dans son travail, le détail est central. Il est souvent ce qui déclenche la photographie. Le détail peut être un geste, une posture, une lumière, une fatigue inscrite sur un corps, une main, une expression, une matière, une ligne dans un paysage. L’exemple de l’image exposée de la fileuse est signifiant. La photographie a été prise à Cheverny, sous un porche, dans une lumière qui n’était pas très abondante. Valérie Deville explique ne pas avoir cherché à transformer l’image. Ce qui l’intéressait était déjà là : « Les mains : une main de travailleuse, une main qui parle, des mains qui parlent. »

Le noir et blanc occupe une place importante. VDV ne l’utilise pas comme une règle, ni comme une signature systématique. Il dépend du sujet, de ce qu’elle veut faire apparaître. Pour certaines photographies, il lui permet de renforcer l’intensité des formes et des présences. La couleur peut parfois distraire. Le noir et blanc, au contraire, concentre le regard. Il enlève certaines informations pour en rendre d’autres plus visibles : une silhouette, une ligne, une texture, une lumière.

Raconter d’où vient l’image

Les photographies de Valérie Deville ne sont pas seulement accompagnées d’un titre. Elle tient à leur donner un contexte, à expliquer leur origine, à raconter ce qui les a fait naître. « C’est important pour moi d’expliquer, de raconter un peu d’où vient la photo », dit-elle. La présentation donne au spectateur une porte d’entrée. L’image reste libre, mais elle n’est pas abandonnée sans repère. Le lieu compte aussi. Italie, Madère, Blois, Dordogne, les châteaux … « Cela permet de faire voyager les gens aussi », explique VDV.

Parmi les œuvres qui comptent particulièrement pour elle, Valérie Deville cite Le Passeur de Loire. Celui-ci se trouvait du côté de Cour-sur-Loire et assurait une traversée vers Montlivault. Mais le bateau est devenu trop vétuste. Sa rénovation coûtait trop cher. Faute de mécène pour le réparer, l’activité s’est arrêtée. Cette photographie est devenue une trace. « C’est une image historique maintenant, parce que cela n’existe plus », explique-t-elle. Dans cette œuvre, plusieurs dimensions de son regard se rejoignent : le territoire, le mouvement, la mémoire, le passage, le temps. Le sujet est local, mais il touche à quelque chose de plus large : ce que les photographies conservent lorsque les usages, les lieux ou les gestes disparaissent.

Dans le travail de Valérie Deville, il y a une histoire de temps. Le temps de l’instant. Le temps d’un geste. Le temps d’une rencontre. Le temps d’un usage qui disparaît. Le temps d’un visage silencieux. Le temps aussi de l’apprentissage, puisque la photographe insiste sur ce chemin encore en cours.


Galerie Dominique à Blois

Exposition : Regards croisés
Artistes : Éric Diot et VDV Photographie / Valérie Deville
Lieu : Galerie Dominique, 8 rue du Commerce, Blois
Dates : Jusqu’au dimanche 14 juin 2026
Horaires : de 10h à 18h
Entrée : libre


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