AgendaCinémaVie locale

Aux Lobis : In Waves, Herzog, Mononoké, de grands road movies et Blois Danse

Après le succès de Jim Queen, le cinéma Les Lobis poursuit cette semaine son exploration de l’animation adulte avec In Waves, premier long métrage de Phuong Mai Nguyen. La programmation accueille aussi Ghost Elephants, nouveau documentaire de Werner Herzog, Princesse Mononoké dans le cycle Ghibli, deux grands films du road movie avec Thelma & Louise et Pierrot le Fou, ainsi que trois rendez-vous du Festival Blois Danse.

Laëtitia Scherier, directrice du cinéma blésois, ne cache pas sa satisfaction après la première semaine de Jim Queen aux Lobis. « Je pense qu’on va terminer à pas loin de 300 entrées sur la première semaine d’exploitation aux Lobis, ce qui est extrêmement bien », se réjouit-elle. « Sur ce type de film, d’habitude, cela ne fonctionne pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe autour de ce film en particulier, mais je suis très contente. » C’est dans cet élan que Les Lobis programment In Waves, autre proposition d’animation, mais dans un registre très différent.


In Waves : l’amour, la maladie et le mouvement de la mer

Présenté en ouverture de la Semaine de la Critique, sélection parallèle du Festival de Cannes organisée par le Syndicat français de la critique de cinéma, In Waves est adapté du roman graphique d’AJ Dungo, publié en 2019. Le livre avait rencontré un beau succès en librairie, avec plus de 100 000 exemplaires vendus. Le film est le premier long métrage de Phuong Mai Nguyen, réalisatrice formée aux Gobelins et à La Poudrière, deux écoles importantes du cinéma d’animation. Elle avait notamment coréalisé l’adaptation en série animée des Culottées, de Pénélope Bagieu, diffusée sur France Télévisions. Cette fois, elle signe seule la réalisation.

Laëtitia Scherier recommande le film à partir de 13 ou 14 ans. Il n’est pas interdit aux plus jeunes, mais son récit, ses thèmes et sa tonalité s’adressent plutôt à un public adolescent et adulte. « Il n’y a pas forcément vraiment d’intérêt en termes de récit plus jeune. Et puis, c’est quand même un film qui n’est pas forcément facile », précise-t-elle. L’histoire se déroule à Los Angeles. Un adolescent timide, passionné de skateboard et de dessin, tombe amoureux d’une jeune surfeuse qui lui transmet sa passion de l’océan. Le récit commence dans l’insouciance des débuts amoureux, avant d’être brutalement traversé par la maladie.

Le film aurait pu basculer dans le pathos. Il l’évite. « Miraculeusement, le film ne cède pas du tout au misérabilisme », observe Laëtitia Scherier. Il accompagne plutôt le couple dans une suite d’épreuves qui oblige chacun à redéfinir son rapport au corps, au temps, à l’avenir, au couple lui-même. Que devient la projection dans l’avenir lorsque celui-ci devient incertain, alors que l’on est jeune, amoureux, sportif, encore au début de tout ? À cette trajectoire intime s’ajoute une autre ligne de récit : l’histoire du surf, ses racines hawaïennes, sa culture et son imaginaire. Le film entremêle ainsi le destin des personnages à une histoire plus large, presque mythologique, de l’océan.

La réalisatrice a travaillé avec AJ Dungo pour l’adaptation et a également rencontré les parents de Kristen, la jeune femme décédée d’un cancer dont l’histoire inspire le personnage féminin du film. Le sujet est douloureux, mais Laëtitia Scherier insiste sur la lumière qui traverse aussi l’œuvre. « Dit comme cela, on peut avoir l’impression que le film va être extrêmement triste et lourd à regarder. Alors oui, clairement, il y a des séquences difficiles. Mais il y a plein de moments aussi, notamment les moments de surf, de partage, d’échange entre les jeunes. » L’animation épouse souvent le mouvement de la mer et des vagues. Certaines transitions évoquent des estampes japonaises. In Waves devient alors moins un film sur la maladie qu’un film sur ce qui continue à circuler : les souvenirs, les gestes, l’amour, la mer, les émotions. « C’est aussi le but du cinéma de ressentir des émotions », glisse Laëtitia Scherier.


Ghost Elephants : Werner Herzog à la recherche de l’inconnu

Avec Ghost Elephants, Les Lobis programment aussi le nouveau documentaire de Werner Herzog. Figure majeure du nouveau cinéma allemand, mouvement né dans les années 1960 et 1970, le cinéaste a construit une œuvre entre fiction, documentaire, exploration, critique sociale et fascination pour les marges du monde.

Le film suit le biologiste Steve Boyes dans une expédition en Afrique. Le voyage commence en Namibie et mène jusqu’aux hauts plateaux d’Angola, sur les traces d’une mystérieuse population d’éléphants surnommés les « éléphants fantômes ».

Le point de départ tient à un spécimen conservé dans une grande galerie : une partie de squelette d’éléphant d’une taille démesurée, bien supérieure à celle des animaux recensés récemment. Le film pose alors une série de questions : existe-t-il encore des descendants de ces éléphants ? S’agit-il d’une population ancienne disparue ? D’une espèce transformée par l’évolution ? D’une légende locale ? Herzog ne filme pas seulement une enquête scientifique, mais une quête. « On n’est vraiment pas sur un documentaire animalier classique », souligne Laëtitia Scherier. Les éléphants sont présents, bien sûr, mais ils ne constituent pas le seul sujet. Ils deviennent le point d’entrée vers une réflexion plus vaste sur l’obsession humaine de la découverte, le rapport à l’inconnu, à la nature, aux animaux et aux territoires.

Narré par Werner Herzog lui-même, le film prend parfois la forme d’une fable. Sa voix accompagne l’expédition et donne au récit une dimension presque philosophique. Le documentaire accorde aussi une place essentielle aux pisteurs, venus de plusieurs régions et communautés africaines. Leur connaissance du territoire, des dangers, des animaux, des forêts et des plaines devient l’un des cœurs du film.

Laëtitia Scherier insiste sur la beauté des paysages filmés, notamment dans la deuxième partie. « Il y a de très beaux plans de forêts sous la brume. Il arrive vraiment à capter la majesté et la beauté des plaines et des forêts de l’Angola », observe-t-elle. Le documentaire montre aussi la fragilité des écosystèmes. Sa dimension écologique n’est pas appuyée comme un discours frontal, mais elle traverse le film par les images, les déplacements, les rencontres et les traces laissées par les hommes.

La directrice des Lobis recommande toutefois le film plutôt à partir de 10 ans. Il n’existe pas d’interdiction, mais certaines images peuvent heurter les plus jeunes. « On voit notamment des animaux morts, car les personnes rencontrées chassent pour se nourrir », précise-t-elle. Et surtout, le film n’est pas construit comme un documentaire animalier familial.


Princesse Mononoké : Ghibli dans sa part la pluls sombre

Le cycle Ghibli continue avec Princesse Mononoké, de Hayao Miyazaki. Le film est proposé en cinq séances : trois en VF et deux en VO, plutôt en soirée.

Sorti en 1997, Princesse Mononoké est l’un des grands récits d’aventure de Miyazaki, mais aussi l’une de ses œuvres les plus denses. Le film explore les rapports entre l’humanité et la nature, la violence, la guerre, la destruction des écosystèmes et la difficulté de vivre ensemble. Laëtitia Scherier le recommande à partir de 10 ou 11 ans, même si le film ne fait l’objet d’aucune interdiction. La raison tient à la complexité du récit et à sa noirceur. « Le récit n’est pas du tout manichéen », souligne-t-elle. Chaque personnage possède ses raisons d’agir, de combattre, d’attaquer ou de se défendre. Ces raisons ne sont pas toujours des excuses, mais elles empêchent le film de réduire le conflit à un affrontement simple entre bien et mal. C’est cette complexité morale qui distingue fortement Princesse Mononoké d’autres productions destinées au jeune public. Le film ne cherche pas à rassurer. Il regarde la violence du monde, les intérêts contradictoires, la destruction, la puissance des mythes, mais aussi l’impossibilité de revenir à une nature idéalisée.

Près de trente ans après sa sortie, Princesse Mononoké demeure l’un des sommets de l’animation traditionnelle. La fluidité des scènes d’action, le soin apporté aux créatures mythologiques, l’ampleur du récit et la force visuelle de l’ensemble continuent d’impressionner. « Je trouve que le film reste visuellement assez incroyable », confie la directrice des Lobis.

So Rétro : Thelma & Louise, une fuite devenue émancipation

Après l’ouverture du cycle So Rétro avec Retour vers le futur, Les Lobis poursuivent leur programmation patrimoniale autour du road movie. Premier film proposé : Thelma & Louise, de Ridley Scott. Sorti en 1991, récompensé notamment par l’Oscar du meilleur scénario original, le film est devenu l’un des grands titres du cinéma américain.

Le road movie devient ici le lieu d’une émancipation féminine. « Ridley Scott détourne les codes d’un genre cinématographique traditionnellement très masculin pour placer au centre deux femmes qui refusent les rôles que la société leur assigne », analyse Laëtitia Scherier. Le voyage devient une conquête d’autonomie. Thelma et Louise ne fuient pas seulement une situation dangereuse. Elles fuient aussi un ordre social, une domination, des rôles imposés, une violence masculine qui traverse leur quotidien.

Le dernier plan du film reste l’une des images les plus célèbres et les plus commentées du septième art. Plus de trente ans après, Thelma & Louise continue d’interroger la sororité, la solidarité, la justice et la liberté. Les interprétations de Susan Sarandon et Geena Davis demeurent, elles aussi, inoubliables. Le choix de ce film résonne d’autant plus qu’il a été remis à l’honneur cette année sur l’affiche du Festival de Cannes.

Pierrot le Fou, ou le road movie comme errance existentielle

Face à Thelma & Louise, le cycle So Rétro propose également Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard, autre manière de penser la fuite, la route et la rupture avec l’ordre établi.

Œuvre emblématique de la Nouvelle Vague, le film suit Ferdinand, surnommé Pierrot, interprété par Jean-Paul Belmondo. Intellectuel désabusé, il abandonne sa vie bourgeoise pour partir avec Marianne, ancienne amante jouée par Anna Karina. Leur cavale se charge de crimes, de rencontres improbables et d’une forme d’errance existentielle. « Cela dépasse de très loin le simple récit de fuite amoureuse », résume Laëtitia Scherier.

Le film se situe à la frontière du polar, de la romance et de l’essai philosophique. Il multiplie les ruptures de ton, les citations littéraires, les réflexions sur l’image et sur le cinéma. Il brise aussi le quatrième mur, lorsque les personnages s’adressent directement à la caméra, donc au spectateur. Ce geste, déjà courant au théâtre, vient perturber les règles classiques du cinéma et participe à la modernité du film.

Le duo Belmondo-Karina repose sur un contraste permanent. Il ne s’agit pas d’un couple romantique traditionnel, mais de deux visions du monde presque irréconciliables. De cette tension naît une grande partie de l’énergie du film. Pour Laëtitia Scherier, Pierrot le Fou reste l’un des films français essentiels. « Entre À bout de souffle et Pierrot le Fou, s’il y a deux films français à voir, ce sont ceux-là », affirme-t-elle.

Festival Blois Danse : trois projections aux Lobis

Comme chaque année, Les Lobis accueillent aussi le Festival Blois Danse. Trois projections sont prévues. Deux programmes de courts métrages, venus du monde entier et sélectionnés par le festival, seront proposés. Chacun dure environ une heure. Le premier sera projeté samedi à 17h30, le second dimanche à 18h30.

Lundi à 20h30, un ciné-débat sera organisé autour du documentaire Danser pour Grandir – un an avec le Ballet Preljocaj Junior, de Julien Bengel. La projection sera suivie d’un échange avec Jonathan Breton, directeur du Festival Blois Danse, chorégraphe de la compagnie AZOTH Dance Theatre et initiateur du Jeune Ballet 41, projet de territoire à destination des jeunes lancé l’an dernier. La billetterie est gérée par le festival. Les places sont en vente sur le site de Blois Danse [ICI]. Une billetterie sera également proposée sur place par l’équipe du festival au moment de la séance.


Le site du cinéma Les Lobis : blois-les-lobis.cap-cine.fr


Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Blois Capitale

GRATUIT
VOIR