Qui était le père de Marilyn Monroe ?

Blois Capitale vous propose de passer « l’été avec Marilyn Monroe ». Retrouvez au fil des semaines des articles sur la star hollywoodienne, toujours mythique, car elle est bien plus que cela. Vous n’avez pas fini d’être surpris.
Pendant des décennies, la question a accompagné la légende de Marilyn Monroe comme une blessure d’origine. Sur son certificat de naissance, Norma Jeane apparaît comme la fille de Gladys Monroe et d’un certain Edward Mortenson. L’enfant, née le 1er juin 1926 à Los Angeles, est enregistrée sous le nom de Norma Jeane Mortenson. Ce document officiel, longtemps brandi comme une preuve, dit davantage sur l’état civil que sur la vérité biologique. Il inscrit un père déclaré, ou supposé tel, dans une situation familiale déjà fracturée.

Martin Edward Mortensen — dont le nom apparaît sur le certificat de naissance de Norma Jeane — semble avoir longtemps pensé être le père de Marilyn Monroe. Il aurait conservé les documents liés à cette histoire familiale et suivi avec assiduité la carrière de celle qui portait, à sa naissance, son nom.
Même si la question du père de Marilyn ne se limite pas à la biologie, sur ce point, la chronologie fragilise la piste Mortensen. Gladys Monroe l’avait quitté entre février et mai 1925, plus d’un an avant la naissance de Norma Jeane, le 1er juin 1926. Le divorce ne fut prononcé qu’en 1928, ce qui explique la présence de son nom dans les documents officiels. Mortensen apparaît ainsi comme le père inscrit, peut-être le père supposé à ses propres yeux, mais non comme le père que Marilyn chercha toute sa vie.
Ce père recherché portait un autre nom : Charles Stanley Gifford. À dix-huit ans, Norma Jeane aurait tenté de l’appeler. Elle lui aurait dit qu’elle était la fille de Gladys. Gifford lui aurait répondu qu’il n’avait rien à lui dire et qu’elle ne devait plus jamais le contacter. Le coup fut terrible : elle aurait pleuré plusieurs jours.
En 1951, alors qu’elle était déjà actrice, elle aurait tenté une nouvelle approche. Le résultat aurait été le même, avec une conséquence tout aussi dévastatrice. D’un côté, Mortensen suivait à distance la trajectoire de Marilyn ; de l’autre, Gifford, que Marilyn croyait être son père, lui refusait toute reconnaissance. C’est dans cet écart cruel que se joue une part de la blessure originelle de Norma Jeane.

Employé dans l’industrie du cinéma, lié à Gladys au moment où Norma Jeane a été conçue, Gifford a occupé dans l’imaginaire de Marilyn une place immense et vide. Dans My Story, récit autobiographique publié après coup et à manier avec prudence, Marilyn évoque cette photographie d’un homme que sa mère lui aurait présenté comme son père : un visage souriant, une moustache fine, une allure qui lui rappelait Clark Gable. Ce souvenir précis montre comment, très tôt, l’identité du père devient chez elle une image sans présence.
Cette absence traverse l’enfance de Norma Jeane, son rapport au nom, à l’abandon, à la filiation, puis à la fabrication même de Marilyn Monroe.
« MA MÈRE M’A TOUJOURS DIT QUE MON PÈRE AVAIT ÉTÉ TUÉ DANS UN ACCIDENT DE VOITURE. JE NE L’AI JAMAIS CRUE. JE DEVAIS AVOIR 8 ANS QUAND ELLE M’A EMMENÉE DANS UN PETIT MEUBLÉ OÙ ELLE HABITAIT. ELLE M’A FAIT GRIMPER SUR UNE CHAISE POUR ME MONTRER LA PHOTO D’UN HOMME, ACCROCHÉE AU MUR. ELLE M’A DIT QUE C’ÉTAIT MON PÈRE. IL PORTAIT UN CHAPEAU MOU, UNE PETITE MOUSTACHE, ET IL SOURIAIT. IL RESSEMBLAIT UN PEU À CLARK GABLE, FORT ET VIRIL. QUELLE MERVEILLEUSE PHOTO EN PLUS. ELLE ME RÉCONFORTAIT. J’AI DEMANDÉ À MA MÈRE COMMENT IL S’APPELAIT. ELLE NE M’A PAS RÉPONDU. ELLE EST ALLÉE S’ENFERMER DANS LA CHAMBRE. »
MARILYN MONROE
En 2022, l’enquête documentaire de François Pomès, Marilyn, la dernière vérité, a apporté un éclairage. Des analyses ADN ont été menées à partir de cheveux attribués à Marilyn Monroe et comparées à des prélèvements de descendantes de Charles Stanley Gifford. Selon les éléments publiés autour du documentaire, les scientifiques ont pu reconstituer une part suffisante du profil génétique pour confirmer la filiation avec la famille Gifford. Cette découverte ne répare rien. Elle ne donne pas à Marilyn le père qu’elle a cherché. Elle permet seulement de distinguer plus clairement trois réalités : Mortensen fut le père inscrit sur l’acte de naissance ; Gifford apparaît désormais comme le père biologique ; Marilyn, elle, a grandi sans père véritablement présent.
En 2022 toujours, une carte de vœux (de prompt rétablissement) signée Stanley Gifford, adressée à Marilyn Monroe (à “Marylyn” avec une faute) a été mise aux enchères. Elle constitue à ce jour l’un des rares objets matériels reliant directement Marilyn à l’homme identifié comme son père biologique. Ce n’est pas une relation. Ce n’est pas une reconnaissance publique. Mais c’est une trace.
Enfant, Norma Jeane avait vu dans la photographie montrée par Gladys le visage possible d’un père : un homme au chapeau mou, à la petite moustache, dont l’allure lui rappelait Clark Gable. Plus tard, Marilyn Monroe ne cessera de chercher, dans les hommes, les regards, les protections et les amours, quelque chose de cette image première. Le père réel était resté à distance. Le père rêvé, lui, avait pris les traits du cinéma.
- Episode 1 : Le premier choc : sa grand-mère qui tente de la tuer
- Episode 2 : Qui était le père de Marilyn Monroe ?


