À l’approche de la grande collecte, la Banque Alimentaire cherche des bonnes volontés… et des protéines
Les 6, 7 et 8 novembre, les gilets orange de la Banque Alimentaire retrouveront les entrées des magasins. Dans le Loir-et-Cher, quelque 900 bénévoles devront être mobilisés dans une soixantaine de points de collecte. Derrière cet appel aux bonnes volontés se joue une autre bataille, moins visible : celle du contenu des rayonnages. Car il ne suffit plus de remplir l’entrepôt. Encore faut-il disposer denrées permettant de proposer une alimentation équilibrée aux quelque 11 000 personnes aidées par l’intermédiaire des associations partenaires.
La Collecte nationale des Banques Alimentaires aura lieu cette année plus tôt qu’à l’accoutumée, les vendredi 6, samedi 7 et dimanche 8 novembre 2026. Le réseau national a choisi d’avancer ce rendez-vous traditionnellement organisé à la fin du mois afin de l’éloigner notamment du Black Friday et des nombreuses sollicitations de fin d’année. À l’échelle française, ces trois jours représentent environ 10 % des stocks annuels des Banques Alimentaires.
En Loir-et-Cher, la mécanique réclame beaucoup de monde : environ 900 bénévoles dans 60 magasins. Quelques heures peuvent suffire, mais les créneaux sont nombreux et il faut ensuite déplacer, réceptionner et trier ce qui a été donné. Jean-Marie Francart, président de la Banque Alimentaire de Loir-et-Cher, voit d’ailleurs dans le renouvellement des bénévoles l’un des enjeux de l’association. « Avant nous, il y avait des générations de bénévoles qui étaient vraiment des gens absolument dévoués. Ça s’est un peu tassé. » Beaucoup sont aujourd’hui des seniors. Certains assurent plusieurs permanences pendant le week-end de collecte. Être plus nombreux permettrait notamment de mieux répartir les créneaux et les tâches physiques.
L’appel dépasse largement ces trois journées de novembre. Toute l’année, la Banque Alimentaire de Loir-et-Cher fonctionne avec 32 bénévoles réguliers et deux salariés. Son dernier bilan fait état de 25 associations partenaires, plus de 300 tonnes de produits distribués et plus de 11 000 personnes aidées en 2025, soit plus de 600 000 équivalents-repas.

Des tonnes, mais lesquelles ?
La prochaine collecte doit évidemment permettre de faire entrer des volumes importants dans l’entrepôt. Jean-Marie Francart situe son apport autour de 55 tonnes. Mais le poids des cartons ne sont désormais qu’une partie du sujet. La question est aussi devenue celle de leur contenu. « On n’en est plus à dire : “Je te donne des pâtes et puis tu te débrouilles.” » résume le président. L’ambition est de pouvoir fournir aux associations des produits permettant de composer des repas diversifiés et équilibrés. Derrière l’aide alimentaire se trouvent désormais des préoccupations de santé, mais aussi, insiste-t-il, d’« estime de soi ».
Or certains produits deviennent précisément plus difficiles à trouver. « Les premiers produits qui disparaissent, c’est la viande, c’est le poisson et, maintenant, le fromage », observe Jean-Marie Francart. Les protéines constituent l’un des besoins les plus sensibles. Les œufs en donnent un exemple : lorsque ses finances le permettent, la Banque Alimentaire en achète elle-même. Ils restent une source de protéines relativement accessible, même si leur prix et leur disponibilité ont eux aussi évolué.

La « ramasse » fournit beaucoup moins qu’autrefois
Cette recherche de produits variés est rendue plus compliquée par une transformation des approvisionnements des Banques Alimentaires. Chaque semaine, leurs véhicules passent dans les grandes surfaces pour récupérer les produits que les magasins peuvent donner. C’est ce que le réseau appelle la ramasse. Les denrées arrivent à l’entrepôt, où elles sont pesées, triées puis rapidement réparties entre les associations lorsqu’il s’agit de produits frais.
Dans le Loir-et-Cher, cette ressource s’est considérablement réduite en quelques années. Jean-Marie Francart donne deux ordres de grandeur : environ 160 tonnes auparavant, contre quelque 70 tonnes aujourd’hui. Une partie de l’explication se trouve dans les magasins eux-mêmes. Les enseignes ont développé les rayons anti-gaspillage et les promotions à l’approche des dates limites. Des produits autrefois donnés sont désormais vendus à prix réduit jusqu’à J-2 ou J-1.
La logique n’est d’ailleurs pas forcément négative : elle permet à des consommateurs de profiter de prix plus bas et évite également le gaspillage. Mais, à l’autre bout de la chaîne, ce sont autant de denrées qui ne parviennent plus à la Banque Alimentaire. Et le problème se mesure particulièrement dans les réfrigérateurs car viande, poisson, fromage et produits laitiers faisaient partie de ces arrivages quotidiens.
Acheter pour compléter ce qui manque
La Banque Alimentaire doit donc progressivement faire quelque chose qui était beaucoup moins au cœur de son modèle historique : acheter des aliments.
Son approvisionnement reste très diversifié. Il passe par les collectes, les dons des agriculteurs et des industriels, les invendus des grandes surfaces, des dispositifs financés par l’Europe et l’État. Des dons industriels peuvent également être répartis entre les différentes Banques Alimentaires par l’intermédiaire de la Fédération. Mais acheter change profondément l’équation.
Le président se souvient d’un modèle dans lequel un euro consacré au fonctionnement pouvait permettre de redistribuer environ dix euros de marchandises grâce au don. Lorsque quatre euros reçus servent à acheter quatre euros de nourriture, cet effet de levier disparaît. « On nous dit : “Compensez par les achats.” Les achats, c’est bien gentil, mais il faut avoir l’argent. »
Des financements comme Mieux Manger pour Tous permettent justement de soutenir certains achats, notamment de produits locaux et de qualité. Mais la question financière devient désormais inséparable de la question alimentaire : il faut disposer de ressources pour combler les trous dans les rayons.

Combien auraient besoin d’aide ?
Face à ces approvisionnements plus complexes, le nombre de personnes accompagnées reste élevé. Après une forte progression au cours des dernières années, Jean-Marie Francart observe une forme de stabilisation autour de 11 000 personnes. Les profils évoqués par Jean-Marie Francart et Annie Arnaud sont multiples : familles monoparentales, retraités, étudiants, travailleurs pauvres. Parmi ces derniers figurent des personnes disposant d’un emploi, parfois même d’un CDI, mais dont les ressources ne permettent plus de couvrir l’ensemble des dépenses du mois.
La Banque Alimentaire fournit les associations, CCAS et épiceries sociales partenaires qui distribuent ensuite colis, produits en libre-service ou repas. « On n’a pas la réalité vraiment du besoin », estime ainsi Jean-Marie Francart. Certaines associations peuvent être conduites à revoir leurs critères lorsqu’elles disposent de moins de produits. Avec un stock limité, mieux vaut parfois constituer un véritable colis pour moins de personnes que répartir tellement les aliments que chacun repartirait avec presque rien.
Des bras et de quoi composer des repas
La Collecte nationale approche. Il faudra des bénévoles pour assurer les permanences dans une soixantaine de magasins. La Fédération invite celles et ceux qui souhaitent participer, même quelques heures, à s’inscrire notamment par l’intermédiaire de JeVeuxAider.gouv.fr ou à prendre contact avec la Banque Alimentaire locale.
Banque Alimentaire de Loir-et-Cher
63 rue André-Boulle, 41000 Blois
Tél. : 02 54 78 75 02
E-mail : ba410@banquealimentaire.org
Pour la Collecte nationale et le bénévolat :
06 52 30 05 83
ba410.collecte@banquealimentaire.org


