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Jeunesse, orientation, employabilité : ce que le président du MEDEF est venu dire à Blois

À l’INSA Blois, Patrick Martin n’est pas venu défendre un catalogue général de revendications patronales. Le président du MEDEF a choisi, pour ce déplacement en Loir-et-Cher, de concentrer son propos sur la jeunesse, la formation, l’orientation et l’entrée dans l’emploi.

Autour de lui, Pierre-Axel Parodat, président du MEDEF Loir-et-Cher, Nicolas Dumas, président du MEDEF Centre-Val de Loire, Olivier Faron, responsable compétences, formation et jeunesse au MEDEF, mais aussi Yann Chamaillard, directeur de l’INSA Centre-Val de Loire, et Mourad Boukhalfa, président du groupe INSA, ont donné à la séquence un cadre à la fois institutionnel et très ciblé : parler de l’avenir professionnel des jeunes, de leurs difficultés d’insertion, des tensions de recrutement des entreprises, et de la manière dont l’école, l’enseignement supérieur et le monde économique pourraient être davantage reliés.

Sur le papier, l’architecture était claire. Le MEDEF vient avec une campagne en treize propositions, réunies sous le mot d’ordre : « L’avenir s’écrit avec les jeunes ». Cinq grandes priorités : mieux orienter, mieux former, mieux insérer, mieux accompagner, mieux loger. Mais dans la parole de Patrick Martin, à Blois, trois sujets ont pris le dessus sur tous les autres : l’orientation, l’apprentissage et l’employabilité.

Il s’agissait aussi, pour le président du MEDEF, de proposer une lecture plus large du malaise français : un pays qui forme, mais oriente mal ; un pays où les entreprises disent manquer de candidats alors qu’une partie de la jeunesse reste en difficulté ; un pays qui produit des diplômés, notamment dans les filières d’excellence, sans toujours leur offrir un horizon suffisamment attractif pour les retenir ou les faire revenir.

Pour Patrick Martin, le problème commence dès l’orientation

Patrick Martin ne situe pas l’échec au moment de l’embauche, ni même uniquement dans la dernière marche entre le diplôme et le premier emploi. À ses yeux, le problème est plus en amont. Il commence bien avant, dans la manière dont les jeunes construisent leur parcours.

L’idée, chez lui, est constante : la France peine à donner à sa jeunesse une orientation lisible, progressive, structurée, reliée aux métiers et à la réalité du travail. Le sujet n’est donc pas seulement scolaire. Il devient économique, social et, dans sa bouche, presque civique. Il regrette d’ailleurs que le MEDEF soit, selon lui, l’une des rares forces de proposition sur cette question, alors même qu’elle touche à la fois l’égalité des chances, l’emploi, la cohésion nationale et la confiance dans l’avenir.

Le premier bloc de propositions du MEDEF vise précisément une « grande réforme de l’orientation ». On y trouve l’idée d’un bilan trimestriel pour chaque élève du collège à la terminale, d’une immersion en entreprise au cours de la scolarité, et d’une familiarisation plus systématique des enseignants avec le monde économique. Le raisonnement est clair : orienter ne doit plus consister à répartir les élèves dans des filières, mais à construire un parcours, avec des expériences concrètes, des repères et une connaissance réelle des débouchés.

À Blois, Patrick Martin a repris cette ligne de fond en des termes plus directs. Ce qu’il décrit avec Olivier Faron, c’est un système qui produit des désajustements en chaîne. Des jeunes s’engagent dans des études sans toujours en comprendre les conséquences concrètes. D’autres atteignent un niveau de qualification élevé sans trouver ensuite leur place dans l’emploi. D’autres encore restent à distance du marché du travail alors même que des entreprises peinent à recruter. Pour lui, ces contradictions ont une racine commune : l’insuffisance de l’orientation.

Un pays qui forme, mais peine à garder ses diplômés

Parmi les thèmes abordés, Patrick Martin s’est aussi attardé sur le cas des diplômés qui partent à l’étranger, notamment les ingénieurs. Là encore, son propos n’a pas consisté à condamner le départ en soi. Il a plutôt reconnu que d’autres pays, en particulier les États-Unis, proposent des rémunérations capables d’attirer une partie de la jeunesse qualifiée française.

Ce constat n’est pas, chez lui, une dénonciation morale de la mobilité internationale. Il relève davantage d’une inquiétude sur l’attractivité française. Le problème, en substance, n’est pas que des jeunes partent. Le problème est que la France paraisse parfois moins capable qu’ailleurs d’offrir des perspectives suffisamment fortes pour qu’ils veuillent y construire durablement leur carrière. Ou, au minimum, qu’elle ne donne pas assez de raisons de revenir après une première expérience à l’étranger.

Dans une ville comme Blois, et dans un lieu comme l’INSA, le sujet prend un relief particulier. Parler d’ingénieurs qui partent, de vocations scientifiques, de débouchés, de rémunérations et d’attractivité dans une école d’ingénieurs, ce n’est pas un détour rhétorique : c’est mettre directement en lien la formation, les talents et les arbitrages concrets qui se poseront à ceux qui en sortiront.

Les NEET, ou la démonstration d’un système mal raccordé

Le président du MEDEF a également évoqué la question des NEET, ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le point qu’il a voulu souligner est que cette réalité ne concerne pas seulement des jeunes sortis très tôt du système scolaire ou durablement éloignés des parcours qualifiants. Il a insisté sur le fait qu’une partie d’entre eux – environ un quart chez les 20-29 ans – vient aussi de l’enseignement supérieur, ce qui, à ses yeux, renforce encore l’idée d’un défaut d’orientation et d’un problème de raccordement entre études et insertion. On peut avoir étudié longtemps et se retrouver sans solution claire. On peut avoir obtenu un diplôme et ne pas savoir comment le convertir en trajectoire professionnelle. On peut sortir du supérieur sans débouché lisible.

Le MEDEF prolonge ce diagnostic. Le syndicat patronal évoque la création, dans les universités, de « Bureaux des parcours » destinés à proposer des solutions aux étudiants volontaires, le développement de formations bac+1 reliées aux besoins professionnels, ou encore la réduction du nombre de formations post-bac sans débouché. Le fond du message est constant : l’enseignement supérieur ne doit pas seulement transmettre, il doit conduire.

L’apprentissage, point de tension majeur

Sur ce sujet, Patrick Martin s’est montré très offensif. Il a dénoncé le recentrage budgétaire opéré par l’État sur l’apprentissage : baisse des aides à l’embauche, abaissement du seuil d’exonération de cotisations pour les apprentis et assujettissement partiel de leur rémunération à la CSG-CRDS. À ses yeux, cette orientation revient à fragiliser un succès collectif.

Son propos est très net : l’apprentissage a démontré son utilité, à la fois pour l’insertion professionnelle des jeunes et pour la compétitivité économique. Le remettre en cause, même partiellement, serait prendre le risque d’affaiblir l’un des rares leviers qui ont produit des résultats visibles ces dernières années. Patrick Martin a cité l’exemple suisse, où environ 70 % des jeunes choisissent, à la sortie de la scolarité obligatoire, une formation professionnelle initiale, le plus souvent sous forme d’apprentissage en alternance.

Le point est politique autant qu’économique. Patrick Martin fait de l’apprentissage un marqueur. Pour lui, ce dispositif montre que lorsque l’on relie concrètement formation et travail, les résultats peuvent suivre. Réduire son soutien budgétaire reviendrait donc, dans sa lecture, à casser ce qui fonctionne au moment même où le pays aurait besoin de renforcer les parcours d’insertion.

Autre séquence sensible : celle du « contrat jeune » évoqué par Patrick Martin. Il a regretté que cette proposition soit, selon lui, « caricaturée, en particulier par la CGT. »

La sous-représentation des femmes dans les écoles d’ingénieurs

Dans un lieu comme l’INSA, le sujet était presque inévitable. Patrick Martin a évoqué la faible part des femmes dans les écoles d’ingénieurs, la présentant comme « une perte d’opportunité. » D’où l’initiative Code-F, destinée à féminiserles métiers scientifiques, techniques et technologiques. L’idée est d’agir tôt, avant les choix décisifs, en faisant évoluer les représentations du collège et du lycée, et en développant des réseaux d’ambassadrices capables de susciter des vocations.

Colère, vote et cohésion nationale

Le déplacement a aussi révélé autre chose. Chez Patrick Martin, la jeunesse n’est pas seulement un objet de politique de l’emploi. Elle devient un indicateur de l’état général du pays. Lorsqu’il évoque la colère de la jeunesse, lorsqu’il dit que son vote est aujourd’hui « préoccupant », il ne parle plus seulement d’insertion professionnelle.

Pour le patron des patrons une jeunesse mal orientée, mal insérée, sans espoir clair, n’est pas seulement un problème pour les entreprises. C’est un problème pour le pays tout entier. Son message final aux jeunes va dans ce sens : « redonner un espoir ».

Mourad Boukhalfa, président du groupe INSA, a prolongé cette perspective dans un registre plus ample encore. En appelant à un « plan Marshall » pour l’éducation, la souveraineté et l’industrie, il a voulu exprimer une urgence totale de moyens.


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